PRÉFACE
Xe Moyen-Age n'est plus, et la Chanson, en riant, a répété son De prafundit ; mais, dans ce bas monde, il n'y a de* nouveaux couplets que ceux qui ont vieilli ; la roue des. ridicules et des passions de l'homme tourne sms avancer ni. reculer. Tels furent no&s pères, tels nous sommes, tels seront les fils de nos fils. — Depuis la création, jamais on n'a oui* dire que le mouton ait mangé le loup ; au contraire, le loup . a-t-il cessé de manger le mouton ? Pauvre mouton ! il n'est ni riche, ni mendiant,— ni noble, ni vilain ; il est faible, et voilà tout. Il y a des loups de blason* des loups de finances, des loups 4ô guenilles; chacun d'eux, toujours ' et ( tour-à-tour, a profané les mots les plus sacrés, s'est joué des aspirations les plus saintes, les plus légitimes ; chaque, fois la Chanson les a démasqués en répétant :
Pauvres moutons, vou*>vez beau faire, ' Toujours* toujours on vous tondra (I).
Déjà la Ballade nous, a montré de soi? doigt railleur la*, ligue des garons unis, aux Anglais contre saint Louis en- t fant ;— l'Anglais (il y a toujours de l'Anglais, quand il y a du loup en campagne) conspirant avec le Bourguignon . le partage de la France, sous le règne d'un pauvre roi sans tête j soixante ans plus tard, elle a bafoué la ligue du Bien-Public:— ligue du Bien-Public ! refrain que, pendant un siècle,, les partis vont répéter, tandis que la Chanson ne cessera ae crier :« —Au loup ! au loup 1 » . .
(1) BfclUKGM.
François I er , le roi des preux, Te père des artistes et des poètes, termine un règne riche en illustres malheurs, en jours étincelants de gloire. Henri, jeune prince aux mœurs douces et galantes, succède au brillant vainqueur de Marignan. Une branche cadette de la maison de Hapsbourg (ce dit-on) régne à Nancy. Longtemps vassaux fidèles et bons Français, Messieurs de ^Lorraine ont é\é. les fermes appui» du trône, les vaillanUuéfcbiééiiffeâe rlotfé nationalité; mais, à cette époque, restés seuls souverains d'une belle province, ils commencent à regarder en face la couronne de France. Leurs richesses, l'amour de leurs sujets, leurs grandes alliances, leur valeur et leur mérite leur donnent une position égale à celle des princes les plus rapprochés du trône, à celle de Messieurs de Bourbon : ils sont leurs alliés, ils vont devenir leurs rivaux et leurs ennemis.
fcndaht que lés dè&endantâ dô Céttrtf d'Alsace caYeisetit dés rëvèVâittbittetix, lé prottstatilttaé 1 , enfant de" îà Germa* * nie, vmtpdmoxttér se* bartUqdéfc /sou* nôtre" ciel i avec; • luipàss*nt1eftHftiîa critique si iàètte à feirè,' l'esprit de douter §4 flâîtetrf'iHmf laVâuH6a^l%Omn^}d^l5eteécutions mai im^rréès ^gtnenfènt 4 le ma1 : Du. scepticisme TcHgîéu*' atf^e#Scftmtë iMhfcftië il n'y * ^'M : plrs/'Les éléinetiU d* ' ia'fliéâdfttlrotf SÔSaïe' W^plus,' (rompUie freinent racine fcu* notye &6J,çt ttientOtoh' éùtedd les premiers Souffles dé la. tedïpètè fmpt sur. lès tours dû LôUvtô; feur bîeité cour ou déjà téémttîtirs hâlîeht)ës 6i>t én'tàmê ^bon'néuf frân£ais\ /
'tiènri II," dès lé iôûr dte son éâçre/ e&f jugé paf la dhàn&onç ' elle nous le montre balançant entre sa vieille hiàiirésse,Diane ' de Poitiers, et son jeune tainistre, le brillant archeréc(ue de Reims. Charles »Je Lbrardiae « mis. ta sgBur Mafgqarile sur le trôpe d'Ecosse. A sa jolie nièce Marie il donne celui de
WtnA::tti||tf/-i^Éf*1itf' ; iïéàîàtt 'lahsè ton* ftéfms* d-àï- .
