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cités, comme aux vieillards la mémoire de leur brillante jeunesse Avec eux, elles ont acquis, avec eux, elles ont perdu richesses et franchises ; de leur temps et longtemps après eux, la monarchie comptait avec elles. Alors, en Champagne, on se souciait peu de savoir ce que voulait Paris ; alors, en Champagne, on faisait ce que voulait la Champagne.
C'est au milieu des jours d'indépendance et de prospérité de notre province que sonna la trompette des croisades; c'est encore des Ardennes que sort le preux des guerres d'Orient. Godefroy, sire de Bouillon, le châtelain de la poétique Sémoys, vend sa terre et passe roi de Jérusalem. Ses exploits en font le héros légendaire d'un poème qui vivra tant que battra le cœur de l'homme au récit des grandes actions, à l'harmonie des beaux vers.
Tous les trouvères ont chanté les Champenois empereurs, lesCourtenay, les de Brienne; les Champenois devenus ducs, princes, connétables ou maréchaux, les Dampierre, les Villehardouin, les Macaire de Sainte-Menehould, les Gauthier, les Geoffroy deMéry.— Faut il encore citer le sénéchal du royaume de Jérusalem, Geoffroy de Sargines, le vassal de l'archevêché de Sens, ce brave chevalier, dont Rutebœuf a chanté la mort dans une éloquente complainte?
Parmi les preux de Champagne chers aux chansonniers, citons encore Erard, seigneur de Valéry, le connétable de Champagne, le grand chambellan de France, le héros de trois croisades. Modèle de bravoure et de sagesse, il était le père des soldats, l'ami d>s ménestrels. Tous nos trouvères avaient pour lui des rimes amies :
Arriva là lepasseri
Messire Erard de Valeri,
Un haut baron courtois et sage
Et plein de si grant vasselage,
Que son cors et ses fais looient
Tout cil qui parler en ooient(l).
Les expéditions d'Orient ne suffirent pas toujours à dévo-
(1) la Branche aux royaux lignngti. —Guillaume GeuiT.
IV! Ij
ici l'esprit turbulent de nog pères. La minorité de saint Louis vit naître la guerre civile, et notre comte Thibault, le roi ménestrel, eut le tort de se liguer contre un enfant avec des factieux égoïstes. Nous publions tous lessirventes rimes à cette occasion : la Champagne les entendit chanter; elle suivit son comte à la guerre, mais ne l'y conduisit pas. Nos pères aimaient leur indépendance provinciale, mais respectaient le trône des lis. Aussi, quand la ville de Troyes décora de vitraux son église de la Madeleine ; quand les peintres-verriers, dans la chapelle placée sous l'invocation de Louis IX, racontèrent avec leurs pinceaux la légende du saint monarque, ils représentèrent Thibault aux pieds de ■on souverain légitime avec cette légende :
Plusieurs, sous le roy de Bretaigne,
N'eurent foy ni honneur :
Mais Thibaut, comte de Champaigne, Se donne à son vray seigneur.
Ce quatrain était le jugement de la Champagne sur cette ère de troubles et de chansons mordantes. A la cour de saint Louis, on aimait les couplets ; les princes de la famille faisaient chansonnettes et sirventes; mais les races des princes aimables et lettres subissent la loi commune aux choses de ce monde. La branche aînée de la maison de France, la descendance royale des comtes de Champagne, rois de Navarre, s'éteignirent presqu'en même temps.
Les premières années du XIVe siècle virent notre vieille province réunie à la couronne. Pendant quatre cents ans, elle avait vécu libre, riche, lettrée, glorieuse, fidèle à ses princes qu'elle aimait ; pendant quatre cents ans, elle s'était gouvernée, et cette période est la plus brillante de son histoire. Elle accepte loyalement sa nouvelle bannière, mais n'en pleure pas moins son commerce perdu, la cour splendide de ses princes, sa nationalité supprimée.
