‹ Romancero de Champagne (volume 2)Chapitre 17 sur 129 · LA LÉGENDE DE SAINT REMI · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE SAINT REMI

Dieu puissant dist à Montain (2), Près son hermitage endormy, Que Célinie pour tout certain Auroit ung fils nommé Rem y.

Sainte Célinie après se transporta Vers son mary Emiles pour affaires ; Puis sainct Remy en vieillesse porta, Quelle enfanta pour bonne œuvre parfaire.

évêque d'Auxerre, et celle de saint Loup, évoque de Troyes. Elle arrêta la marche d'Attila devant les murs, de Paris, et, par son intercession, Dieu permit à Childéric de vaincre les Huns dans les plaines de Châlons-sur-Marne. En 486, Clovis, encore païen, vint assiéger Paris et réduisit la ville à la famine : sainte Geneviève, çur une petite nacelle, remonta la Seine et vint en Champagne, à Troyes, à Arcis-sur- Aube, réunit une quantité considérable de blé, et parvint à secourir Paris. Elle travailla avec sainte Clotilde, reine de France, et saint Rémi, évêque de Reims, à la conversion de Clovis. La victoire de Tolbiac acheva son œuvre. Sainte Geneviève fit alors ouvrir à Clovis les portes de Paris, et la monarchie française eut sa capitale. Sainte Geneviève'mourut en 512. Elle donna de grands biens à l'Eglise de Reims : elle y avait une petite chapelle. Dans le département de l'Aube, son nom est très-vénéré.

(1) Cette légende explique les sujets des dix célèbres tapisseries données, en 1531, par l'archevêque de Reims, Robert de Lenoncourt, à l'église de Saint-Remi . Elle contient une partie de la vie du grand évêque et des premiers miracles que la tradition lui attribue.

(2) Saint Montain, ou saint Montan, solitaire qui vivait près de Laon.

Espérant la veue recouvrer, Devers Célinie (Montain) se transporte, Car Dieu luy promist d'y ouvrer Par le mystère qu'il rapporte.

Le Créateur à ce cas entendit :

L'enfant Remy prist du lait qu'il tétoit Et d'icelui claire veue rendist A saint Montain, qu'alors aveugle estoit.

En l'hermitage où saint Remy repose, Tout le clergié, à bien faire empesché, Le va prier, disant qu'il se dispose Pour accepter de Reims Farchevesché.

Faisant refîus, à l'église on le mène ; Là est sacré d'aulcuns dévots prélatz ; Donnant l'aumône ung jour de la semaine, Ung démoniacle il remist en soûlas.

Diables avoient dedans Reims le feu mis Pour le mectre en adversité ; Mais sainct Remy chasse telz ennemis Et préserva du feu ceste cité.

Une pucelle avoit le diable au corps Qui, au sortir, à dure mort la livre ; Sainct Remy faist que par divins accords La ressuscite et de mal la délivre.

Sans crainie, les oiseaux des champs Venoient mangier dessus la table, Et delectoient par doux chants Le sainct piteux et charitable.

Ung tonneau vuyde â sa parente (1) 11 bénit ; puis fut plein de vin.

Par grâce de Dieu apparente Faisoit maint ouvrage divin.

Les Allemans mectent en fuite Clovis et ses gens ; dont se réclame Aurélien, et en poursuite Dict au roy pour éviter blasme :

— Crois au Dieu auquel croit ta femme. Ce qu'il faict. Puis, à coup de taille, Revient sur eux et les diffame, Et soudain gagne la bataille.

Clotilde royne à sainct Remy envoyé Diligemment, pour le cœur esmouvoir Au roy Clovis, afin qu'il se pourvoye De saincte foy que chascun doibt avoir.

A sainct Remy Clovis requiert baptesme Et se repent d'avoir sans lu y vescu ; Dieu tout puissant luy transmet le sainct

[chresme, Semblablement des fleurs de lys l'escu.

Un moulnier de mauvaise affaire Son moulin au sainct refusa, Qui en vouloit bonne œuvre faire, Et pour ce fondit et brisa.

A Clovis, comme il fut notoire, Ung baril de vin prépara

(1) Le miracle eut lieu à Cernay, près de Reims, chez Celée, parente de saint Rémi, vierge consacrée au Seigneur.

Et luy dist : — Tu auras victoire Autant que le vin durera.

Par sainct Remy en prison fut inclus Sainct Génebaud(l), sans faire résistance ; Durant sept ans dit qu'il seroit reclus far son péché, et feroit pénitence.