màMe^UVenh^T^âitit^sItiis elfe vint'dtftfs nô* muttvisiter sâtf 6ncîè, f te tenté, feéfaé> de t/frratn*, llAtoésse de Sainte Pletté-fes-Ôâmes, anii^dô nm&sttrd où les Allés de , chevaliers, i^ôlileë, mais jiauvfé», .çtièfdhë^t un hôttoVâble asile. Cést fe qtté Mairie, la chàrmahtô flàhôèe du dàuphïh* arme Hîùlr lé bhiU <dê* cttirs ; ' c'est de là que sont datées queues uhéii 'de ; W 'lettrés; é k ôst' là, tordue là m&rt d'Henri II livre trop tôt le trôné à ëô'n fils encore adolescent, c'est là qu'au jour du sacre» la nouvelle reine, radieuse de grâces et de pierreries, embrasse les amies de ses jeunes années ; elle leur laisse le livre d'heures de là ftauphine, et
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la ville de Reims le conserve encore comme une relique royale, comme on garde la feuille desséchée d'une rose qui fut belle.
Bientôt la maladie mine les jours de ce pauvre enfant, dont le règne n'est qu'un rêve. Marie l'amène à Saint-Pierretes-Dames; elle vient y chercher secours et prières. C'est eafia là, quand la Providence /ait d'elle, à seize ans. une reine douairière, que vêtue de longs vêtements de deuil, elle vient chercher un refuge contre ses premiers malheurs. LÀ reposent les restes de la reine d'Ecosse, sa mère bien aimée - r là, sans doute, elle trouvera consolations et courage. Pourquoi, sous les voûtes du cloître silencieux, où se promènent ses douleurs, n'aurait-elle pas composé sa gracieuse chanson de veuvage :
Si parfois vers le* deux Viens à dresser ma veue, Le doux trait de ses yeux Je vois en une nue :
Soudain je vois en l'eau Gomme dans un tombeau.
Si je suis on repos, Sommeillant sur ma couche, J'oysiqull me tient propos, Je le «ans qu'il me touche :
En labeur» eu recoy.
Toujours est près de moy (I).
Elle atoait à doucement errer sous les vieux arbres dut tranquille monastère ; mais elle est trop belle pour s'y faire MbKer : quand elle passe, la Chanson la salue de ce galant complet :
On voit sous blanc atour, En grand deuil et tristesse, Se pourmener maint tour De beauté la déesse, Tenant le trait en main De son fils inhumain, Et Amour sans fronteau (x)
(l) Chants hist. de la France, L. deLincy, t. Us p. (a) Bandeau.
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Voletter autour d'elle, Desguisant son bandeau En un funèbre voile, Où sont ces mots écrits :
Mourir ou estre pris (1 ) .
' Aussi, quand la nef de l'exil l'emportait vers ces rocher» 4e la Calédonie où l'attendaient la honte et la mort san» glante, quand elle se prit à chanter en vers si touchants :
Adieu, plaisant pays de France,
O ma patrie
La plus chérie, Qui pris soin de ma jeune enfance !
Adieu, France ! adieu, mes beaux jours ! La nef, qui disjoint nos amours, N'a cy de moy que la moitié :
Une part te reste, elle est tienne :
Je la fie à ton amitié, Pour que de l'autre il te souvienne,
qu'on nous permette de croire que, de ces regrets, quelques-uns volaient vers Reims, vers la sainte église où, jeune et pure, elle avait pu, sans rougir, prier la mère de ceux qui savent aimer et souffrir ; vers la chambrette où se pas* gèrent ses derniers jours d'honneur et de repos. Toujours, dans Reims, elle eut des amis, de vrais amis, de ceux qu'on trouve debout aux heures de l'infortune, et les presses de nos imprimeurs publièrent plus d'un factum en faveur de la reine malheureuse et détrônée, de la pauvre Marie captive et prête à faire sa dernière prière à côté d'un bourreau (£).
