‹ Romancero de Champagne (volume 2)Chapitre 74 sur 129 · LE CONNESTABLE DE LA CHEVALERIE · texte numérisé non relu

LE CONNESTABLE DE LA CHEVALERIE

Amy, que vas-tu quérant?

Que le très bien venu soye !

LE CHEVALIER ASPIRANT

Honueur et pri* acquérant, Si j'y puis trouver la voye.

LE CONNESTABLE

Tu l'auras ; mais que tu soye Toujours loyal et hardy, Et que de rien tu ne croye Médisans, je te le dis.

LE CHEVALIER ASPJURANT.

Sire, je vous pri par amours Que maintenant je puisse estre De votre main, devant tous, Chevalier de Parbalestre.

LE CONNESTABLE

Volontiers.

LE CHEVALIER ASPIRANT

Grand mercy, maistre.

Dieu doint qu'après vos jours finis, Soyez colloque à sa dextre, En son glorieux paradis.

LE CONNESTABLE

Il faut que faire te fasse Tous les vœux que faire dois.

LE CHEVALIER ASPIRANT

Quels sont-ils?

LE CONNESTABLE

Qu'en cette place Jures la croix et la noix Que le jeu doux et courtois Maintiendras par bonnes mœurs, Maintenant comme autrefois Ont fait nos prédécesseurs.

Viens, jure loyallement Que la couronne de France Serviras entièrement De ta force et ta puissance.

Ton corps mettras en défence À Reims, contre ses ennemis Desquels tu auras connoissance.

LE CHEVALIER ASPIRANT

Je promets que de ma puissance Feray le contenu de vos dicts.

LE CONNESTABLE

En après aussy, se tu vois

Aucun des frères mesprendre

Contre le jeu, tu le dois,

Si tu ne veux trop fort mesprendre.

Au gouverneur le faire entendre,

Afin qu'il en soit pugni.

Veux tu cecy entreprendre?

LE CHEVALIER ASPIRANT

En bonne foy, sire, ouy.

LE CONNESTABLE

Pareillement, se tu mesprends Contre le jeu, ou tes frères, Dès maintenant tu consens Qu'en toutes bonnes manières Soye pugni par les frères Qui en ont le gouvernement?

Les causes cy sont toutes clières, Le veux-tu?

LE CHEVALIER ASPIRANT

Oui, certainement.

LE CONNESTABLE

Et encore fais tu le vœu Que, si tu voyois discorde Entre les frères du jeu, D'y mettre paix et concorde?

Chacun frère ici l'accorde Avant qu'il soit retenu.

Ce point cy souvent recorde !

LE CHEVALIER ASPIRANT

Pour ce suis jeicy venu.

LE CONNESTABLE

Un autre vœu jureras Polir entrer en la frairie, Que jusqu'à un blanc feras Dépense par compaigtiie, A ceux d'étrange partie Qui voudront au jeu jouer.

LE CHEVALIER ASPIRANT

Icy n'a pas de vilennie :

Je suis prêt â le vouer.

LE CONNESTABLE

Puisque tu requiers le veu, Jurer par bonne pensée Il te convient, se tu veux, Que si une messe est chantée Ou plusieurs durant Tannée, Pour les frères trépassés, Que ta part y soit donnée.

LE CHEVALIER ASPIRANT

Jeleveuil, sire : est-ce assez?

LE CONNESTABLE

L'autre veu ne laisse pas, Met le bien en ta méniôire, Que si de vie à trépas Te menoit leroy de gloire, L'arbalestre et fust d'ivoyrë, Dont tu fais l'esbattement, Est notre. Ainsyle dois croire.

LE CHEVALIER ASPIRANT

Et je le vouil par mon serment.

LE CONNESTABLE

Seigneurs, frères et compaignons, Chacun de nous face feste :

Un frère nouvel avons De nostre jeu tanthonneste.

Des pieds jusques à la teste Allons nous bouter en mue, Et là lavons nostre teste De vin, pour sa bienvenue (1).

(1) La compagnie des arbalétriers de Reims fut établie vers la fin du XIV6 siècle. La corporation s'éteignit en 1702. Formée pour lutter contre l'Anglais/ elle devint inutile quand la France eut de grandes armées.— Voyez le Noble et gentil Jeu de l'arbalète de Reims.— Société des Bibliophiles de Reims, 1841.

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