A TROYES
La maltôte a mal au pié :
Le public est en larmes ; Chantons, pour la consolé, La cause de ses larmes.
Saboulez cy, saboulez là, Saboulez la maltôte.
Chantons le triste accident De onze rats de cave :
Race qui fut de tout tems Plus matoise que brave. — Saboulez, etc.
Dans le jour, comme les chats, Ils ruminent malice ; La nuit, ils sont en pourchas :
C'est là leur exercice. — Saboulez, etc.
Leur colonel, César Aufroit, Règle leur contenance :
C'est un homme, dit-on, fort droit.
Pétri de l'ordonnance. — Saboulez, etc.
Il sent la contravention De dix lieues à la ronde :
Qu'elle soit réelle ou non, C'est égal à son monde. — Saboulez, etc.
Compter leurs faits journaliers, C'est la chose impossible ; Contons leurs exploits guerriers :
C'est la chose risible. — Saboulez, etc.
Bientôt, las de s'escrimer A la guerre de plume.
Ces Achilles, pour s'armer, Font retentir l'enclume. — Saboulez, etc.
Le sabre est joint au canif, Le glaive à l'écritoire, Le pistolet au portatif, La dague à la gratoire. — Saboulez, etc.
Armés ainsi jusqu'aux dents, Avec fière grimace.
Ils font d'abord les fendants Envers la populace. — Saboulez, etc.
Gare à vous, garçons perruquiers I
Votre perle est certaine :
Us vont sur vous les premiers Essayer la dégaine. — Saboulez, etc.
Déjà le choc est engagé :
Un tourbillon de poudre Annonce au peuple amassé Où va tomber la foudre. — Saboulez, etc.
Le portatif, le pistolet, S'escriment à outrance :
La houpe, le fer à toupet Sont bientôt sans défense. — Saboulez, etc.
Telle fut de ces fierabras La première victoire :
Us rentrent dans leurs nids à rats, Pleins de poudre et de gloire. —Saboulez, etc.
Celui qui, dans ce tracas.
Courut le plus de risque.
Est un vêtu de taffetas Dans le tems le plus frisque. — Saboulez, etc.
Tandis que son bel habit On dégraisse, on dépoudre, Le muscadin garde le lit.
En maudissant la poudre. — Saboulez, etc.
Avec un succès différent, Ils ont donné l'aubade A des marmots qu'un pédant Glace d'un air maussade. — Saboulez, etc.
i Ces marmots, enrégimentés
Douzaines par douzaines.
Les ont tournés et retournés Gomme vieilles mitaines. — Saboulez, etc.
Tel on voit le Prussien, D'abord vainqueur de Brawne, Perdre cœur et le terrain A l'approche de Dawne. — Saboulez, etc.
Muse, qui chantes les combats Et les faits héroïques, Viens célébrer un fracas Digne de tes chroniques. — Saboulez^ etc.
Contre l'air et les moulins Se battoit Don Quichotte :
Mieux que lui^ nos spadassins Méritent la calotte. — Saboulez, etc.
Que leur avoient fait les pots, Les bidets, les chandelles, Les seaux, les brocs^ les sabots Et autres bagatelles ? — Saboulez^ etc.
Chez Savin (1), à tout cela^ Et d'estoc et de taille, Ils vont, sans dire holà.
Livrer âpre bataille. — Saboulez, etc.
Mais, ô prodige nouveau !
Tout cela se tortille ; Le pot, le sabot, le seau Subitement frétille. — Saboulez, etc.
Un seau saisit au collet
(») Mallrc (liaiultilicr.
Philippe Pommauville ; Un gros, lourd et vieux bidet Va coëffer Courtainville. — Saboulez, etc.
Une lardoire à Loret Embroche la visière ; Un sabot i'i Marniquel Fait mordre la poussière. — Saboulez, etc.
Nos rats, ainsi déconiits.
