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Lorsque le Champagne Fait, en s'échappant.
Pan, pan, La gaité me gagne L'âme et le tympan.
Les Germains profitent des querelles des Celtes pour venir vendanger dans leurs vignes. Nos pères imaginent d'appeler les Romains à leur secours; mais bientôt ils s'aperçoivent de leur faute et se liguent pour chasser l'homme du Sud . Les Rémois, les Lingons, les Messins s'allient aux Romains et leur doivent la civilisation et des libertés respectées par nos rois. Les confédérés marchent sur Reims : la division les perd, et César dissout la ligue. Rome accorde à ses alliés le titre de frères, des privilèges et de splendides monuments. Sans doute, la tradition qui donnait à Reims Remus et ses partisans pour fondateurs, fut la base de cette alliance : un arc de triomphe, construit dans nos murs dans le premier siècle de Fère chrétienne et encore debout porte sur un do ses bas-reliefs la légende de Romulus et de Remus allaités par une louve. En 1170, Henri de France, archevêque de Reims, va bâtir son palais près de cet arc triomphal, encore aujourd'hui nommé la porte de Mars. Les fortifications ne l'absorbèrent entièrement qu'en 1544. Plus tard, ce vieux castel, devenu le nid de la ligue, fut détruit par les royalistes, et on vit reparaître l'histoire des deux frères fondateurs dé Rome et de Reims.
Ces récits des temps gallo-romains ont aussi leur place dans notre recueil . Les Gaules ne sont plus qu'une province de l'empire : les lettres, les arts y prennent racine, et, en passant les Alpes, le christianisme vient régénérer le vieux monde. Nous avons publié les légendes de nos vierges martyres, celles de nos premiers évêques : ces proses, ces antiennes sont des pages de notre vieille histoire. L'Eglise de Champagne lutta contre les persécutions impériales, contre les invasions des Rarbares. Saint Didier, à Langres, saint Nicaise, à Reims, meurent en défendant leurs troupeaux ; et nos poètes n'ont pas oublié leur saint dévouement.
Cependant les Francs ont envahi l'orient des Gaules, et devant eux reculent les aigles de Rome. A leur tête apparaît Pharamond , le dernier de nos rois légendaires, le premier de nos rois historiques. Nos trouvées le font sacrer à Reims : tfest dans les murs de cette ville à la longue vio qu'à l'aide
de quatre docteurs, ils lui font promulguer la loi salique (1), cette vieille loi que nos révolutions, sans respect pour tant de choses sacrées, n'ont pas encore osé braver. — Mais, chut! ne signalons pas trop haut un principe encore debout.
Pharamond aurait été enterré, suivant les uns, à Fromont, dans les Vosges, près de l'abbaye de Senones (charte de 1261) ; suivant d'autres, à Brimont, près Reims, ou même encore plus près, dans le terrain des arènes, près de la porte de Mars. Quoi qu'il en soit, sa mémoire est restée populaire dans nos murs, et nos poètes, après quinze siècles, savaient encore son nom.
Les Francs, maîtres de l'Austrasie et delà Belgique, les défendent contre les Barbares. Sainte Geneviève, au nom vénéré dans nos vallons, fait reculer Attila. L'étoile du conquérant s'éteint dans les plaines de Châlons-sur-Mame, et la Champagne garde la mémoire de la sainte bergère.
La francisque à la main, sur son cheval de bataille, apparaît un roi chevelu : vainqueur à Tolbiac, il courbe la tète devant le Dieu qu'adorent sainte Glotilde, sainte Geneviève et saint Rémi, et l'histoire de Clovis devient la base de leurs légendes. Le paganisme est vaincu : le Sicambre courbe la tête devant l'autel du Christ, et le ciel envoie au saint évêque la colombe et la sainte ampoule ; à la sainte reine, l'écu d'azur aux fleurs-de-lis ; à ses descendants, le don de guérir les écrouelles.
Après la légende, reparait l'histoire. Les Mérovingiens se partagent la France ; la Champagne fait partie de l'Austrasie. Reims et Soîssons sont parfois capitales, et nos chansons traditionnelles, nos cantiques, gardent la mémoire du bon roi Dagobert, de notre reine sainte Radégonde, de saint Sigebert, de saint Dagobert et de saint Hubert, l'allié de la famille royale.