A François II succède un autre enfant dont le nom laisse une tache fatale dans notre, histoire. Charles IX aimait le* chansons et faisait de jolis vers; mais il eut le malheur de passer son adolescence au milieu de la guerre civile et d'assister, dès le début de son règne, à de lâches assassinats.— Une rencontre fortuite amène entre catholiques et calvinistes une collision meurtrière, en. Champagne, à Vassy; dès lors, sous notre ciel, la Chanson ne rit plus : elle respire la haine sans pitié; l'homicide ne l'intimide plus.
(i) Bbantomb, Femmes illustres, t. V,p. 86» œuvre* complètes.
(t) V. le cabinet de M, BrissarU
Dès lors, sectaires de Cal via, amis de» Guises ou des Bourbons, serviteurs de la monarchie nationale» riment la main sur la garde de leur épée ; partout on s'égorge en chantant, et chaque parti a ses poètes et ses spadassins. Ne vous fiez pas aux airs de brebis que prennent les saints du calvinisme : ce sont eux qui vont porter le premier coup de poignard ; ce sont eux qui, les premiers, vout chanter le tyran nicide et célébrer la gloire de Poltrot de Meré, le vil assassin de François de Lorraine, duc de Guise, gouverneur de Champagne (1).
La guerre civile éclate'et ne dure que trop longtemps : enfin l'archevêque de Reims parvient à donner à la France quelques jours de repos. — Partout en Champagne, et même ailleurs, on chante :
Vive le roy, le conseil et la reyne!
Vive le bon cardinal de Lorraine (3) !
Vive Hugonis, Marcel et ses suppôts (3; !
Vive Calvin, pourvu qu'ayons repos !
Vive le roy, le conseil et la reyne !
Vive le bon cardinal de Lorraine!
L'agriculture respire, l'industrie renaît et la nation voit reparaître les beaux jours. Charles IX épouse, àMézièrès, Elisabeth d'Autriche, et quelques chants joyeux viennent se mêler aux derniers refrains de nos combats fratricides :
Tant plus on foule aux pieds la fleur Du saffran, plus est fleurissante ; Ainsi de France la grandeur :
Plus on la foule, et plus augmente (1).
Et Paris peut dire à Charles IX :
Malgré la guerre, nostre Gaule,
(l) V. fonds Gaignières, 485.— Collection de Rassi bb Nobux.— értwrrw civiles.— b vol. in-folio.
(%) Chansonnier Maurepas, t. I, p. 189.— Charles de Lorraine, archevêque de Reims.
(3) Frère Hugonis, cordelier, un des orateurs du parti catholique.— Marcel, prévôt des marchands à Paris, zélé catholique.
(4) Couronnement d'Elisabeth d'Autriche. Paris, 1680, page 38.
Riche de son dommage, croist :
Plus on la coupe comme saule, Et plus fertile elle apparoist (i).
Mais l'heure du long repos n'était pas venue pour nos pères : sous ces fleurs nuptiales rampe le serpent de la discorde, un calme trompeur couve la tempête : les partis veillent et menacent le trône ; autour de lui surgit une idée, qui, Dieu merci, n'est pas française, s'organise un complot italien (2); mais encore. Dieu merci, le Romancero «Je Champagne n'a rien à dire sur la Saint-Barthélémy.
