DESTRUCTION DE L'ORDRE DU TEMPLE
Dit Renard : — Certes non ferai :
Ja en ma vie ne l'amerai (la Raison) ; Car si ge croire la vouloie, Toute ma vie guerpiroie.
Laorde vieille députaire, Que nulle fois ne se peut taire, Qu'à nulle rien je ne puis tendre, Toujours ne me vueille reprendre.
Toutes oures ma gent diffame :
Par li aquiers mainte diffame.
Que je ne puis dire ne faire Que tous jours ne me soit contraire.
S'elle ne fust, bien l'ose dire, De trestuit le mond fusse sire.
El me court sus bien et tost, Et quant qu'el peut, elle me toit.
Si faisge li certainement Tant por d'arrier com par devant.
Elle les Templiers amatit, Et tous par li les abatit, Qui tant de richesses avoient Et si bien tout mon art savoient, Que tout l'avoient, tantl'avoient quis S'encor cent ans vescu eussent, Trestoutes seignories eussent.
Mes pour ce qu'elle les haït,
Jusqu'à eheoir les envahit.
Mi ami estoient ; si m'en poise !
Encor me doute qu'elle ne voise Ospitaliers enhaïssant Qu'el les va ja envahissant, Que por li ne veulent rien faire Et sont dou tout si adversaire.
Voulentiers dire leur féisse, Car ge doute qu'el nés envahisse.
Ils s'entrevont ja gourdoiant :
Chascuns en peut estre voyant.
Las ! moi défamez en seroie, Car un de mes membres perdroie Des plus grans après les Gentis.
La suis je le plus ententis (1).
(1) Roman du Renard contrefait, par Le Clerc, de Troyes, XIV# siècle.— C'est le Renard, c'est-à-dire la Fourberie qui parle.— Cette appréciation, faitepar un Champenois contemporain, de la destruction de l'ordre des Templiers fondé à Troyes, n'est pas sans intérêt.— Ces moines guerriers possédaient de grands biens en Champagne. Les Hospitaliers leur succédèrent en influence, mais furent plus heureux.
LES MOKTS hK i i;i;i \ (\:m.)
Mors, ki est de tous prendre engrande, Fist moult piteuse prise et grande En Raoul, ki marchis et dus Etoil, et a tous biens rendus, Preus, fors, gentieux et plains d'honneur, Et en luy ot large donneur.
A Kréci bien se deffendit; Toutes les batailles fendit.
S'il mourut, n'en soitreprochiés.
Trouvés fu li plus approchiés Des Angles. — Or gist ei li cors :
Dieu li soit vrai miséricors (1)1
(t) Epitaphe de Raoul, duc de Lorraine, tué a Crécy. inhumé dans l'abbaye de Beaupré— Il avait épousé, en 1334, Marie de Chàtillon (sur Marne), demoiselle de Blois, fille de Guy de Chàtillon (sur Marne) et de Marguerite de France, sœur de Philippe de Valois. — Les Champeuois n'eurent garde de manquer à cette désastreuse journée. Les archevêques de Reims et de Sens y conduisirent eux-mêmes leurs hommes : ce dernier fut tué dans la mêlée. — Louis II. de Chàtillon (sur Maine), comte de Blois ; un Courtenay, comte d' A uxerre; Louis de Champagne, comte de Sancerre, descendant de Thibault le Grand , comte de Champagne, furent trouvés parmi les morts. Guillaume de Machault, un de nos poètes, vit périr sou maître le reide Bohême, Jean de Luxembourg.— Guillaume de La Ferre, porte-escu de l'archevêque de Reims .ban de Vienne, y fut tué; son ■•orps, rapport»'* k Reims, fut inhume aux Carmes. Jeau La-