Cependant les petits- fils de Clovis disparaissent; des ministres de moins en moins responsables et de plus en plus
(t) Article 6. — Mais que de la terre salique nulle portion ne vienne à la femme, et que toute l'hérédité de la terre passe au sexe viril.
ambitieux finissent par s'adjuger la couronne. L'histoire de ces temps est obscure ; mais la légende, sans sourciller, prend son parti : la famille ardennaise de Pépin descend des Troyens; le nom d'Ausegise, le père de Pépin d'Héristal, ne rappelle-t-il pas celui d'Anchise, le père du pieux Enée? Quand on se donne des aïeux, on ne saurait les choisir en trop bon lieu. D'ailleurs, n'était-il pas flatteur de voir nos ancêtres chantés par des ménestrels tels qu'Homère et Virgile? Quoi qu'il en soit, l'histoire, celle qui s'imagine savoir la vérité, nous montre les ancêtres de Gharlemagne préparant leur fortune dans les domaines héréditaires d'Héristal et de Landen . Les Ardennes, forêts séculaires où les Romains n'entrèrent qu'à peine, que les Barbares ne traversèrent qu'en tremblant; les Ardennes , dernier domaine des druides et des bardes, dernier temple d'Arduina, la Diane de nos contrées, donnent à la France une dynastie, à la natiou un grand homme, aux lettres l'épopée carlovingienne, l'épopée française, populaire encore après dix siècles !
Les Pépin et les Karl montent sur le trône et fondent la nationalité française, la nationalité de la gloire. L'expulsion des Sarrasins et la défaite de Roncevaux, depuis dix siècles, n'ont cessé d'être chantées. Des épopées, d'âge en en Age traduites et remaniées, racontent au peuple toujours attentif les exploits de ces Ardennais, dont le bras martelait les ennemis de la France.
A leurs côtés, alliée de cette race victorieuse, s'est élevée une autre famille moins connue de nos chroniques, mais plus chère à nos légendes, celle de Turpin d'Ardennes, le compagnon, l'émule des premiers Pépin. Il a deux fils : l'aîné, Thierry d'Ardennes, Thierry l'Ardenois, est ce preux qui frappe d'estoc et de taille dans tous nos romans de chevalerie, ce preux que l'Eglise de Liège compte, encore de nos jours, au nombre de ses prcmiersjprotecleurs.
Le duc d'Ardanc n'eut qu'un lils nommé Thierry comme lui : leur nom et leurs exploits se confondent;— partout où l'on peut donner des coups et gagner de la gloire, ces deux rudes enfants de nos montagnes se présentent; partout ils frappent, pourfendent, décollent les ennemis de la France. Il n'est pas possible que la poésie ait jeté tant de gloire sur des êtres chimériques, sur des fantômes de bravoure. Elle a payé la dette de l'histoire.
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Turpiu d'Anlennes eut un second îils nommé Doolinou Doon. Qutlle immortelle postérité ce fils de nos forêts laisse après loi» C'est d'alwrd Haymon, ses quatre fils, leur aine Renami, dont nous avons conte l'histoire. Sauvages montagnards, Us débutent dans la vie par ensanglanter la co»rde Cbarlemagne, et soutiennent contre lui une guerre désespérée. Les bataillons de l'empire les écrasent, mais ils partagent sa gloire, et morts depuis plus de mille ans, ils vivent encore dans la mémoire des hommes.
Haymon a deux frères : l'un, Geoffroy , le marquis d'Ardennes,est père d'Ogicr l'Ardenoisvdont nos fillettes chantent encore la valeur -t l'autre est Turpin, le chroniqueur de Ron cevaux, Turpin, l'archevêque de Reims. — Ah! longue mémoire à ces hommes de vieille race, que trois générations ont sans doute vus à cheval, bardés de fer, la lance au poing, que trois générations ont suivis de champ de bataille en champ de bataille ! Longue mémoire à ces hommes dout l'histoire est la nôtre, dont les lauriers sont nôtres, dont la vie fut celle de nos pères!— Chantez, ménestrels, chantez les fées qui remuèrent leurs berceaux, qui forgèrent leurs Opées! Chantez leurs chevaux indomptés, ces bétes de tant d'esprit 1 Chantez Renaud, Ogier et Bayard! C'est la gloire des Ardennais, c'est le renom de leurs coursiers que vous chanterez.
En dépit de ces chansons aux mille couplets, les Carlovingiens passèrent comme un éclair. Une nouvelle race, fille .des Gallo-Romains, monta sur le trône. A elle aussi sa légende, sa gloire et son épopée.
Mais revenons au Romancero de Champagne, Les noms de nos comtes, sous les deux premières races, perceut à grand'peine les ténèbres du Moyen-Age; la monarchie unitaire de Charlcmagne s'est anéantie ; l'esprit de race s'est réveillé, et sur les ruines de la centralisation s'élève la féodalité. C'est ainsi qu'en France, on court d'une extrémité à l'autre : l'usurpation et la force régnent partout. Herbert de Verraandois, issu de la race carlovingienne, s'empare de Meaux, de la Brie, de Troyes, se proclame comte de Champagne et meurt en 9i3, bourrelé de remords d'avoir trahi son roi légitime. De ses successeurs point ne ferons ici l'histoire : braves, éclairés, généreux, amis des arts et des lettres, ils ont laissé derrière eux un renom encore populaire. Les souvenirs de leur règne sourient à nos antiques