DE NOS TROIS PREMIÈRES CONSTITUTIONS IMPÉRISSABLES
An VIII (1).
De rouages confus réunion étrange, La première à Paris périt le dix Août (2) ; La seconde, pétrie et de sang et de fange^ Sans avoir vu le jour, mourut sous le ver-
[rou(3).
La troisième semblait plus fortement conçue ; Mais, partout invoquée et détruite partout, Par de nombreux viols en tous ses points rompue, Elle vint expirer aux filets de Saint-Gloud (4).
(1) GoBKT (de Sézaune).
(2) Constitution de 1791 .
(3) Constitution de 1793, qu'on n'osa jamais exécuter.
(4) Constitution de l'an III (1795), abrogée dans la séance extraordinaire tenue parle corps législatif à Saint-Cloud, le 18 Brumaire an VIII. (Cette note audacieuse est de l'auteur du huitain.)
LA
CHANSON DES CONSCRITS deSKINE-ET-MAKiNE (An VIII.)
Des combats le signal se donne ; Sans regrets, nous te suivrons tous,
Fière Bellone.
Gloire, Liberté, loin de vous
Rien Va de charmes.
Le repos n'est qu'ennui pour nous.
Courons aux armes !
Par nos bras un peuple héroïque A jamais prétend affermir
La république.
Malheur à qui pourrait trahir
Sa confiance !
Fuyez, lâches ! allez rougir
Loin de la France !
Des Français le bouillant courage A cent fois d'atroces tyrans
Dompté la rage.
Tes succès de quelques instants,
0 ligue impie !
Ont doublé l'ardeur des enfants
De la patrie.
Nous marchons. Tu vas voir nos braves. Dans leurs rangs, frapper de terreur
Tes vils esclaves; Et de leurs chefs qui, sans honneur,.
Ont tant d'audace, La bassesse au Français vainqueur
Demander grâce.
Avant nous, fixant la victoire, Nos cadets furent en tous lieux
Couverts de gloire.
Imitons l'essor généreux
De leur jeunesse, Et n'usons que pour faire mieux
Du droit d'aînesse.
Ghers objets de notre tendresse, Gardez-vous d'ouvrir votre cœur
A la tristesse.
Réservez vos cris de douleur
Pour l'infamie.
La mort même, aux champs de l'honneur,.
Vaut bien la vie.
A l'amour, à l'hymen lidéles.
De tous temps on vit les guerriers
Chéris des belles.
Echappés aux coups meurtriers
Par nos prouesses, Nous viendrons offrir nos lauriers
A nos maîtresses.
Liberté, tes élans sublimes Font trembler les amis des rois,
Chargés de crimes.
S'ils poursuivent, contre nos droits,
La trame ourdie.
Réprimons par le frein des lois
Leur perfidie.
Tous égaux, tous unis on frères.
Livrons-nous aux doux sentiments
Des cœurs sincères.
Ils adouciront nos tourments,
Et, sans alarmes, Nous saurons remplir nos serments.
Courons aux armes (1) !
(1)Â Melun,cbcz M^ichelin, iiuiiniiu'iir-libraire, rue de la Commune. Vendémiaire an VIll. — Collection de MM. Lebot et Lhdillibb .