Regagnent leur tanière, Résolus, en étourdis, A rentrer en carrière. — Saboulez, etc.
ils entrent en hostilité Contre la tannerie ; Autant vaudroit que c'eût été Contre l'écorcherie. — Saboulez, etc.
Les mottes de ce quartier Sont de rudes armures :
Le plomb, le fer et l'acier Font de moindres blessures. —Saboulez, etc.
Nos rats ont senti leurs coups, Sans devenir plus sages :
Enfin ont payé ces foux Principal, arrérages. — Saboulez, etc.
Voici comme il en alla :
Un officier peu pauvre Par cette ville passa, S'en allant en Hanovre. — Saboulez, etc.
C'est au Signe-de-la-Croix Que descend le bagage :
Lui-même, harassé, bien las, Y suit son équipage. — Saboulez, etc.
Dans ce lieu, nos spadassins, Assemblés en frérie, S'entretenoient de desseins D'amour et de tuerie. — Saboulez, etc.
Troublés à l'apparition Du brave militaire, Ils le prennent sur le ton De corsaire à corsaire. — Saboulez, etc.
Ils insultent les mulets^ Les mulets leur répondent ; Ils insultent les valets, Les valets les confondent. — Saboulez, etc.
C'est en vainque Girardin (1) Et madame sa femme, Alarmés de ce tocsin , Veuleijt mettre le calme. — Saboulez, etc.
Sans respect pour l'homme du roi.
On l'attaque, on l'insulte; On le met en désarroi :
Gela dans la minute. — Saboulez, etc.
Onze lames sont au vent Contre un homme sans armes :
C'est un bon expédient Pour vaincre sans alarmes. — Saboulez, etc.
L'officier, vaincu, mais outré
(I) Anbergiste du SigmdelaCroix.
Do celle félonie, Se plaint : nos rats sont décrétés, Onzede compaffnie, — Saboulez, etc.
Ils ont à Monsieur Jourdain L'obligation entière Du décret, du coup de main, D' l'avis au ministère. — Saboulez, etc.
Jamais le grand Rbdillard Célébré par Voiture Ne fit, soit art ou hasard.
Si brillante capture. — Saboulez, etc.
Mais qui pourroit crayonner L'allégresse publique, Quand on vit emprisonner La trop joyeuse clique ? — Saboulez, etc.
.. Jamais édification Ne fut aussi complelte, Au vu d'une procession De captifs qu'on rachette. — Saboulez, etc.
L'arrêt se fit en plein midi, En moult belle ordonnance :
Rats avoient un air hardi El brave contenance. — Saboulez, etc.
Mais, à l'aspect de Mauchin, Ils changèrent de game :
Entre autres, le muscadin Versa plus d'une larme. — Saboulez, etc.
Les Juifs étoient moins penauds, Lorsque, dans Babylone,
Avec femmes et marmots, Ils n'avoient que lard jaune. — Saboulez, etc.
Les tristes consolations De leurs douces amies Sont d'impuissans aiguillons Pour leurs âmes flétries. — Saboulez, etc.
Ils pleurent sur le passée Le présent les désole ; De l'avenir l'obscurité ,
Les glace et les affole. — Saboulez, etc.
Laissons-les à leurs remords ; Profitez-en, Jeunesse, Pour maîtriser les transports D'une insolente yvresse :
A vaus permis, à ce prix-là.
De fronder la maltôte. (1)
(1) Troyes, in-i", sans date. — Archives de la ville. — L'impopularité des employés de la régie n'est pas chose nouvelle. — Après dix révolutions exécutées en faveur du peuple français; après onze constitutions composées toujours en faveur du même peuple français ; après avoir fait à tout prix, il est vrai, les conquêtes de 89 ; après avoir ouvert aux nations de l'univers, et de beaucoup d'autres lieux, la carrière du progrès et de la liberté, les grands hommes de ce temps ont enfin trouvé le secret de se passer d'impôts. — Plaignons les théories arriérées de nos pères, mais ne les jugeons pas trop sévèrement. La modestie sied bien au succès et au mérite.