CONTRE LE COMTE DE CHAMPAGNE
Je chantasse volentiers liément , Se je trovaisse en mon cuer l'ochoison, Et desisse et l'estre et Ferrement, Se j'osasse mettre m'intention, De la grand cortde France au dous renon,
Où toute valors se baigne.
Des prodomes nie lo, qui qui s'en plaigne, Dont tant i a, que bien porront véoir Par tant, je cuid, lor sens et lor savoir.
De ma dame, vous di-je vraiement Qu'ele aime tant son petit enfançon Que ne velt pas que se travaut sovent En départir l'avoir de sa maison :
Mais ele en doue et départ à foison.
Molt en envoie en Espaigne
couplet est une allusion à sa captivité.— Gauthier le Cornu, secrétaire de Louis VIII, fidèle conseiller de Blanche de Castille, fut fait archevêque de Sens eo 1221 , et mourut en 1Î41— On reproche à Thibault ses alliances avec les princes espagnols. On en fait presque des mahonn'tans. parce que. dans leurs familles, ils comptaient des alliances avec les Arabes— Cette chanson est écrite par Hue de La Ferté, qui prit part à toutes les intrigues du temps : il appartenait à la ligue qui voulait ten verser la dynastie des Capétiens.— Voyez notre édition des Chansons du r»i fit JStimrre.
Et molt en met en enforchier Champaigne. S'en fait fermer chasliaux por mieux valoir : De tant sont ja par li creu si oir.
Se ma dame fust née de Paris, Et ele fust roïne par raison, S'a elle assez fier cuer, ce m'est avis, Por faire honte à un bien haut baron Et d'alever un traitor félon.
Diex en cest point le maintiegne !
Et gart son fil que ja feme ne pregne î Car par home, ne puis-je pas véoir Qu'ele perde jamais son pooir.
Prodome sont et saige et de haut pris. S'en doivent bien avoir bon guerredon, Cil qui li ont enseignie et apris A eslongier ceaus de ci environ.
Ele a bien fermée sa leçon,
Car tos les het et desdaigne :
Bieni parut l'autre jour à Champaigne, Quant li baron ne porent droit avoir, Me nés daigna esgarder ne véoir.
Que vont quierant cil fol baron bregier Qu'il ne viegnent à ma dame servir, Qui miex saroit tout le mont justicier Qu'entre aus trestous d'un povre bourc joïr? Et del trésor, s' ele en fait son plaisir,
Ne volt qu'à aus en ataigne :
Conquise en a la justice romaigne, Si qu'elle fest les boins por maus tenir Et les pleuseurs en une eure saintir.
Diex! li las de la Bretaigne, Trovera-t-il jamais où il remaigne,
S'ensi li volt tote terre tolir,
Dont ne sai je qu'il puisse devenir (1) ?
(1) Romancero fra nçais, Paulin Paris, page 18u2.— Cette ballade fut composée par Hue de La Ferté, un des ennemis de la reine Blanche, au moment où la ligue des barons voulut renverser Louis IX au berceau et proclamer roi le sire de Coucy. Thibault s'était rallié à la couronne ; aussi accuset-on la régente d'employer les deniers de l'Etat à fortifier la Champagne.— Le duc de Bretagne, Pierre Mauclerc, avait appelé les Anglais en France, et les armées royales avaient envahi son duché.— Le cardinal de Saint-Ange, légat du pape, était le conseiller de la reine.— Voyez notre édition des Chansons de Thibault.