Pendant que la maison de Lorraine fortifie son crédit des. remparts qu'elle élève autour du catholicisme, dans les ArdenneSt un duc, d'une autre race, rêve aussi la création d'une principauté sans lien féodal. Par l'influence delà mai* son de Bourbon, Henri de la Tour-d'Auvergne avait épousé l'héritière des sires de la Mark, dès seigneurs de Bouillon et de Sedan. Calviniste lui-même, il avait fait de sa ville capitale l'asile du protestantisme. Son poète, Charles de Navières, pendant trente ans, lutta contre les fureurs des faux catholiques, contre les pamphlets des Lorrains et des Espagnols. Patriote intelligent, pendant trente ans il chanta la* cause de la monarchie légitime et nationale.
La maison de Bourbon avait renié la religion de saint Louis ; n'essayons pas de justifier son apostasie : les méfiances des Valois, la haine des Guises ne peuvent l'excuser* Mieux vaut tomber sous son drapeau, que triompher sous celui de l'anarchie. Toutes les erreurs se payent, même avant que l'impartiale Histoire ne flétrisse quiconque manque à son devoir. Quand l'héritier de Charles IX, Henri III, marié, mais sans enfant, eut vu périr sans alliance le dernier de ses frères, quand les Guises vivent arriver les derniers jour» de la seconde maison de Valois, ils exploitèrent avec une habileté perfide, avec un insolent bonheur lés fautes dea Bourbons. De son oôté, Catherine de Médieis voulait en ftf»filer pour faire passer l'héritage d'Henri ni au fils de sa fille,
(1) Entrée de Charles IX à Paris. Du pré, 1571,
(2) MM. de Gondi, Charles de Gonzague, de Birague, compatriotes et créatures de Catherine de Médieis, faisaient alors partie du conseil privé.
femme du duc de Lorraine ; pour y parvenir, elle se jeta dans les bras des Guises : les Bourbons furent déclarés indi • gnès de monter surle trône de leurs pères. Intrigue odieuse, anti-française, digne d'ïsabeau de Bavière; aussi n'était-il fils de bonne mère qui ne chantât :
Catherine florentine Est de France la ruine- Catherine de Florence Est la ruine de France (l).
Les Guises, après avoir divisé les princes français, imaginèrent, pour achever leur œuvre, de se faire les champions exclusifs du catholicisme. Ils inventèrent la Sainte-Union, cette nouvelle ligue du Bien*Publio, cette nouvelle comédie. politique et religieuse, dont fut dupe la bonne foi de nos pères* Henri III entrevoit l'anime qui s'ouvre sous ses pas; coupable à son tour, il fait appel à la violence : par se» ordres, on assassine Henri, duc de Guise, et son frère Louis, l'archevêque de Reims, deux ambitieux, dont le parlement seul avait le droit de faire tomber la tête. De tous ces attentats aux lois, au bon sens national, à l'honneur français, la Chanson n'attend pas que le ciel venge la patrie. En Champagne, elle n'oublie rien, et ses couplets railleurs flagellent tour-â-tour les hypocrites de la Ligue, les héros du guet-àpens et les rois de barricades .
Chassé de Paris» Henri de Valois comprit enfin son devoir, ses intérêts, ceux de la France ; il comprit que ses vrais appuis; les vrais soutiens de la patrie, étaient les hommes de son sang, tes héritiers quêtai donnaient la loi salique, les lois traditionnelles Ht nationales, fl rappela prêt de lui ces princes, qu'il avait bannis et combattus, sou beau-frère, Henri de Bourbon, qu'un arrêt arraché par des factieux, avait déclaré déchu du trône.
Alors, en France, ou vit un grand et glorieux spectacle \ alors fut donnée publiquement une de ces leçons do loyauté politique de taille à traverser les âges, à servir à toujours d'enseignement aux princes et aux peuples : Henri de Bourbon, ce prince si riche d'esprit et de coeur, cet homme que la postérité surnomma le Grand, cet homme qui pouvait refuser fièrement la main qu'on lui tendait, cet homme qui
(1) Satyre Ménippée, Ratisbonne, 1714, t. II, p. Î4*.
voyait la couronne de France venir à lui malgré les faction»» le Béarnais, fidèle aux enseignements de sa mère (1), fidèle aux préceptes donnés par saint Louis mourant à son successeur (2), fit ce que devraient toujours faire les princes de bon sens et d'honneur : il fit son devoir, et le Dieu qui punit les princes sans conscience, bénit celui qui croyait en lai.
