COMTE DE SANCERRE
Plourez, héraulx, plourez, chevalerie, Tous ménestrels, trompettes, gens de guerre, Plourez, maistres de toute artillerie, Mineurs aussi, vaillance en toute terre, Le bon Loys, mareschal de Sancerre, Puis pour son bien de France connestablo ! Plourez l'ostel grant, large et honourable Qu'à son temps tint li chevaliers loyaulx! Plourez pour lui, tous serviteux royaulx, Tous estranges ses dons et sa largesse, Qui tant hay tous hommes desloyaulx 1 Plourez pour lui, toute gent de noblesse!
Et Champaigne, pleure, triste et marrie, Son nom, son cris, qui à tousjours s'enterre, Armes et tout qu'il porta à sa vie Sanz reproucher. Sa mort le cuer me serre ! Or ne sera qui les porte ou desserre Jamais, nul jour : c'est chose pitéable, Car en ses faiz fut fort et vertuable. Diligence ploure sesgrans travaulx, Ce quel souffrit, la durté et les maulx Pour son seigneur, et la guerre qui blesce : En lui ne fut onques trové défaulx.
Plourez pour lui., toute gent de noblesce.
Plourez les gens servens son escurie, Ceulx qu'il a faiz tout bachelier qui erre Pour avoir nom ! armuriers armoirie.
Tenir vous fault désor enclos soubs serre. Princes loyaulx, vueillez service querre A ses servens : chose est rémunérable, Qui sont dispers ; soiez leur secourable. Leur chief est mort, qui tant vous fut feaulx : Pour son amour, aiez pité sur y aulx.
Pour exempler toute gent de jonesse De faire bien en armes, en chevaulx.
Plourez pour lui, toute gentde noblesce.
l'envoy.
Prince, mort fu Loys votre vassaulx; Et de Paris, en Février, vo consaulx, A Saint Denis le conduit en tristesce, Où entrez est de lès les plus haulx : M CCCG et deux fut ses tombeaulx.
Plourez pour lui, toute gent de noblesse (1)!
(I) Etienne de Champagne, troisième fils du comte Thibault II, mort en 1152, eut, dans la succession de son père, le comté de Sancerre.— Loys de Champagne, comte de Sancerre, son petit-fils, était donc de la famille de nos comtes. — Son père fut tué à Crécy. Lui-même ne cessa de défendre la patrie et la couronne contre l'étranger. Maréchal de France en 1362, vainqueur des Anglais dans maints combats, en 1397, il reçut l'épée de connétable. Il mourut le 6 Février UOS, et ne laissa que deux fils naturels. La postérité légitime des comtes de Champagne finit avec lui. Avec lui s'éteignit l'espoir qu'avait gardé la Champagne de redevenir une principauté, d'avoir à elle son nom, sa bannière, ses lois et sa vie— Voyez la ballade qui suit.