LES SARRASINS EN CHAMPAGNE
Cil Sarrasin, qui li cors Deu maldie, Est mult crueus et plains de vilenie.
Tant ontdegent, n'est nus ki numbre en die. Loherene ont et Ardane cscillie.
Dusqu'à Estampes n'a reniés ahéie Que tote Beausse ont il aussi gastie, Et Orlenois et tote Normendie :
De si au Mont ont fait leur envaïe (1).
Et tant est fiers li sire, qui les guie, Que par no gent n'en ares ja aïe Qu'il ne vus preigne, voyant nos tos, et lie. Vencus serez et vo gent desconfie,
Et tote France gastie et escillie.
Ja n'iert mais fais li Dame-Dieu service A Chaalons, à Rains, n'a Saint-Denise.
Home et feme n'i remanza en vie,
(1) MontLoon ou Laon.— Cette ville joue un grand rôle dans les romans carlovingiens, parce qu'elle fut le dernier asile des petits-iils de Charlemagne.— Le poète fait un anachronisme : ce fut en 733 qu'Abdcrame, ta la tête d'immenses armées, envahit la France, et parvint jusqu'à Orléans : de là des corps d'armée musulmans pénétrèrent dans le Gatinois, puis en Champagne : ils assiégèrent Sens, que son évéque défendit avec courage et bonheur.
S'il ne veltestre de lor mahomerie.
Et sainte Eglise estera agastie :
Ja n'iert mais levée, n'essaucie.
Crestientés est à un mot périe (1).
(1) Chanson <f Ojfter.— Raimbert, de Paris, XIIe ou XIIP siècle.— Barrois, 1844, t. II, p. 448.