LA MESSE DE LA RAISON A REIMS
Culte décadaire.
Peuple, qu'un même esprit rassemble dans ce
[lieu !
Peuple libre ! écoulez : jadis, au nom de Dieu, Des prêtres imposteurs annonçoient dans un
[temple Des erreurs, des mensonges, dont ils donnoient
[l'exemple ; Ils vous parloient au nom de l'Eternel, Et quand leur bouche impure Outrageoit la nature, Ils luioffroientun encens criminel.
Ils ont appesanti le joug de l'esclavage^ Trahi l'humanité par leur coupable rage. Provoquant l'ignorance et l'oubli de nos droits, Ils nous ont livrés tous à la fureur des rois. J'ai vu, de l'un à l'autre pôle.
Couler des flots de sang ; Un pape^ armé de son étole.
De ces guerriers cruels étoit le ralliement.
0 siècle détestable, siècle de barbarie ! Où l'œil épouvanté vit la Seine rougie... Sortez de vos tombeaux, ombres des protestans! Alimentez la haine qu'inspirent les tyrans...
Ilélas ! dans celle nuil affreuse, Lé père vil son fils massacré dans ses bras ;
Sa fille malheureuse Près du sein malernel fut conduite au trépas- Haine et malédiction sur cette race impie !... Assez et trop longtemps le crime et l'infamie. Armés du fanatisme, le poignard à la main. Ont, par des opinions, trom^^é le genre humain.
Avec la crédule Italie Nous avons échangé nos moines libertins ; Nous leur avons donné cette race flétrie Pour l'esprit qui brilla chez les anciens Ro-
[mains.
Despotes insensés et prêtres imbécilles, Frémissez sur vos trônes, tremblez sur vos
[autels :
Les peuples éclairés vous offrent pour aziles
L'échafaud qu'on réserve aux plus grands
En vain contre l'égalité [criminels.
Vous armez vos mains défaillantes :
La colère et la rage, chez vous, sont impuis-
Votre règne est passé. [santés.
Et vous tous qui prêtez l'oreille à mes accens, Foulez aux pieds les préjugés de vos ancêtres : Ils étoient abusés par leurs coupables prêtres ; Cultivez la vertu, abhorrez les tyrans. Au nom delà fraternité.
Entre vous partagez vos peines.
Et, fussiez vous chargés de chaînes, Chantez encor la liberté (1).
{^\) Messe des Sans-Culoltes à Reims. — Louis Pahis. — Bibl. de la ville de Reims. —Ces strophes furent faites pour
ORDRE DU JOUR D'UNE DÉCADE en 1794.
Primidi l'on dénonce un homme, Qu'on guillotine duodi.
Aux prisons^ tridi, l'on assomme, Et l'on mitraille quartidi.
Quarante bateaux à soupape Sont lancés à l'eau quintidi.
Gare aux vieux partisans du pape !
On les travaille sextidi.
On fait des monuments antiques Un auto-da-fé septidi, Et des flammes patriotiques Brûlent une ville octidi.
Lassés de ce travail extrême, Nous buvons du sang nonidi ; D'existence à l'Etre suprême Nous donnons brevet décadi (1).
célébrera Reims le culte de l'Etre suprême. Le grand- prêtre, la face tournée vers les assislauls. entonnait ces vers. A la fin de chaque strophe, un chœur de musiciens lui répondait. Cette fête fut célébrée dans les promenades de Reims, au printemps de 1794.
(I) GoBKï (de Sézanne).— Bibl. de Chàlons-sur-Marne.