LA COMPLAINTE D'ABAILARD ET D'HÉLOISE
Ecoutez, sexe aimable, Le récit (bis) lamentable D'un fait très-véritable, Qu'on lit dans saint Bernard Le docteur Abailard Maître dans plus d'un art,
Précepteur de fillette, Soupirait (bis) en cachette Pour la nièce discrète Du chanoine Fulbert.
Sous le même couvert Logeait le galant vert.
Son latin avec zèle Il montrait (bis) à la belle ; Et l'on dit qu'auprès d'elle Il ne le perdait pas.
Mais, un beau jour, hélas !
Donnant leçon tout bas,
Fulbert, avec main forte, Vint frapper (bis) à la porte,
nombreux pèlerins. Les rois et les reines de France l'ont presque tous visitée. — Voyez les Miracles de Noire- Dame de Liesse, Unirions, ! 5*0.
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Entouré d'une escorte Nombreuse et sans pitié.
Abailard, effrayé Et mourant à moitié,
Quant on vint le surprendre, Lui faisait (bis) bien comprendre Un passage assez tendre Du savant Art d'aimer.
Il voulut s'exprimer ; Mais, sans trop s'informer,
L'abbé, prenant le drôle, Lui coupa (bis) la parole, Et le maître d'école Par force resta court.
Dans ce funeste jour, On vit pleurer l'Amour.
Sans jeter feu ni flamme, Refroidi (bis) pour sa dame, Abailard, en bonne âme A Saint-Denis s'en fut.
De Satan à l'affût Il trompa mieux le but
Que défunt saint Antoine; Car la main (bis) du chanoine De l'ennemi du moine L'avait mis à couvert.
Voyant tout découvert, Loin de l'oncle Fulbert,
La dévote Héloïse, Qu'on avait (bis) compromise, S'en fut droit à l'église
Du couvent (TArgenteuil.
On lui fit bon accueil.
Avec la larme à l'œil,
Chaque sœur se récrie Sur la main (bis) en furie Qui tranche pour la vie Le fil de ses amours.
Craignant les sots discours, La belle pour toujours
Quitta ce domicile.
Abailard (bis), plus tranquille, Lui fit don d'un asile Non loin de son couvent.
Héloïse, en pleurant, Le mit au monument.
Elle eût mieux fait d'en rire, Car, avant (bis) qu'il expire, Elle pouvait bien dire :
« Ici gît mon amant (1). »
(1) La Chanson rit de tout sans pitié. Sans raconter ici l'histoire d'Abailard, rappelons seulement que, dénoncé comme hérétique par deux chanoines de Reims, il quitta Saint-Denis et se retira près de Nogent sur-Seine, où il fit bâtir un oratoire qu*il nomma le Paraclet. C'est là qu'après onze ans de séparation, il revit Héloïse, que Suger renvoyait d'Argenteuil. Il lui donna, ainsi qu'à ses religieuses, ce couvent, et se retira à Cluny. Après de longues querelles avec saint Bernard, fondateur de Clairvaux, il devint son ami et mourut à Chalon-sur-Saône, en 1142. Héloïse, protégée par Mahaut, veuve de Thibault MI, comte de Champagne, fit venir les restes de l'homme qu'elle avait aimé et les plaça dans le caveau de l'oratoire qu'il avait bâti. Quand elle mourut, en H63, on y plaça son corps, d'après ses dernières volontés. Au moment où on la descendait, Abailard étendit