Romancero de Champagne
Le Romancero de Champagne ikmis a comlails au milica du XVIII* siùcio ; il a suivi pas ù pas nos chroniques : qu'il marche donc encore avec elles. — Un artiste en plein air, bien connu sous le premier empire, terminait ses représentations en disant : « Messieurs et Mesdames, êtes-vous contents des tours qui viennent d'aToir l'honneur de s'exécuter devant vous? NV>as les tenons d« M. de Voltaire, notremailreà tous?»— Plus' heureux que les nris, le plus spirituel des escamoteurs, François Arotrct, a vu sa vie s'écouler au milieu des triomphes, et de nos jo«rs, son règne n'a pas pris fin. Impunément il put insulter l'héroïne delà Champagne, la bergère de Domremy ; sans danger il put encenser la prostituée du Bassigny et lui écrire : * M. de la Ik)rde m'a dit que vous lui aviez ordooné de m'embrasser des deux côtés de votre part.
Quoi ! deux baisers sur la ftn de ma yi« ! Quel passeport vous daignez m' envoyer ! Deux ! c'en: est tvop, adorable Egérie. Je serais mort de plaisir a» preaner. •
Et la France d'applaudir : celte France, qut rougit de voir son roi dans les bras de Jeanne Vaubernier ; celle France, qui,, par malheur» sourit toujours à <|hI l'amuse, qui prend si voloitliers le bruit des grelots pour des raisons, couronnt» M. de Voltaire, lui décerne les honneurs de l'apothéose, t^wil accepte, comme fait toujours un philosophe. Sous la bannière de Y Encyclopédie portée par Momus, elle s'avance gaimenl vers l'abîme des révolutions. Le scepticisme est de boa ton^ l'impiété passe pour force d'esprit, et bientôt un
duc et pair s'entend dire par son barbier : « Voyez-vous, Monseigneur, quoique je n'aye pas d'éducation, je n'ai pas plus de religion que vous. »
Un dernier appel est fait par la Providence au bon sens de la nation. A ce Louis XV, si longtemps salué par la Chanson du surnom de Bien-Aimé, surnom glorieux qu'il n'avait pas su garder, succède un prince honnête , ."hrétien de cœur, ami des pauvres. Quand le jeune monarque, aidé de quelques ministres dignes de lui, tente de réformer les abus, enfants inévitables des jours passés, pour préparer dans l'avenir des jours meilleurs; quand Louis, le Père du peuple, entreprend avec bonne foi d'élever sur les ruines du Moyen-Age une société nouvelle, de substituer à des règles sans application possible, des institutions conformes aux mœurs du temps, à la sage police de l'Etat, à l'équité, la Chanson sourit en disant tout haut :
Elnfin, j'ons vu les cdits
Du roi Louis seize.
En les lisant à Paris,
3'ons cru mourir d'aise.
Nos malheurs sont à leur lin.
Çà! chantons, le verre en main ; 'Vive Louis seize, au gai !
Vive Louis seize (1)!
Et tout bas elle ajoute :
Vivent les beaux esprits
Encyclopédistes, Du bonheur français épris.
Grands économistes! Par leurs soins, au temps d'Adam Nous reviendrons ; c'est leur plan !
Momus les assiste, au gai !
Momus les assiste (2).
(1) Cette chanson fut populaire en Champagne et dans les provinces voisines.— V. les Chansons poputot're* de Delloye et Dumersan.
(2) La Turflfottnc— Chanson composée contre Turgot et ses amis par le chevalier de Lisle.— V. la collection de Dumersan et Delloye.