‹ Romancero de Champagne (volume 2)Chapitre 83 sur 129 · LE CANTIQUE DE NOTRE-DAME-DE-L'ÉPINE · texte numérisé non relu

LE CANTIQUE DE NOTRE-DAME-DE-L'ÉPINE

Vierge auguste, à ton nom, dans une âme

[troublée Souvent renaît la foi, l'espérance et l'amour; L'orphelin te bénit, la veuve désolée T'implore en soupirant près du noir mausolée, Quand vient la nuit, quand naît le jour.

Parmi les verts buissons, sous l'épine sauvage, Ton image est propice au pieux pèlerin : Blanche étoile des mers, lorsque gronde l'orage, Le navire perdu sur des flots sans rivage Te redemande un ciel serein (1).

(t) Marne.— Ces vers sont de M. L.-F. Gcerin. 1840. Le 24 Mars 1400, deux bergers, l'un de Courtisols, l'autre du hameau de Sainte-Marie, aujourd'hui le village de l'Épine, virent, au soir, une lumière briller au milieu d'un buisson. Ils y trouvèrent une statue de la Vierge. On déposa cette merveilleuse image dans une petite chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste, sise près de là. Un peu plus tard, en 1409, un architecte anglais, nommé Patrick, commença la charmante église de Notre-Dame-de l'Épine, que vous connaissez tous. Achevée en 1450, type élégant de l'architecture d'outre Manche, ce monument de l'invasion est une pauvre compensation des misères causées en Champagne par l'occupation anglaise.

BALLADE DE LA GOEfiRÊ A L'ANGLAIS.

Quarante ans a chanté de requiem Nostre curé, sang faire porter paix ; Tant qu'if ne scet d'autre service rien, flfe d'autre saint ne chantera jamais.

On l'en a bien reprins plusieurs fois ; niais Respondu a qu'il ensuivra son erre :

De requiem chantera désormais.

Sans paix avoir, aurons guerre ! guerre !

Bfamé l'en ont tuit si prochain :

Pour ce sont assemblé clers et lays, Qui n'y ont peu trouver propre moien.

Et dont il est? — Il est d'oultre Calais. Bfaispour chanter lui est uns autelz fais, Gfàvelingues, dont tousli cuer lui serre; Et quant il la voit, il crie à grans eslair : Sans paix avoir, aurons guerre ! guerre !

De cet autel ne lui rendra nul bien, Ne d'Ardre aussi qui est un conté gais : A Dunquerque peut bien perdre du sien ; A Boulongne pourra faire son lais.

Ces III lais lui feront tant d'agais Que sanz péril ne sauldra de sa terre. Passons premier, ou si non, doubte fais : Sans paix avoir, aurons guerre ! guerre !

l'envoy.

Princes, pour Dieu mettez chascuns du sien Potft conquérir et pour sauver sa terre : Passons la m$r, ou j'aftperçay trop bien, Sans paix avoir, aurons guerre î guerre (1) !

(I) Cette ballade , qu'Eustache Deschamps met dans la bouche de son curé, peint les misères de la France, qui ne finiront pas tant qu'on n'aura pas attaqué les Anglais chez eux. — On voit que ce plan de campagne n'est pas nouveau ; plusieurs lois il fut tenté sous Charles VI, mais sans qu'on ait pu frérkusemçut le mettre à exécution .

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