Bientôt parut le loyal manifeste de Saumur : Henri de Navarre se déclarait hautement l'appui de cette cour qui, depuis quatorze ans, l'avait banni, le défenseur de cette cou-
(t) En 1566, Jeanne d'Albret visitait l'imprimerie de Robert Etienne, imprimeur du roi ; sollicitée délivrer de suite à l'impression une de ses pensées, elle remit au typographe ces quatre vers :
Art singulier, d'icy aux derniers ans, Représentez aux enfans de ma race Que j'ay suyvi des craignans Dieu la trace, Afin qu'ils soyent les mesmes pas suyvans.
Robert Etienne imprima de suite les vers de celte noble reine, élève d'un de nos poètes ; à la suite, il plaça quelques lignes rimées à sa louange. Un exemplaire de celte rare feuille d'impression se trouve à la Bibliothèque Nationale, fonds Gaignières, 485. Collect. de Rasbb de Noeux.— Guerres civile», t. II.
(2) « Beau fils, la première chose que je t'enseigne et commande à garder, ce est : Que de tout ton cueur et sur toute rien tu aymes Dieu... Maintiens les bonnes cous tûmes de ton royaume et abbaisse et corrige les mauvaises,— Garde toy de trop grant convoytise»— Prenstey bien garde que tu aies en ta compaynie preudes gens et loiaux, qui ne soient point plains de convoitise.— Ame ton honneur.^ Fais droiture et justice à chascun, tant au pauvre comme au riche.— Si tu es adverti d'avoir aucune chose de l'autrui, qui soit certaine, soit par toy, soit par tes prédécesseurs, fay le rendre incontinent.— Et te supply, mon enfant» que en ma fin tu aies de moy souvenance et de ma povre ame, et je te donne toute bénédiction que jamais père peut donner à enfant. »— Hist. du roy saint Louis.— Joiiraixft. — Ducaqge, édition de 1668, p. 126.
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tonne qu'on l'avait dit indigne de porter (1). Proclamation glorieuse où le prince s'honorait de n'être qu'au second rang, où ce grand patriote s'inclinait devant les lois de son pays, devant la volonté de Dieu. Qu'on ne dise pas qu'elle n'était qu'une comédie politique. La Providence, qui veille sur l'honneur des gens de cœur, comme elle ménage des jours de honte à la mémoire des gens sans probité, nous a gardé la jolie lettre écrite alors par Henri de Bourbon à M»« de Grammont, à l'amie de sa jeunesse, à cette Corisandrequi parfois eut ses amours, et toujours son amitié, ces lignes intimes, palpitantes de foi dans le ciel, pleines de ce calme que donne une bonne conscience, de cette sérénité d'âme que donne une bonne action (S).
Ce qui suivit, chacun le sait : les factieux avaient vu dans la réunion des petits-fils de saint Louis la ruine de leurs projets ambitieux : ils voulurent précipiter les événements, et le couteau de Jacques Clément mit fin à la maison de Valois.— Qu*arriva-t-il ? Le Béarnais recueillit de suite le prix
(1) « Pour nostre regard, nous protestons que l'ambition ne nous met point aux armes : assez avons démonstré que nous la mesprisons. Assez avons-nous aussi <T honneur tfestre ce que nous sommes, et V honneur de cet estât ne peut périr que n'en périssions. .. Ains plustost comme nous espérons en la grâce de Dieu, gardien des rois et des royaumes, reverrons en peu de temps le roy en l'authorité qui luy est née et deue, le royaume en la vigueur et en la dignité que jadis il avoit à l'honneur Dieu, au contentement de tous les bons François, consolation de tant de pauvre peuple, crevecœur de ceux qui en convoitent la ruine. » —Proclamation de Saumur, 18 Avril t589. Correspondance de Henri IV, Berger de Xivrey, t. II.
