SECTE DES FLAGELLANTS EN CHAMPAGNE
Ave, Regina pure et gente, Très-haute, ave, maris stella!
Ave, précieuse jovante, Lune où Dieu s'esconsa.
Ave, saincte glorieuse ente, Ave, tu plena gratia ; Faictes finir, rose excellente, Le mortuaire, qui ores va.
0 créeresse de créature, Qui oncques ne fustes créé, Défendez-nous de grief morsure, Sire Dieux, et vousasrenez.
Héé! doulce royaulx Vierge et pure, Priez que pour nous soit pitez.
Au peuple laissiez l'euvre obscure De pechié, si vous amendez.
barbe, riche lx>urgeois de Ucims, à la tète de quelques cava liers à sa solde, périt glorieusement sous les coups des Anglais. Jean de Vienne, le sire de Thuisy, son sénéchal, et quelques honimrs dihoués, escortèrent le roi après la perte de la bataille.
Nous te prions, Vierge louée, En ceste pénance faisant Pour toute créature née, Et requiers ton père et enfant.
Que cest mortuaire soit destournée Et Saint Esperit voist régnant; Etnoscuers par humble pensée, Car d'ayde avons mestier grant.
Se ne fust la Vierge Marie, Le siècle fust piéçà perdus.
Bâtons nos chars plaines d'envie, Bâtons d'orgueil plus et plus.
Pour paresse et pour gloutonnie Et pour ire qui het vertus ; Pour avarice et lécherie, Et pour tous péchiez décéus.
En démonstrant signifiance Que tous nous convendra morir; Et en terre en très grant vitance No pécheresse char pourrir.
Enfin, de nostre pénitance Nousfaultà genoux revenir.
Tous mourrons, c'est la remembrance Qui nous fait tierce fois chéir.
Jhésu, ainsi comme devant, Relevons nous la tierce fois, Et loons Dieu à nulz genoulx :
Jointes mains tenons l'escourgie.
Grémons Dieu; aions les cuersdoulx,
Et chantons à la départie :
Grâce à Dieu ! car elle est en nous.
Prions pour l'humaine lignie, Baisons la terre, levons-nous (1).
(1) La secte des flagellants envahit la France après la peste de 1349. Elle venait d'Allemagne, traversa l'Alsace et s'arrêta vers Troyes et Reims en Champagne. Elle expiait par des flagellations les faiblesses humaines.— Voyez Histoire des flagellants, traduite du latin par l'abbé Boileau, Paris, 1752, page 252.— Chronique de Saint- Denis, Paulin Paris, tome V, page 492.