La maison de Champagne était encore alors représentée par les comtes de Sancerre, issus d'une branche cadette de cette vieille race. Vers eux se tournaient tous les regards de nos pères ; en eux reposait l'espoir d'une résurrection nationale, d'une restauration du cri, des armes de Champagne. Aussi, quand, en 1402, après un siècle de longue attente, viat à mourir le Uwuier preux de la race de Thibault, de ces princes que l'amour des peuples avait surnommé* U
Bon. le Libéral, le Grand, quand vint à mourir Louis de Champagne, comte de Sancerre, le vainqueur des Anglais, l'intrépide connétable de France, un grand cri de douleur retentit dans nos vieilles cités. Avec lui périssait le dernier espoir de l'indépendance ; avec lui périssait ce glorieux écusson connu des bords de la Tamise aux murs de Jérusalem ; avec lui s'éteignait le dernier écho de ce cri redouté : Pas? avant li millor! pas*' avant au comte, pas*' avant !
Lisez, Bonnes Gens , lisez les ballades que fit alors notre poète national, Eustache Deschamps, l'enfant de Vertus, le bailli de Fismes! Il est l'organe de la douleur publique. Ses deux complaintes sont les chants de deuil de la Champagne à jamais veuve de son nom, spoliée de sa vie, attachée pour longtemps au char de la maison de France, et depuis... Mais n'anticipons pas sur la chanson de l'histoire.
Dans ces XIV* et XV« siècles, si pleins de tristes souvenirs, la France a vu deux fois la loi salique mise en question. L'Angleterre, qui déjà ne connaît d'autre code que son intérêt matériel, qui, pour assouvir ses passions, sait accumuler guerres et révolutions, veut mettre la main sur la couronne des lis. Alors commence la guerre de cent ans; alors commence la longue complainte de nos malheurs, la légende de ces combats où nous perdons tout, fors l'honneur, la sanglante épopée de cette lutte sanglante, qui finit par le triomphe de la maison de France, le triomphe de notre nationalité. Pendant cent ans, les bonnes gens de Champagne, sans comte pour les conduire au combat, mais à jamais français de fait et de cœur, se font tuer aux cris de : Vive la France!
Si notre province a toujours ses hommes d'armes, cette fois encore, elle a son ménestrel. Eustache Deschamps, pendant soixante ans, chante sa patrie, la France, ses rois, leur gloire et leurs malheurs. Toute notre histoire est dans ses chansons. Malin, franc parleur, ennemi du mensonge et de la trahison, il a suivi la cour sans se laisser corrompre; il donne à nos princes de sages conseils et ne craint pas de leur dire :
11 n'est qu'un roy qui ait titre certain,
Et tous règnes procèdent de ce roy :
C'est un seul Dieu, qui est seul souverain ,
Qui tout eréa et qui tout a eu soy .
De luy vieut tout; les autres, par ma foy,
Puet déposer des règnes de la terre,
S'ils sont pervers et ne gardent sa loy :
De tel seigneur fait bon l'amour acquerre (1).
Deschamps est le ménestrel de l'honneur, le trouvère du devoir ; parmi ses refrains, nous en citerons deux, qui sont restés proverbes :
Mieulx vault honour que honteuse richesse (2), et
Fay ce que dois et aviengue que puet (3).
C'est aussi le champion de l'égalité, de la liberté, de nos vieilles franchises provinciales : lisez sa Ballade des Champenois (4) :
Contens sont de vivre en franchise (4).
Il établit ailleurs qu'un prince doit
mener doucement
Ses vrais subgiez, sans asservir nulli (5).
Ce qui perd le prince, dit-il, c'est de Trop convoiter ses subgiez asservir.
Et il arrive à
Par asservir ses subgiez esmouvoir (6).
Il aime les enfants du peuple: dans une de ses belles ballades, il dit au roi :
Prince, n'aies nul saige homme en despit, Si grand estât n'a ou robe fourrée :
(1) OEuvres de Deschamps. — Crapelet, page 2.
(2) Ibidem, page 4.
(3) Ibidem, page 12.
(4) OEuvres d'Eustache Deschamps, tome I, page 147.
(5) Edition Crapelet, page 23.
(6) Ibidem, page 35.
