LA CHANSON DES CONFRÈRES DE SAINT HUBERT
Chantons tous, en ce jour, d'une vive allégresse, Le triomphe de saint Hubert.
Eclatons en transports, publions-les sans cesse Dans tous les lieux de l'univers.
Célébrons tous la victoire Qu'il sut remporter sur nos cœuré.
Ne perdons jamais la mémoire De ses bienfaits, de ses faveurs.
Chantons, publions les louanges De ce saint digne de renom.
Unissons-nous avec les anges Pour célébrer notre patron.
Hubert, fils de Bertrand, grand-duc d'Aqui-
* [taine,
Etait issu de sang royal ; Il servit sa patrie en vaillant capitaine ;
Il était franc, brave et légal.
Mais, lassé de la tyrannie
Qu'Ebroïn exerçait en ces lieux,
Il vint vers le roi d'Austrasie,
Offrir son appui généreux. — Chantons, etc.
Ce brave chevalier, par sa noble lignée,
Prit, pour établir son bonheur, Du comte Dagobert la fille bien-aimée, Type de grâce et de candeur.
Mais, ô regret! la- mort cruelle Vint trouWer ce parfait bonheur :
Il perd sa compagne fidèle.
Qui consolera sa douleur ?— Chantons.
Pour dompter son chagrin, dans le bois des
[Ardennes Hubert fut prendre son essor.
Chassant avec ardeur pour oublier ses peines, Tout répond au bruit de son cor.
Au son de cette voix sonore, Un cerf épouvanté s'enfuit Vers des lieux où toujours l'aurore Fuit les ténèbres de la nuit. — Chantons.
Cet habile chasseur le poursuit et le presse ; Mais le cerf résiste et lui dit :
— Pourquoi me poursuis-tu, chasseur, et tu
[m'oppresses ?
Powxjuoi donc te perdre à ce prix?
Vois, sur cette croix adorable, Ton Dieu, qui te dit hautement Que je suis le seul véritable Que tu dois servir seulement. — Chantons.
Saisi d'étonnement, il se prosterne en terre Devant ce spectacle touchant.
— Accordez-moi, dit-il, ô* mon aimable Père,
Le don de vivre saintement.
— Mon cher Hubert, vas, pour me plaire,
Trouver Lambert, mon serviteur,
Qui t'apprendra ce qu'il fout faire
Pour arriver au vrai bonheur. —Chaulons.
Hubert fut à Maastricht, vers ce saint véné- Apprendre la loi du Seigneur. [rable,
Bientôt il fut instruit du mystère adorable Qui fit pour toujours son bonheur.
Puis, ayant quitté ce bon père, Il pleura ses égarements, Sous le ciel d'un désert sévère S'exposant aux rigueurs du temps. — Chansons, etc.
Après avoir passé sept ans de pénitence, Un de ces anges glorieux Lui dit d'aller à Rome, où Dieu, pour ré- L'ornerait de dons précieux, [compense, Liège fut le noble héritage De ce pontife vénéré; Dieu lui donna pour témoignage La sainte étole et la clef. — Chantons, etc.
Saint Hubert travailla le reste de sa vie
Au bonheur de son cher troupeau.
Il fit fleurir les arts et cette foi chérie
Qu'il conserva jusqu'au tombeau.
Et ce pasteur incomparable
Jouit, dans l'immortel séjour,
D'un repos doux, inaltérable,
Pour prix de son ardent amour. — Chansons, etc.
Vénérable patron, que partout on révère, Daignez nous bénir en ce jour.
Faites que nous marchions avec un cœur sincère Dans les sentiers du Dieu d'amour; Que chaque confrère publie Et votre gloire et vos vertus,
Et que la céleste patrie Nous place au nombre des élus. — [ Chantons, etc. (4).
(1) Nous ne pouvons, dans nos chants historiques, refuser une place à la chanson des confrères de saint Hubert qui résume toute l'histoire de leur saint patron. — L'histoire de sa famille réelle et la généalogie que lui donnent les légendes ne sont pas sans nuages. Les Mérovingiens, possesseurs du midi, confièrent le gouvernement d'Aquitaine à des ducs. L'un deux, nommé Boggis ou Oggis, aurait eu son fils pour successeur. Il se nommait Bertrand. Celui-ci, époux de dame Hugueberne, sœur de sainte Ode, eut deux fils. Eudes, l'un d'eux, lui succéda, en 688, dans le duché d'Aquitaine, et lutta pendant toute sa vie contre les Sarrasins. Il mourut en 735, après avoir partagé ses états entre ses deux fils , Hallon et Hunold. — Le second fils de Bertrand, Hubert, suivit la cour des Mérovingiens; mais les luttes sanglantes d'Ebroïn et de saint Léger le chassèrent de la cour. Il se retira dans les Ardennes, chez Pépin d'Héristal. Il avait épousé Floiïbanne, fille de Dagobert, comte de Louvain. — Sa femme, dont il eut un fils nommé Eloribert mourut jeune. — Voir sa légende, tome I, pages 149 et suivantes. — La famille romanesque et légendaire de Charlemagne lui donne pour grand-oncle saint Hubert, mort en 728.