L'ange de Dieu en sa prison descend Et délivrance au dict sainct il apporte, Lequel respond qu'à cela ne consent Si sainct Remy ne luy ouvre la porte.

Ung bourgeois laisse aucun sien héritage Pour prier Dieu et la vierge Marie :

Mais ung sien gendre, ayant mauvais courage, Long temps après aux lois il contrarie.

De faulx témoings ce gendre sollicite ; Pour l'héritage, il fait tenir chapitre ; Devant l'évesque ung procès il suscite, Et le débat qui le tient à faulx titre.

Ung bon prélat, avecques sainct Remy, Au jugement du procès il assiste; Mais avarice avoit tant endormy Le poursuivant qu'en son mal il persiste.

Le procès veu et le tout composé, Sainct Remy dict au gendre sans doubter, Si de ce cas créeroit le trespassé, Que devant tous Dieu fit ressusciter.

La charité, qu'en sainct Remy domine,

fl) Kvéqug de Laon.

Fait rassembler en plusieurs lieux les bledz ; Pour obvier à certaine famine, Ordonne et veult estre ainsy assemblez.

Aulcuns gourmans , saoulz et remplis

[de vin, Bruslent les bledz et font maux infinis; Eux et les leurs, par le vouloir divin, Sont et seront par grévure punis.

Ung sainct concile en France s'assembla, Pour soustenir saincte foy catholique; Ung hérétique arrian le troubla, Voulant ouvrer d'oeuvre diabolique.

Cet arrian contemple sainct Remy, Puis soubdain perd de parler l'usage ; A. deux genoux requiert de Dieu l'amy Luy pardonner son méfiai et et outrage.

Sainct Pierre et Pol, d'admirable façon, Viennent des cieulx soubz terrestres courtines, Et chascun dict une leçon ; Puis sainct Remy parachève matines.

Voyant qu'ils sont remontez es lieulx

[saincts, Demande à Dieu sa bénédiction.

Sainct Thierry, homme dévocieulx, Se musse et cache en contemplation (4).

Sainct Remy faict devant plusieurs prélats

(t) Au bord de la tapisserie, sout ces deux vers adressés par saint Rémi à saint thierry, son secrétaire :

Puisque avésveu ce haut mistaire, Je vous supplie de le taire.

Son testament : perdue avoit la veue.

Par patience il recouvre solas,

Et de santé sa personne est pourveue.

La messe il dict, puis à ses clercs il donne Le corps de Dieu par une humble demande : De cœur dévot à la mort il se donne, Et son esprit au seul Dieu recommande.

Tout le clergié, par bon accord, Conclut qu'avec l'ayde de Dieu, Seroit enterré le sainct corps En l'église Sainct Timothieu.

Le cercueil ne purent porter Au dict lieu ny en aultre part :

Prient Dieu les reconforter Et que de là facent despart.

En une église anciennement faicté (1) Est mys le corps en digne sépulture.

La volonté de Dieu fut lors parfaicte, Car de la terre on fit large ouverture.

La peste vint de Reims pourchasser Les corps humains, n'épargne laid ni beau ; Les citoyens, pour icelle chasser, Portent le draps prins dedans son tombeau

Anges, par divin bénéfice, Et comme Dieu voulut permettre, De translation font l'office Et mettent le corps où fault mettre.

(t) Eglise Saint-Christophe

Ung gendarme voulut abattre La porte d'une sienne église, Pour la piller après desbattre :

Le pié tint contre sans faintise.

Saint Remy bapt l'évesque deMayence (4), Car il n'avoit dict à son roy Conrat Que ung vassal ne faisoit diligence Rendre son bien qu'il avoit prins en rapt.

Radunis vist et à cler peut connoistre La mère de Dieu, sainct Jean et sainct Remy, L'un à la destre et l'autre à la senestre, Dont fust joyeulx, après qu'il eut dormy (2).

(\) La tapisserie représente saint Rémi donnant sa bénédiction à l'évéquc de Mayence, pendant que celui-ci, dépouillé de ses insignes épiscopaux, est fustigé.

(t) Ces tapisseries sont divisées chacune en quatre tableaux. Dans le dernier de tous, on voit Robert de Lenoncourt, à genoux; au-dessous sont des vers rappelant la donation qu'il a faite.

Saint Rcmi naquit à Cerny-enLaonnois, en 437. Son père, Emilius, était comte de Laon. — Sainte balsamie fut sa nourrice. — A l'âge de vingt-deux ans, il fut élu évéque de Reims, à la mort de Bennade. — Il est des histoires qui n'ont pas besoin d'être racontées : celle de saint Rémi est du nombre. Il mourut vers 533.

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