LA PROSOWPÉE DE FRANÇOIS DE LORRAINE
DUC DE GUISE, LIEUTENANT GftNÉJUX OU ROY EN CHAMPAGNE.
A moy, qui ay conduit en France tant d'ar-
[niées, Issu de ces vieux, rois des terres Idumées; A moy qui, dès jeunesse, aux armes ay vescu, Des ennemis veinqueur, et non jamais vetneu ; A moy, qui .fus la crainte et l'effroy des ba-
[ tailles, Qui ay pris et gardé tant de fortes murailles ; A moy, qui ay l'orgueil de l'aigle desplumé; A moy, qui ay TAnglois en sa mer renfermé ;
A moy, qui ay fait teste aux peuples cTAlle-
[ maigne; A moy, qui fus l'horreur de Naples et d'Es-
[paigîie(1); A moy, qui, sans fléchir d'une invincible foy, Fus serviteur de Dieu et l'appuy de mon roy ; A moy, de qui le nom au monde se voit estre Tel qu'il ne . peut jamais augmenter ni des-
[croistre, Ne dressez un tombeau par artifice humain, Et tant de marbre dur ne polissez en vain !
Pour tombe, dressez moy de Metz la grande
[ville,
(1) En 1555, il entreprit la conquête du royaume de Naples sur les Espagnols.
Les grands murs de Calais et ceux de Thion-
[ ville (1), Et dessus le trophée en deux lieues soit basty
De l'honneur que j'aquis à Dreux et à Renty.
Gravez-y mes assauts, mes combats et mes
[ guerres ;
Fleuves, forêts et monts, mers, fontaines et
• • . (terres
Qui tremblèrent sous raoy; et des peuples
[vaincus
Pendez-y les harnoys, les noms et les escus.
Puis, afin que ma gloire icy yive accomplie, Eslevez sur mon corps la France et ritalie, Et toutes ces cités qui sentirent les coups De ma dextre inveiucue,et m'enterrez dessoubz. Je veux pour mon sépulchre une grande pro-
[vince, Qui fus un grand guerrier, un grand duc, un
[grand prince :
Car un petit tombeau n'est pas digne d'avoir Celuy qui l'univers remplit de son pouvoir (2);
(I) C'est à Reims, au sacre de François H, que fut déclarée la guerre aux Anglais. Après les avoir balayés deCalais, le duc de Guise chassa les Espagnols de Guipes, Hamet Thionville.
<i) Reims, J. de Foigny, 1579.— Ces vers, du poète Pierre de Ronsard, reproduisent le vrai cri de Itopinion publique. Le duc de Guise avait assez largement servi la France pour aVoir le droit de partager rbonneur de la gouverner.-*Sans doute, il fit tomber sur ses parents laveurs et dignités» qui firent des jaloux; mais on ne peut pas plus l'accuser que son frère le cardinal Charles» d'avoir voulu s'emparer de la couronne.— En 1679, Uncelot de Ourles, évéque de Ries, témoin de sa mort, en publia le récit (Reims, de Foigny). Voici quelques-unes de ses dernières paroles aux assistants : • Quant 4*x dernières années que j'ai prises, j'invoque la