LA COMPLAINTE DE LA MORT DE TURENNE
Pleurons, fidèles François (1), Pleurons le grand Turenne :
Pleurons tous à cette fois Pleurons ce grand capitaine.
Pleurons Henry de la Tour, Un des appuys de la France, Et regrettons chaque jour Turenne plein de vaillance.
Il n'y a point de soldats, Ni de braves capitaines, Qui ne pleurent le trépas Du vicomte de Turenne.
Ce prince estoit estimé Des grands, de la noblesse, Et du roy beaucoup aimé, Qui le regrette sans cesse.
Tous les princes et seigneurs En sont dans la tristesse.
Chacun a de la douleur, Jusqu'aux dames et princesses.
Ce grand prince estoit si bon,
(f) Troye8, Recueil de chan$on$ populaires.
Si bénin et tant aimable, Que le roy Louis de Bourbon En est inconsolable.
Tous nos ennemis trembloient, Tant en Flandre qu'Allemagne, Au moment que Ton disoit :
Turenne est en campagne.
Dans las plus fameux combats, Il emportoit la victoire* Il animoit les soldats :
C'estoit pour avoir la gloire.
Il a toujours combattu .
Pour le service delà France (I) :
L'ennemy il a vaincu Par sa valeur et prudence.
Pour le service du roy, A la Hollande et l'Espagne Il a donné de l'effroy Et fait trembler l'Allemagne.
C'estoit un des plus vaiUans De nos généraux d'armée, Des plus sages et plus prudens, Pein de vertus .consommées.
Il est mort au liet d'honneur, Donnant sur l'arrtére-garde De Parafe 4e Pemperwr,
Par un coup de canonnade.
<1j V. cependant ci-devant, année 1S&0.
Toute» la cour est en deuil, Le roy et mé6me la reine (i), Voyant dedans le cercueil Le maréchal de Turenne.
mort 1 trop cruelle mort !
Tu as ravi à la France Un de ses plus grands rapports , Turenne plein de vaillance.
Le roy l'aimoit tendrement Pour sa conduite et prudence; Enfin, c'estoit l'ornement De la cour et de la France.
Noble France, quetu perds, Perdant ce grand capitaine !
Des guerriers le plus expert, C'estoit le grand de Turenne.
On regrette mille fois, On soupire pour ce prince :
Il n'y a pas de François Qui ne pleure en province.
Ses sujets se fondent en pleurs (î), Et regrettent leur cher maistre ; Jusqu'au moindre serviteur Son déplaisir fait paroistre.
Prions Jésus tout puissant
(1 ) Marie-Thérèse, reine de France, était de la maison impériale d '.Autriche et de la famille royale d'Espagne, contre lesquelles Turenne lutta toute sa vie.
{*) Cadet de la famille, il n'était pas seigneur de Sedan.
Et le grand roy des victoires Qu'il place au firmament Turenne dedans sa gloire (1),
(1) Maréchal général de France, tué d'un coup de canon au moment où il allait battre Montecuculli. Né dans le château de Sedan, entre ces murs où naquirent aussi les tires de la Mark, au milieu de ces tours qui, les dernières de France, représentèrent le système féodal, Turenne n'était pas un chevalier» comme le furent ses pères : du tranchant de son épée on parle peu ; mais la tète et le cœur en lui firent le grand homme. Patron des vaincus, père du soldat, bon chrétien, resté modeste au milieu de ses triomphes, il sera l'éternel honneur de la Champagne moderne. 11 fut inhumé à Saint-Denis, au milieu des tombeaux de nos rois : on lui fit cette épitaphe :
Turenne a son tombeau parmi ceux de nos rois ; Il obtint cet honneur par ses fameux exploits. Louis voulut ainsi couronner la vaillance,
Afin d'apprendre aux siècles à' tenir i • Qu'il n'est point de différence Entre porter le sceptre et le bien soutenir.