‹ Romancero de Champagne (volume 2)Chapitre 41 sur 129 · LA PROSE DE SAINT THIBAULT · texte numérisé non relu

LA PROSE DE SAINT THIBAULT

Sombre désert, bois solitaire Par Thibault jadis habité, Vous fûtes le dépositaire De la plus haute sainteté.

Du seigneur, dans sa fleur première,.

Il porte le joug glorieux.

Insensible aux biens de la terre , Son seul trésor est dans les cieux.

L'éclat d'une haute naissance N'éblouit pas son jeune cœur :

Les travaux de l'humble indigence Ont à ses yeux plus de grandeur.

Il suit la trace douloureuse D'un Dieu courbé sous une croix :

Humilité plus glorieuse Que toute la splendeur des rois.

Craignant la louange perfide, Aliment de la vanité, Il s'enfuit, colombe timide, Vers une sainte obscurité.

En vain la forêt de Vicence Le cache aux regards des mortels :

Malgré Sun humble résistance,

On le consacre aux saints autels.

Il répand au loin la lumière, Ainsi qu'un céleste flambeau, Et devient le guide et le père D'un docile et nombreux troupeau.

Bientôt sa tendre mère vole Vers un fils cru longtemps perdu, Et le rend, dans sa sainte école, Digne émule de sa vertu.

Par les jeûnes et l'abstinence 11 combat les feux de son cœur, Dont il dompte la violence Par une pieuse rigueur.

Celui dont la voix efficace D'un seul mot aplanit les flots, Par le doux charme de sa grâce Lui rend le calme et le repos.

Cette paix, ces douceurs si chères Seront le prix de mille maux :

Son faible corps couvert d'ulcères Est près de tomber en lambeaux.

Dieu, qui couronnez le courage De votre athlète généreux, Faites-nous entrer en partage De sa gloire, au séjour des cieux(l).

(1) Reims, Brigot, 1813.— Saint Thibault, dit la légende,

descendait des premiers comtes de Brie: fils du comte

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