LA LÉGENDE D'OGIER D'ARDENE-MARK
Signor, c'est voirs, bien le puistesmoignier, Et on le troeve, saciés bien, en psautier, Qu'onques ne fu telx cors de chevalier, Ne si poissans com li danois Ogier (2),
(1) Chanson a" Ogier de Dane-Marke, par Raimbert. de Paris. — XIIIe siècle. — Barrois, 184*, tome II, page 391. — Ce passage est un résumé crue fait le poète pour remettre en la mémoire des auditeurs la suite du récit.
(2) Nous croyons à l'existeuce d'Ogier l'Ardenois, et non pas le Danois : il faudrait un volume à son histoire, et nous n'avons que quelques lignes à lui donner. Né dans les Ardennes, vers 749, il mourut vers 820. — Arden et den signifient^ gaulois, forêt. Ardenois, Danois sont deux surnoms éqnivalents. — Ardenn-Mark signifie marche ou frontière de la forêt : Den-Mark a le même sens. Jusqu'en 1092, dans les Annales du Haynaut, Ogier est nommé Ogier le marchis (774J. Nos trouvères en font le petit-fils deTurpin, gouverneur d'Ardenne : de là son nom. Son père, Geoffroy, était aussi marchis d'Ardennes. — C'est en 1092, après l'apparition de la prétendue Chronique de Turpin, qu'Ogier devient d'Ardenois Danois, et que le héros d'outre-Meuse devieut le paladin d'outre-mer.Turpin d'Ardennes eut trois fils: Thierry d'Ardennes, qui fut père de Thierry l'Ardenois, tous deux héros des romans carlovingiens ;— Doolin, de Mayence, père de Turpin, l'archevêque de lleims, d'Aynion, prince des Ardennes, le père de quatre fils bien connus ; — Geoffroy d'Ardene-Mark, père d'Ogier le marquis, comte de Loos — Charlemagnc, par sa mère Berthe, était te cousin -germain d'Ogier. Dans le récit des exploits d'Ogier, il est difficile de séparer le romande l'histoire, Un mot de celle-ci; Ogier prit part h la lutte testée contre Charlcmapnr par son frère
Quant soit armés sor Broiefortle fier (4).
Et il tenoit le rice brant d'achier.
Trestot parmi fendoit un chevalier.
Et qu'en diroie? mult fu vaillans Ogiers Etpreusetvistes. Diex ama et tint chier. Crestienté aida à essauchier.
Bien servi Karle au fer et à Tachier (2). Si li aida maint castiel à froissier, Mainte cité, maint bore à pechoier.
Ses anemis fist vers lui apaior.
Mal guerredon en ot au darrainier.
Chariot li fil, qui Diex doinst encombrier (3),
Carloinan, mort en 771 et inhumé à Saint-Remi de Reims. Il conduisit chez Didier, roi des Lombards, la veuve de ce prince, dont il était le cousin. Il aurait défendu le Milanais contre les armées impériales : fait prisonnier, il fut remis à son cousin Turpin ou Tilpin, archevêque de Reims, qui le garda prisonnier dans cette ville. La tour, qu'il habita, garda son nom; elle, était encore debout il y a quelques années. — Raimbert de Paris et son éditeur l'appellent la *our de porte Martre. — Le château-fort des archevêques de Reims était, en effet, dans le XIII* siècle, près de la porte Mars. — Mais, dans une autre partie de la ville, du côté de l'archevêché, était la porte de Gérés, porta Cereris. D'origine romaine, elle finit par être fortifiée : ses tours servirent de prison , et la porte de Cérès devint la porte Chère, porta Carceris, porte Ghartre, porte Charcre. — Nous pensons que les copistes du texte publié par M. Barrois ont mal lu : c'est au point que nous indiquons que la tradition n'a cessé de montrer la tour d'Oger. -— Le château de la porte de Mars est de beaucoup postérieur à l'existence du paladin.
(1) Coursier d'Ogier.
(S) Ogier était un des généraux de Charlemagne.
(3) Dans le roman, c'est ce meurtre, qui rappelle le début du poème des quatre fils Aymon, qui pousse Ogier à passer en Italie.
Ocist son fil d'un pesant eskekier, Baudewinet, que il avoit tant chier (1). Por çou qu'Ogier en vaut au roi plaidier, Le fist li rois de sa terre cachier,
Et ses casteaux abatre et essilier :
Ne li laissa, qui vausist un denier.
En autre terre le covint costoier :
Passa les monts; si vint à Désier (2). Il le retint de gré et volontiers.
Puis le boisa comme coars lanier (3), Qu'en la bataille ot en Pestor plenier, Le laissa il, dont il fist que lanier. Car tôt li home au boin danois Ogier I furent mort à doel, sans recouvrier.
A castiel fort l'ala puis asségier, Si com oistes en la canchon arrier.
Puis escopa par effors de destrier.
Or a tant fait et avant et arrier Qu'en prison est li boins danois Ogier.
En porte Martre (4), que fermèrent Pou-
[hier (5), Chose est à Rains, tôt droit l'arcevesquié. Sept ans i fu li boins danois Ogiers.
Ce fu grans doelx à si vaillant princhier, Quant si lonc tans li convint ostagier.
(1) Fils naturel d'Ogier.
(2) Didier, roi des Lombards.
(3) Puis le trompa comme un lâche oiseau de proie.
(4) Lisez : Porte Charcre.
(6) Tel était alors le nom des Picards.