DU MASSACRE DE VASSY
Dieu, si près de ton throne Est assise l'équité, Qui, égale à tous, ordonne Le bien ou mal mérité, Dieu, ô Dieu vangeur du vice, Dieu, je te requiers justice !
Je te demande raison.
Oy donc ce que j'implore, Voy les larmes que je plore, Et reçoy mon oraison. ,
Nostre roy, par sa 'clémence, Les grans feus avoit éstaint, Dont la misérable France Martyroit son troupeau saint.
La fureur du peuple instable, Auparavant indomtable, Obéissoit à sa loy , Et la France ores destruite, Ja de peu à peu réduicte, Recevoit ta saincte foy,
Quand d'une brave entreprise Et d'un cœur trop orgueilleux, François, prince et duc de Guyse, Rompit un cours si heureux;
— ai —
Quand la fureur et la rage Qu'il portoit, en son courage, Contre la religion, Fut si extrême et si forte Qu'elle peut froisser la porte De la simulation.
Ce petit troupeau fidèle, Qui i Vassy te servoit, Inspiré d'un sacré zèle, Gloire et honneur te rendoit Us estoient là tous ensemble, Convoquez dedans un temple, Escoutant ta saincte voix, Qui leur ame avoit ravie, Tant elle estoit réjouie Des paroles de tes loix.
Lors ce tyran plein d'audace, Envieux de ton honneur, Met en efiect la menace Qu'il conçoit dedans son cœur.
Il se dépite, il commande Que ceste tant humble bande Soit tout soudain mise à mort, Et luy-mesme, ronge d'ire, Les vient blesser et occire Par un trop oçuel effort.
Hélas ! qui eust veu à l'heure Ce pauvre troupeau chassé :
L'un rend l'esprit, l'autre pleure ; L'un s'enfuit, l'autre est blessé.
Ce vieillard de main tremblante Couvre la plaie sanglante
De l'enfeBt prest à motjrir ; Et la mère, entre tes atones, Vient de ses dolentes larmes Trop tard son filz secourir.
La femme, parmy la presse, Voit son mary estendu, Et mesle un pleur d$ triètefese Avec le sang espandu, •- '•' •• ' L'enfant suit de près fet mère" Et, voiant son pauvre père Gésir mort entre les mors; En vain : ^ Mon père ! -— il s'éérie, En vain de parler te prie, ' En vain soulève son cors. '
L'une se bat tie détresse, .
L'autre arrache ses cheveux; L'un déteste sa vieillesse; L'autre sedict rtalheu*eux ; Mais tous, d'ton^lëur'miséirâble, Tous, d'une voix jiitofeble , Emplissent Pair & Peîrtoùr De regrete, souspirs -et f plaintes, Criailt au ciel, les màilis jointes :
— Dieu! voy éë cruel totir. ' '"
Ha! Seigneur, voy la lûisêfè Où tes servans sont réduits ; Voy ces «nfaaas, 6 bon -père, Tuez, navrez, destrttis'J Mais, Dieu, ren nffûs tesirtoignage Que nous portons cest outrage Poirr'Phoflneùr de toh nom saint, Lequel ce tyriatèe martyre,
Qu'il veut par armes destruire Et rendre du tout estaint.
Le sang, qui de course prompte • S'estend alentour du lieu, D'uncry, qui jusqu'au ciel monte, Demande vengeance à Dieu. Aussi la terre souillée, Pour estre en ce sang mouillée, Sang qui de ses enfans sort/ Humblement le Seigneur prie Que ce cruel prince expie Ce* outrage par sa mort.
Sus, donc, ô Dieu ! pren les armes !
Venge ce sang espandu !
Seigneur, tu as veu nos larmes, Tu as nos cris entendu :
Console donc nostre plainte Et, par ta droiture sainte, Envoy ce prince au cerceul D'une mort juste et fatale, Si bien que la peine égale La fierté de son orgeul.
Nous sçavons que nostre offense Mérite plus que cecy ; Mais tu es Dieu de clémence :
Nous te demandons mercy.
Le fardeau de nostre faute Devant ta majesté haulte Nous fait ployer les genoux :
Fay nous donc grâce, et retire
Ce prince, fléau de Tire
Qui t'aigrissoit contre nous (1)1
(1) M. Louis Lacour, 1857.-— Ce cantique, composé par les huguenots en 1161, ne put passer sans réplique : les catholiques y répondirent par une brochure intitulée: Discours au vray et en abrégé dé es gui est dernièrement advenu à fassy, y passant Mgr le due de Guyse. Paris, G. Morel, 1562.— Le duo de Guise, qui parait l'avoir dictée, raconte que les protestants étaient au nombre de 500 personnes; qu'ils avaient des armes et des munitions ; que, pour mettre fin à la querelle, il envoya d'abord deux ou trois de ses gentilshommes, qui furent reçus à coups de pierres et d'arquebuse. Avant que la mêlée ne commençât, quinze ou seize catholiques se trouvèrent blessés.— ^L'insolente chanson de : Bari, bouriquet f composée par les protestants, donne la mesure de la tolérance des saints.— V. plus loin la Commémoration du massacre de Yassy, 1563.