Car tel scet moult, qui est porre et petit ; On necongnoist aux robes la pensée (1).
Dans une autre de ses chansons les plus énergiques, au nom d'Adam notre père, il rappelle à tous l'origine commune des hommes dans ce refrain :
Nous sommes tous d'une pel revestus.
Ennemi: cordial des Anglais, Deschamps, dans viogt chansons, appelle la France aux armes et la pousse contre cette Angleterre, la cause de tous nos maux. Une de ses ballades se termine par cet énergique cri :
Se la paix n'est, vé à toi, Angleterre (2).
Il réveille les prédictions attribuées à Merlin, prédictions fatales à l'orgueilleuse Albion :
Puis passeront Gaulois le bras marin, Le povre Angles détruiront si par guerre, Qu'a donc diront tuit passant ce chemin : — Au temps jadis, estoit cy Angleterre (3).
Ailleurs, il appelle contre elle les aigles du nord, les lions du sud, les Français, les Ecossais, et les pousse à livrer une dernière bataille :
Franc et Escot, li ancien Breton, Les fils de Bruth et toute leur lignie En un conflit /eront crier leur nom, Et là sera grant bataille establie.
Du sang des morts de chascune partie Fleuves courront. Et véritablement Les fils de Bruth mourront là à tourmente. Et dès ce jour n'ont espoir de mercy.
Destruiz seront : c'est leur défînenient : Tant qu'on dira : — Angleterre fut «y (4) !
Si le comte de Sancerre est le dernier enfant de nos comtes, Deschamps est le dernier de nos trouvères. Lisez ses
(l) Edition Crapclet , page 18.
(9) OEuvres d'Eustache Descbamps, tome IL page 142.
(3) OEuvres d'Eustache Descbamps.— Crapelet, page 31.
(4) OBuoret d'Eustache Descbamps, tome I, |><ige83.
œuvres : ce sont celles d'un enfant de la vieille Champagne, celles d'un Iwn Français, d'un homme d'esprit et de cœur.
Lee ballades de Deschamps pouvaient consoler la Champagne, mais elle n'en était pas moins la proie des factieux Tendus à l'étranger. La folie de Charles VI, la défaite d A/.mcourt, le Waterloo du XV« siècle, mirent le comble a nus misères : mais la sainte ampoule n'était pas faite pour sacrer l'Anglais. C'est ce que leur fit comprendre un peu rudement une pauvre bergère de Champagne. Son histoire, chacun la sait. Ses victoires, sa sainte mort, quel poète ne les a chantées! Les chansons faites en son honneur sont à nous : répétons-les sans fin et remercions Dieu de ce que la philosophie n'a pas compris sa gloire; répétons-les sans cesse, et que son nom serve à jamais de ralliement à ce que nos révolutions ont laissé sous notre ciel de Français et de chrétiens !
Jeanne parait: l'Anglais fuit. La monarchie se relève: Charles VII, enfin, vient prendre à Reims la couronne de ses pères, et délivrer le chapitre fidèle, mais assez faible pour n'avoir pas craint de chanter :
Domine, salvos fac reyes, et exaudi nos in die qua invoeaverimus te.
Chant de deuil, triste monument de nos malheurs, qu'il faut rappeler d'âge en âge, pour apprendre aux hommes de nos jours, aux hommes qui nous suivent, à quel degré d'abaissement peut conduire une nation généreuse l'oubli de ses lois fondamentales.
Enfin, la France se repose, et la chanson fait comme elle. Les peuples qui ont une histoire ne sont pas toujours les plus heureux. Les peuples qui chantent leurs légendes ne sont-ils pas ceux dont le sang et les larmes ont maintes fois coulé?
Louis XI ne fait pas de chansons, mais il aime les anecdotes joyeuses et ne les conte pas mal. Sous son règne, la Champagne est tranquille , et Coquillart la fait rire. Charles VIII succède à son père ; Anne de Beaujeu, la -égente à la langue dorée, l'habile femme de Pierre de Hourbon, convoque les états généraux. Les hommes d'af-
.irc.H se présentent. Intrigues, cabales, consciences à l'encan,
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marchés conclus, réveillent la chanson : elle peut dire aux parlementaires :
Je reprends ma couronne , Messieurs, grand merci (1) !