(S) a Mon ame, je vous escris de Blois, où il y a cinq mois que l'on me condamnoit comme hérétique et indigne de succéder à la couronne, et j'ensuis, à cette heure» le principal pilier. Voyez les œuvres de Dieu envers ceux qui se sont toujours fiés en luy; car y avoit-il rien qui eust tant apparence de force qu'un arrest des Estats ? Cependant j'en appelois devant celuy qui peut tout, qui a reveu le procès, cassé les arrests des hommes, m'a remis en mon droit : et crois que ce sera aux despens de mes ennemis. Ceux qui se fient en Dieu et le servent, ne sont jamais confus, etc. »— Lettres d'Henri lV y Berger db Xivrey, t. II, p. 487.
de ga droiture. Qu'objecter à un prince qui a fai* wn devoir? Tout.ce qu'il y avait de bons Français, de patriotes intelligent*, cria : « Le roy est mort vive le roy l vive Henry quatriesme du nom, roy de France et de Navarre J» Dans les complaintes faites sur les derniers moments de Henri UL les royalistes chantèrent l'avènement de son successeur, son esprit et sa valeur» et partout où triomphaient l'honneur et Je bon sens, on répétait :
Tous les princes -de Bourbon Ont toujours cela de bon D'estre doux et débonnaires Et courageux aux affaires (1).
Alors la guerre des chansons fut vive ; elles portaient le cachet des temps qui les voyaient naître, et ne contenaient que trop de couplets anarchiques et sanguinaires Mais ce pendant que faisait, que chantait la Champagne ?
Son lien féodal était brisé depuis plus de deux siècles : la grande famille formée par nos comtes était dissoute, et nos villes, emportées par les passions du temps, criaient, les unes t « Vive la Ligue ! » les autres : « Vive le roi ! » Point n'y manquaient les chauves-souris politiques, les hommes «ans courage et sans foi. Pauvres esprits! d'eux qui se «ouvient ? Mais avec eux il y avait des gens sans conscience, gens à se vendre, à se livrer au mieux payant, traîtres à leur Dieu, à leur prince, à leur pays, gens de proie et de "naine : de ceux-ci, la Chanson a gardé le nom et flétri la mémoire.
Troyes a chassé son évéque comme suspect de protestantisme, et s'engage dans la Ligue. Meaux et Sens suivent son exemple. — Sedan tient pour Calvin et la légitimité. — Langres reste à la fois catholique et royaliste ; sa loyauté lui vaut l'insigne honneur de recevoir du bon Henri cette 'belle lettre où il raconte la bataille dlvry, cette bataille où 41 criait : « Sauvez les Français ! » — lettre glorieuse pour ceux qui la reçoivent, un des brillants joyaux des archives *de Champagne (*).
(t) Satyre Ménippée.—mizbonBt, 17 U, t, II, p, m*
(*) Lettre d'Henri IV k M. Roustart, maire de Langres, 14 Mars ! 590. — Mémoire* de la Ligué, t. IV, p. i&.
Chatons -sur-Marne, fidèle aux fleure-de-lis, les défend contre les lierions de Lorraine et les lions d'Espagne : dans ses murs se réfugie une chambre du parlement de Paris, ferme dans sa religion politique» esclave de son devoir, et la Chanson s'incline devant Châlons-sur-Marne et ses hôtes.
