LE CANTIQUE DES BONNES GENS
Vous^ que l'orgueil d'Adam condamne à la
[ bassesse, Vous, qui nez sans ayeux, et vivantsans molesse, Portants seuls dans l'Etat le fardeau delà loi, Servez par vos travaux la patrie et le roi ;
D'utiles citoyens respectable assemblage, Quedédaignentles cours, mais qu'estime le sage ; Peuples de la campagne, je brave ce mépris ; D'autres flattent les grands, c'est pour vous que
[j'écris.
A l'aspect de ces grands, dont l'éclat im-
[ portune.
Je vous entends crier, désirer leur fortune^ Accuser la misère, envier leur splendeur; Mais enfin connoissez votre propre grandeur.
Le conquérant détruit, vous conservez le
[ monde ;
neur, chef-lieu de leur paroisse.— Près d'une fontaine située dans le bois séparant les deux villajxes, ils aperçurent sur un chêne une image de la Sainte-Vierge encadrée de feuilles de lierre. — Arrivés à Villers-le-Tourneur, ils racontèrent à leur curé ce qu'ils avaient vu. Après une enquête régulière, l'image fut déposée dans l'église de Neuvizy, où, depuis cette époque, elle estl'objet de la vénération d'un grand nombre de pèlerins. La Vierge de Neuvizy est honorée sous le nom deNotre-Dame-de-Bon-Sccours.
Il ravage la terre, vous la rendez féconde ; La triste humanité ne doit qu'à vos secours Le vin, le bled, le lin, qui soutiennentnosjours.
Laissons donc ces bâtons , ces mortiers, ces
[ couronnes, Monumens des grandeurs, semez autour des
[ trônes ; La bêche et la charrue, utiles instrumens, Brillent plus à mes yeux que ces fiers ornemens.
La vanité du tems foule aux pieds la nature ;
Les noms de fils^ d'époux, passent pour une
! ! [injure;
,Pçi^pl^,; ces noms pour vous n'ont rien que
[ de sacré :
Vous n'avez pas l'orgueil d'être dénaturé.
Fatiguez de plaisirs, idolâtres d'eux-mêmes , Les courtisans altiers, dans leur grandeur su-
[ prême , D'un œil indifférent verront des malheureux; Le pauvre est né sensible, et s'attendrit sur eux.
Les biens, les dignités et les superbes
[ tables Ne font que trop souvent d'illustres misérables; Pour vous, î.is passions ne brûlent votre cœur; Le travail entretient la robuste vigueur.
Hélas! sans la santé, que m'importe un
[ royaume?
On veille dans les cours, vous dormez sous le
[ chaume ; Vous conservez des sens ; chez vous, le doux
[ plaisir
S'aiguise par la peine, et vit par le désir.
Les souris d'une époiïse, un fils qui vous
[ caresse, Des fêtes d'un hameau la rustique allégresse. Les rayons d'un beau jour, la fraîcheur du
[matin Vous font bénir le Ciel, charment votre destin.
Plus on est élevé, plus la mort est terrible, Et du trône au cercueil le passage est horrible ; Mais qui vit sans remords, doit mourir sans
[ tourment.
Vous ne regrettez rien dans cet affreux mo-
[ ment {i).
(1) Collection de M. P. Dubois.— Cantiques spirituels pQur le diocèsedé Troyes, 1755.— Ce cantique n'est-il pas le dernier avertissement de la religion aux hommes qu'une aveugle philosophie, un effrcnc libertinage cntraJlnaicnt déjà vers l'abîme des révolutions?
LKS EGftEIGNES CHAMPENOISES.
REGI ET PAÎRI/«:.
Dans notre Ecreigne champenoise, A c' mois d' Janvier q' j'avons eu de tourment !
Je croîons q' pour nous chercher noise, On nous avoit j'té un sort méchamment.
Au lieu d' chants, Ou de contes plaisants, On n' parloit que d'horreurs; [ peur! Chacun s" disoil : — lïélas! que j'ons grand
Quand, â la fin de la journée.
On s'en r'venoit regagner le hameau,
C'étoit toujours l'âme effraïée Des cris de la corneille ou du corbeau. Nos tendrons Ne revoient pus d' garçons, Ni les garçons d' bonheur; [ peur ! Châ(ïtin s' disoit : — Hélas ! que j'ons grand
' Lé éôir, si j' nous mettions à table, TfÉûs la nappe le sel se renversoit.
