LE DIT DE LA BERGERELLE DE VAUCOULEURS
Tost après, en ceste douleur (1,) Vint au roy une bergerelle Duvillaigede Vaucouleur (2), Qu'on nommoit Jehanne la Pucelle.
C'estoit une povre bergère, Quigardoit ses brebis es champs, D'une doulce et humble manière, De l'aage de dix huit ans.
Devant le roy on l'amena Ung ou deux de sa connoissance, Et alors elle s'inclina, En lui faisant la révérence.
(1) Ces vers sont de Martial de Paris, né vers 1444. Il avait connu dans sa jeunesse des témoins des faits qu'il a racontés dans ses Vigiles de la mort du roi Charles VU. — Paris, 1724, 2e vol., page 96.
(2) Jeanne venait de Domremy, lieu de sa naissance, prévôté d'Andelot, bailliage de Chaumont en Bassigny, élection de Langres.— On crut qu'elle venait de Vaucouleurs, parce qu'elle fut amenée près du roi par Robert de Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs.— Jacques d'Arc ou même d'Ay, était né, suivant les uns, à Sermaize, près Vitry-le-François, et suivant les autres à Cefïonds , commune voisine de Montierender, près de Troyes. — Jeanne était donc bien une fille de la Champagne , et par sa naissance individuelle, et par l'origine de sa famille
Le roy par jeu si alla dire :
—Ah! ma mie, ce ne suis-je pas.
A quoy elle respondit : —Sire, C'estesvous : ne je ne faulx pas.
—Au nom de Dieu, si disoit elle, Grand roy, je vous mènerai Couronner à Reims, qui que veuille, Et siège d'Orléans leveray.
Le feu roy, sans s'esmouvoir, Clercs et docteurs si fisteslire Pour l'interroger et scavoir Qui la mouvoit à cela dire.
A Chynon fut questionnée D'ungs et d'autres bien grandement, Auxquels par raison assignée Elle respondit saigement.
Chascun d'elle s'esmerveilla, Et, pour à vérité venir, De plusieurs grands-choses parla Qu'on a veues depuis advenir.