LE CONNESTABLE DE LA CHEVALERIE
Amy, que vas-tu quérant?
Que le très bien venu soye !
LE CHEVALIER ASPIRANT
Honueur et pri* acquérant, Si j'y puis trouver la voye.
LE CONNESTABLE
Tu l'auras ; mais que tu soye Toujours loyal et hardy, Et que de rien tu ne croye Médisans, je te le dis.
LE CHEVALIER ASPJURANT.
Sire, je vous pri par amours Que maintenant je puisse estre De votre main, devant tous, Chevalier de Parbalestre.
LE CONNESTABLE
Volontiers.
LE CHEVALIER ASPIRANT
Grand mercy, maistre.
Dieu doint qu'après vos jours finis, Soyez colloque à sa dextre, En son glorieux paradis.
LE CONNESTABLE
Il faut que faire te fasse Tous les vœux que faire dois.
LE CHEVALIER ASPIRANT
Quels sont-ils?
LE CONNESTABLE
Qu'en cette place Jures la croix et la noix Que le jeu doux et courtois Maintiendras par bonnes mœurs, Maintenant comme autrefois Ont fait nos prédécesseurs.
Viens, jure loyallement Que la couronne de France Serviras entièrement De ta force et ta puissance.
Ton corps mettras en défence À Reims, contre ses ennemis Desquels tu auras connoissance.
LE CHEVALIER ASPIRANT
Je promets que de ma puissance Feray le contenu de vos dicts.
LE CONNESTABLE
En après aussy, se tu vois
Aucun des frères mesprendre
Contre le jeu, tu le dois,
Si tu ne veux trop fort mesprendre.
Au gouverneur le faire entendre,
Afin qu'il en soit pugni.
Veux tu cecy entreprendre?
LE CHEVALIER ASPIRANT
En bonne foy, sire, ouy.
LE CONNESTABLE
Pareillement, se tu mesprends Contre le jeu, ou tes frères, Dès maintenant tu consens Qu'en toutes bonnes manières Soye pugni par les frères Qui en ont le gouvernement?
Les causes cy sont toutes clières, Le veux-tu?
LE CHEVALIER ASPIRANT
Oui, certainement.
LE CONNESTABLE
Et encore fais tu le vœu Que, si tu voyois discorde Entre les frères du jeu, D'y mettre paix et concorde?
Chacun frère ici l'accorde Avant qu'il soit retenu.
Ce point cy souvent recorde !
LE CHEVALIER ASPIRANT
Pour ce suis jeicy venu.
LE CONNESTABLE
Un autre vœu jureras Polir entrer en la frairie, Que jusqu'à un blanc feras Dépense par compaigtiie, A ceux d'étrange partie Qui voudront au jeu jouer.
LE CHEVALIER ASPIRANT
Icy n'a pas de vilennie :
Je suis prêt â le vouer.
LE CONNESTABLE
Puisque tu requiers le veu, Jurer par bonne pensée Il te convient, se tu veux, Que si une messe est chantée Ou plusieurs durant Tannée, Pour les frères trépassés, Que ta part y soit donnée.
LE CHEVALIER ASPIRANT
Jeleveuil, sire : est-ce assez?
LE CONNESTABLE
L'autre veu ne laisse pas, Met le bien en ta méniôire, Que si de vie à trépas Te menoit leroy de gloire, L'arbalestre et fust d'ivoyrë, Dont tu fais l'esbattement, Est notre. Ainsyle dois croire.
LE CHEVALIER ASPIRANT
Et je le vouil par mon serment.
LE CONNESTABLE
Seigneurs, frères et compaignons, Chacun de nous face feste :
Un frère nouvel avons De nostre jeu tanthonneste.
Des pieds jusques à la teste Allons nous bouter en mue, Et là lavons nostre teste De vin, pour sa bienvenue (1).
(1) La compagnie des arbalétriers de Reims fut établie vers la fin du XIV6 siècle. La corporation s'éteignit en 1702. Formée pour lutter contre l'Anglais/ elle devint inutile quand la France eut de grandes armées.— Voyez le Noble et gentil Jeu de l'arbalète de Reims.— Société des Bibliophiles de Reims, 1841.