■ Cependant la Providence a châtié l'orgueil de l'Angleterre. L'ambitieuse Albion n'est plus à craindre : la guerre civile, qu'elle a portée partout, la déchire ; la révolution, qu'elle a promenée sur la terre ferme, la bouleverse: c'est la justice de Dieu. — Parfois elle tarde, mais toujours elle a, elle aura son heure.
Francs et Gaulois ne peuvent rester en repos : c'est en Italie qu'ils portent la framée. François I"' et Charles Quint se sont heurtés : commence une longue guerre, qui ramène en Champagne les exploits et les chansons. — Vingt de nos pages au défenseur de Mézières, au sire de la Mark, le sauveur de Péronue, à ces braves Ardennais, dont le nom revient toutes les fois que la France menacée s'écrie : — « A moi, mes enfants ! » Quand, à Mézières, le cours de l'année ramène le 27 Septembre, que de patriotiques souvenirs réveille cette date glorieuse! — A pareil jour de l'an 1521, sur les remparts de la ville criblés de boulets, gens d'armes, bourgeois, gentilshommes, ouvriers, debout, la blanche bannière au vent, voyaient fuir devant eux les bataillons de l'empire; à pareil jour, depuis, chaque année, c'est fête à Mézières, et c'est une noble fête. Depuis trois siècles, ou répète en chœur :
Honneur aux lauriers de Bayard!
Du héros cher à la victoire, Aujourd'hui, fêtons la mémoire !
Honneur aux lauriers de Bayard !
Aux couplets héroïques se mêlent les couplets malins. En Prance, il était alors autre chose à prendre que la couronne de fleurs-de-lis : il y avait des raisins à cueillir. Les gens d'outre Rhin se figurent volontiers qu'il est facile de vendanger les vignes de Champagne. C'est un rêve qui leur sourit, comme nous le verrons encore. Cette fois , ils ne purent goûter de rien, et les Ardennais chantent sans pitié les déceptions de leur soif aussi vive que mystifiée.
(1) J.-B. de BiiAXGBi.
l).tu> une de ces chansons mordantes, adressées à des gen? «jui ne mordirent rieu, on les raille gaiinent du régime arbitraire sous lequel ils vivent. Nous recommandons ces couplets aux écrivains de l'école libérale. C'est qu'alors, en France, si voulait la loi, si voulait le roi.
Chantons, Bonnes Gens, chantons les chansons de nos pères : leurs couplets sont les bulletins de notre histoire.
Avec le règne de François I* finit celui des hommes dont l'épée compte dans une bataille, dont le nom vaut des aimées et donne la victoire. En Champagne, plus de fées; en Ardennes, plus d'hommes fervestus. Désormais, le réalisme va demander des comptes à la poésie. Mais rassurez-vous, Bonnes Gens : il aura beau poser des chiffres comme un banquier, déchiqueter l'histoire comme l'anatomiste un cadavre, semer sur la terre les doutes et les sophismes, elle saura bien lui dire :
Tassez votre chemin,
Beau sire, Passez votre chemin.
Adieu donc, ballades des auciens jours! Adieu donc, cités filles des Gaules et de Rome! Adieu, villes qui n'avez reconnu la monarchie des Francs qu'en stipulant le maintien de vos franchises héréditaires! Adieu, Champagne aux nobles comtes, à la glorieuse bannière, toi que nos rois n'ont cessé de nommer leur province chérie ! Adieu, montagnes des Ardennes, tombeau des paladins, berceau de nos derniers preux! Adieu, frontières de la vieille France, plaines couvertes de sang versé pour la défense de notre liberté ! Votre gloire, pour être ancienne,n'cn est pas moins radieuse. Les filles de la nuit, les blanches étoiles, pour être perdues dans l'immensité du monde, en brillent-elles d'un éclat moins pur? Par les beaux jours d'été, les lignes de l'horizon ne semblent-elles pas, au milieu d'une lumière harmonieuse, se joindre au ciel? Ce qui est là-bas, ce qui est là-haut ne font qu'un. Ainsi la vie du passé se mêle à celle d'un autre monde; ainsi. les plus glorieux souvenirs s'allient aux plus nobles rêves de l'espérance.
