CONTRE LE COMTE DE CHAMPAGNE
En talent ai que je die Ce dont me sui apensés.
Cil , qui tient Campaigne et Brie , N'est mie drois avoués.
Car puisque fu trespassés Cuens Thibault à mort de vie, Saichiés, il fu engendrés :
Or gardez s'il est bien nés.
Deust tenir signorie Tex hom, chastiaus ne cités ?
Très dont qu'il failli d'aïe Au roi, où il fu aies.
Saichiés, s'il fust retornés, Ne l'en portast garantie Hom qui fust de mère nés , Qu'il n'en fust désérités.
Par le fil sainte Marie, Qui ens la crois fu pénés, Tel cose a faite en sa vie, Dont deust estre apelés.
Sire Diex , bien le savez, 11 ne se deffendit mie, Car il se sent encolpés.
Seignor barons, qu'atendez ?
Quens Tiebaus, d'ores en vie De félonie frétés, De faire chevalerie N'estes vous mie aloses?
Ainçois estes miex marillé A savoir de sirurgie.
Viex et ord et bosofïés, Totes ces taches avés.
Bien est France abâtardie, Seignors barons, entendez, Quant femme l'a en baillie , Et tele com bien savez, Il et ele les aies li tiegnent,
par compagnie.
Cil n'en est fors rois damés, Qui piéça est coronez (1).
(1) Cette chanson (Bibl. Nat., suppl. franc, manuscrit 18i, n° 149), attribuée à Hue de la Ferté, fut composée de 12-27 à 1230 , dans les mêmes circonstances que la précédente. Le premier couplet attaque l'honneur conjugal de Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, mère de Thibault IV. On y présente ce prince comme conçu après la mort de son père. Le couplet suivant concerne le reproche fait à Thibault d'avoir abandonné Louis VIII au siège d'Avignon. — Le troisième rappelle le duel judiciaire proposé par le comte de Boulogne à Thibault, accusé d'avoir empoisonné le roi, et par lui refusé. — Le couplet suivant est une allusion au même fait. — Le dernier nous montre que les confédérés n'étaient que des ambitieux. Ils voulaient beaucoup plus le pouvoir que le bonheur de la France.
Dans ce temps-là, C'était déjà comme ça !