Ou bien, c' qu'est un signe effropble, Là fourchette avec le couteau s' croisoit. Pus d' gaieté, Sans boire à la santé, Buvant d' mauvaise humeur, [peur!
CKlcUn s' disoit : —Hélas ! que j'ons grand
La veir des Rois, nuit effroïable, Il faisoit noir quasi com' dans un four :
Quand j' vîme un feu épouvantable Tomber du ciel luisant d'un mauvais jour : Voïants c'ia, J' nous récriîmes : — V'ià Qu'y a queuq' grand malheur !
Hélas ! enfans, hélas ! ça fait grand peur !
Tandis q' j'étions tous ben en peine D' sçavoir c' que vouloit dir' c't' affreux sabat,
V là t'i pas qu'à la fin d' la s'maine, Not curé nous r'disit l'assassinat.
Un seul cri De nos cœurs attendris Exprima la douleur :
N'avions-je t'i pas raison d'avoir tant peur?
Aveu q'eu courage en prière J'avons prié 1' bon Dieu pour not bon roi !
On auroit fait eune rivière D' nos larmes, tant j'étions en désarroy : Que d' sanglots!
Comme j'étions dévots !
Je l'étions d' tout not cœur.
C'est qu' c'est là 1' cas d' prier avec ardeur.
L' lend'main matin, j' fume à la ville ; J'y trouvîme tout l' monde en grand effroi :
Stapendant on d'vint pus tranquille.
Quand on apprit que j'aurions not bon roi. Aussitôt Je ne fîmes qu'un saut Pour r dire à nos enfans ; .Et puis v'ià q' j'étions tanlet pus content.
Qu'il vive, ce bon, ce cher maître; Qu'il vive, qu'il règne longtems sur nous;
Q' l'enfer engloutisse le traître ; Qu'on ne parle jamais d' semblables coups. Champenois, Par nos cœurs et nos voix, A jamais réunis, Ne chantons que la gloire de Louis (1).
(I)P.-J. Groslet. — Il s'agit du régicide tenté par Damiens sur la personne de Louis XV, le 4 Janvier 1767.— L'émotion fut grande en Champagne. On avait oublié les attentats du XVI» siècle. On ne prévoyait pas encore ceux de 179S.
l'inauguration DE LA STATUE DE LOUIS XV A REIMS.
Quel tintamarre et quel tumulte!
Quels cris perçans l quels chants joyeux ! A qui rend-on un nouveau culte ?
Qui veut-on mettre au rang des dieux .' L'étranger, toute la campagne S'unit avec nos habitants,
Rlir, rlan, Et chante, en buvant le Champagne,
Rlan, tan, plan, tambour battant.
Quel spectacle s'offre à ma vue !
Dans la place on dresse un autel ; Au-dessus l'on met la statue De quelque adorable mortel.
Tout le peuple qui l'environne L'admire et paraît si content,
Rlir, rlan, Que l'on dirait qu'il le couronne,
Rlan, tan, plan, tambour battant.
Mais je reconnais notre maître, Celui que son peuple a nommé.
Le voyant si digne de l'être.
Avec raison le Bien-Aimé ; Quel plus flatteur panégyrique Pour un roi juste et bienfaisant,
Ulir, rlan, Que celui de la voix publique, Rlan, tan, plan, tambour ballant.
Ce monument de notre zèle Instruira la postérité Qu'un peuple soumis et fidèle Sous lui vivait en liberté ; Que la douceur de son empire Nous rendait joyeux et contenl,
Rlir, rlan, Que Ton pouvait chanter et rire, Rlan, tan, plan, tambour battant.
Vois près du loup en assurance, Comme ce tendre agneau s'endort.
Et ce marchand dans l'abondance.
Qui se repose sur son or.
De notre bonheur c'est l'image :
Ainsi, sous un roi bienfaisanl,
Rlir, rlan, On vit sans craindre aucun dommage, Rlan, tan, plan, tambour battant.
c Vois comme la douceur affable Par le crin mène «e lion. Qui te paraît doux et traitable Comme le serait un mouton :
C'est ce qui prouve qu'un roi-père Est bien plus puissant qu'un tyran,
Rlir, rlan, Qui régnerait d'un ton sévère, Rlan, tan, plan, tambour battant (1).
(!) V. la Vie et les œuvres dc.1.-B. PijalU. Reims, 18S0.