Alors que les nuits sont belles, que le rossignol chante au bois, que les feux-follets courent dans la prairie; alors que les âmes descendent des cieux, et planent doucement sur les champs qu'elles ont aimés ; alors qu'il est minuit,— au mi-
lente et gracieuse, qui vont caressant les rayons d'argent de la pâle Phébé,— vous, qui rêvez, n'atez-vous jamais rien vu?
La longue journée de la Saint Jean, la journée merveilleuse, s'il en fut, est expirée : la douzième heure du soir vient de sonner ; l'oisel répète son chant d'amour; le parfum des premières roses embaume les airs ; la lune brille d'un chaste éclat. Dans ces nuages qui passent, vous qui rêvez, regardez : la nature se repose et se tait. — Vous tous, dont l'àme entend la voix du silence, écoutez !
Le cor fait doucement vibrer les lointains échos ; le cerf passe haletant ; les chiens le poursuivent; derrière eux, s'avancent Glodion le Chevelu, saint Hubert, Pépin de Landen, Robert de la Mark. —La trompette appelle les preux à la rescousse : à ses ordres, se précipitent dans l'arène des cavaliers de fer, la lance au poing, Clovis, Charles Martel, Charlemagne, Ogier, Renaud d'Ardcnnes.— La cloche tinte, lente et solennelle. Le bourdon de Notre-Dame de Reims jette dans les airs ses notes majestueuses ; les chants sacrés retentissent au plus haut des cieux. C'est la procession des archevêques de Reims qui conduisent nos rois au sacre.— Aux armes, Champenois, aux armes! Le clairon sonne : la bannière à l'écu d'azur chargé d'une bande d'argent flotte dans les cieux. Pass' avant au comte! pass' avant! criet-on de toutes parts. Les comtes de Champagne chargent à fond de train Anglais et Musulmans.— Le tambour bat; le canon gronde ; la blanche bannière aux fleurs-de-lis d'or conduit au combat cavaliers et fantassins, nobles et campagnards : des cris de victoire saluent Jeanne d'Arc, Bayard et le maréchal de Fleuranges.— Plus loin, voix harmonieuses retentissent gaiment : dans une verte prairie, femmes gracieuses, beaux seigneurs, ménestrels galants, entourent un trône de fleurs où siège noble et jolie dame. La comtesse Marie tient sa cour d'amour.— Plus loin, Hugues de Payens défile à la tête de ses Templiers, et les belles filles de Provins effeuillent sous leurs pas les roses de Jéricho.
Au milieu de cette foule mobile, diaphane comme la vapeur du soir, légère comme l'âme débarrassée do la vie, quelle est cette femme à l'aboudante chevelure, aux belles épaules, aux larges mamelles ? A ses pieds sont des raisins d'or et de pourpre, des flocons de laine aux mille couleurs,
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des casques, des r pêes. Que dit-elle a toutes ces ombres qui défilent devant elle?— Gloire à mes enfants ! Passent avant les meilleurs!
Non, tout songe n'est pas chimère; non, tout n'est pas fini pour l'homme, quand un peu de terre a recouvert ses restes glacés : ce qui meuct, c'est le corps; ce qui vit à toujours, c'est l'âme. Non, tout n'est pas fini pour les races, quand des constitutions, fabriquées à coups de guillotine, de canon ou de pavé, ont supprimé leurs noms. Les races, comme les hommes, ont une âme qui ne meurt pas. Elle pent dormir, mais tôt ou tard elle se réveille. Sus, Bonnes Gens de Champagne! Sus, si jamais la voix qui parle dans la nuit, la voix qui parle au cœur, s'écriait : — A moi, mes enfants ! Passent avant les meilleurs !
Reims, 34 Juin 1863.
Pbospek TARBE.