L'ENTRÉE DE CHARLES X A TROYES
La cloche sonne, et déjà l'allégresse
Fait retentir l'écho de la cité;
Partout on court, on s'agite, on se presse,
Vive le roi ! partout est répété.
Le roi le sait, on le chérit à Troye :
Quinze ans plus tôt, combien il fut fêté !
Nous n'aurons pas aujourd'hui moins de joie*
Le souvenir d'un beau jour est resté.
Tous les dons de l'esprit, un air de bienveil-
[lance, Une noble franchise unie à la vaillance, De son règne annonçaient l'éclat et la bonté. Si le sceptre qu'il tient d'une main sage et ferme Ne laisse plus de crainte aux amis de la paix ; Aux excès des partis s'il a su mettre un terme, Si les arts, l'industrie, ont fait tant de progrès, La plus solide gloire est celle des bienfaits.
de splendides funérailles. On prétend (ceci est entre nous) que la Liberté suivit le cortège, et, passant devant la tombe, aurait dit au poète, le sourire sur les lèvres :
Tout compté, je ne vous dois rien.
Bon anfït", adieu ; porte/ -vous bien!
— 'àm —
Tous les cœurs sont unis dans un amour ex-
[trême Pour un roi bienfaisant qui veut nous rendre
[heureux.
Qu'il conserve longtemps la puissance suprême : Un bon roi sur la terre est un présent des
[cieux (1).
(1) Le Df VoiTHiER. — GoUect. de M. A. Socard. — Charles X partit poar l'Alsace le 1" Septembre. Sa première station tut à Meaux ; il put lire sur les portes de la ville ces vers historiques :
Henricum prima agnovi, legemque recepi : Est mihi nunc eadem quse fuit illa fldes.
Arrivé dans les murs de Châlons, le roi se souvint de l'affection que les habitants de cette ville n'avaiept cessé de porter au Béarnais. — « Mon bonheur, dit-il au maire, M. Garine^, celui auquel j'attache le plus de prix, c'est d'être aimé de mes sujets en les rendant heureux.» Il visita l'Ecole royale des Arts-et~Métiers, dont l'entrée portait cette légende :
Pro rege omnes et omnia .
Dans toute l'Alsace, le voyage du prince ne fut qu'un triomphe ; partout on avait écrit ces mots :
five le roi longtemps !
Vivent les Bourbons toujours !
Enfln Charles X revint vers Paris. Il ne put s'arrêter à Vaucouleurs.en dépit de ces quatre mots illustrant un arc de verdure et de fleurs :
Sta, rex, nusquam carior.
A Troyes, le conseil municipal lui présenta, suivant le vieil usage, les vins d'honneur. A Provins, toujours suivant la coutume , des jeunes filles vêtues de blanc offraient au monarque une corbeille de roses. Et bientôt, le roi, rentrant dans Paris, disait aux membres du conseil municipal de la graiule ville :
« Je suis bleu uise de vous revoir. Messieurs, de revoir
CHARLES X A ÏROYES.
Qu'elle est chère à nos cœurs , ta présence
[ sacrée \ Ah! sire, ce beau jour rappelle à ma pensée Celui non moins heureux où^ digne précurseur D'un roi si' désiré, d'un roi législateur. Tu parus dans nos murs, tu vins sécher nos
[ larmes Et suspendre le cours de nos longues alarmes. Comme chacun alors se pressait sur tes pas! Que ton sourire affable avait pour nous d'appas ! Comme on était avide et de voir et d'entendre Ce bon Français de plus qu'un Dieu daignait
[ nous rendre !
Mille fois répétés^ nos chants, nos cris d'a-
[mour Célébraient à l'envi ton fortuné retour ; On était dans l'ivresse, et notre belle France,
ceUe capitale, qui m'a readn de si importanlg services et donné tant de marques d'afTectiou et d'amour- Ce» jiouvenirs ne s'effaceront pas de mon cœur. Croyez bien qu'ils me «ont trop chers pour que je les oublie jamais. »
GtdeuK ans plus tard, ses petits enfants, innocents de fautes qu'ils n'avaient même pu comprendre, victimes de haines aussi stupides qu'injustes, assis sur une rive étrangère, se rappelaient les beaux jours passés sous k.O€^ de la patrie, et disaient ensemble:
Mon pays sera mes amours Toujours.
En recouvrant ses lis, fêtait sa délivrance. Sire^ rien n'a changé; maintenant, comme
[ alors, Même zèle partout, partout mêmes transports. Eh! seraient-ils moins vifs, quand ta sollicitude A combler tous nos vœux fait sa plus douce
[ étude ; Quand des amis constants du trône et de l'autel Font bénir tous les jours ton sceptre paternel? Sire, ils sont sous tes yeux^ ces amis si fidèles, Nos chefs pour te servir, pour t' aimer nos
^ [ modèles !
Ici^ de Fénelon c'est le vivant portrait; DesHons a sa candeur, ses vertus trait pour trait; Prélat chéri du ciel, prélat plein d'indulgence, Sans altérer la foi prêchant la tolérance ! Là, du département brille le magistrat.
Sage, intègre, zélé, digne appui de l'Etat; Son active bonté, féconde en sacrifices. Met dans tous ses devoirs ses plus chères délices. Et Guy on de nos preux est l'exemple et
[ l'honneur ; Du chevalier français il a la noble ardeur : Fier amant de la gloire et de la monarchie, Son cœur est à son roi, son bras à sa patrie. Là, de notre cité vois le chef et l'ami ; Obligeant envers tous, de tous il est chéri : Défenseur en tous temps des droits du diadème. Son cri sera toujours : — Vive le roi quand
[ même (1) !
(1) H. H,, le 17 Septembre 1828. — Collect. de M. A,