La ville de Reims, catholique zélée, remplie depuis cinquante ans des créatures de la maison de Lorraine, se jette à corps perdu dans la lutte soutenue eontre les calvinistes, et ne s'aperçoit pas de l'abîme dans lequel l'entraînent les intrigues des Guises, l'ambition ou la sottise de ses magistrats; elle s'unit à Paris la ville ingrate, que nos rois ont eu le tort d'agrandir, la cité capricieuse où depuis longtemps les factions s'essaient à dominer la France, où la Ligue a réuni ses forces et son état-major. A Lutèce, Français égarés, Lorrains, Espagnols, moines fanatiques, soldats à gage, femmes sans pudeur, folliculaires appointés par les Guises et l'étranger, régnent en maîtres absolus. Cette tourbe d'intrigants, de laquais, de condottieri s'agite dans la boue : aux descendants de saint Louis, sur le trône de France, quel coureur d'aventures, quel roi de brelan suhstituera-t-clle ?
Mais alors la France avait encore le sentiment de ses droits et de sa dignité; pour elle, la ville de Paris n'était que ce qu'elle doit être, une commune, et partout on chantait ce couplet rude, mais net :
Tu dis, Paris, ne scay pourquoy,
Que, sans toy, le roy ne peult estre :
Je te dirar, ce que je crois,
Que de son peuple estre le maistre
Sans Paris, est aysé au roy :
Mais, pour le roy des bestes estre, Il ne le pourrait pas sans toy (l) .
Déjà nos provinces avaient, dans le XV* siècle, secoué le joug que l'Anglais, maître de Paris, voulait imposer à la France. Cette fois, elles allaient lutter contre les insolences de la grande ville, la remettre en sa place et lui prouver que, sans elle, elles pouvaient rétablir le gouvernement régulier et national : grande et belle partie que la France devait encore gagner une fois contre Paris, pendant la Fronde; grande
{i) Bibl. Nationale, fonds Gaignières, 485. Rasse de Norux, Guerres civiles, t. I.
<et belle partie qu'elle ne perdra qu'en subissant la servitude de la centralisation révolutionnaire ; partie sérieuse dont l'honneur lui restera toutes les fois qu'elle voudra rester fidèle à son histoire, à son droit naturel.
Pendant cette longue bataille, le rôle de la Chanson en Champagne est des plus actifs : elle combat dans tous les rangs et, dans son impartialité,la verve gauloise raille chaque faction à «on tour. Aux vaudevilles du bon droit le parlement de Chàlons-sur-Màrne mêle un loyal arrêt soutenu par une population intelligente. 11 défend aux trois Etats 4e France d'écouter la voix des rebelles, dénonce les intrigues de l'Espagne et interdit à tous les bons citoyens de procéder à l'élection d'un roi. Boulets et couplets se croisent dans tous les sens, et les hommes du tiers-parti riment les Commandement» au roy , vers moitié sérieux , moitié malins.
Hérétique point ne seras de fait ni de consentement. Tous tes péchez confesseras au Saint-Père dévotement. Les églises honoreras, les restituant entièrement. Bénéfices ne donneras qu'aux gens d'église seulement. Ta bonne sœur convertiras par ton exemple douce-
[ment Tous les ministres chasseras, et huguenots pareillement. La femme d'autrui tu rendras, que tu retiens injuste-
/ [ment, Et la tienne tu reprendras, si tu veux vivre saintement. Justice à chacun tu feras, si tu veux vivre longuement. Grâce ou pardon ne donneras contre la mort inique-
[ment.
En ce faisant, te garderas du couteau de frère Clé-
[ment (l).
Paris s'inquiète : à ses prétentions méconnues il faut des alliés, et c'est à Reims que la grande commune fait le triste honneur de demander une active complicité. C'est dans la cité de saint Rémi que se donne le sacre : il faut à tout prix qu'elle le dénie au Béarnais ; il faut qu'elle lui refuse la cérémonie qui lie le peuple au roi par un serment solennel. La Chanson vient en aide à la Ligue, et au bruit de mille couplets, elle ferme à l'hérétique l'entrée de Notre-Dame de
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Reims. Ea retour, dans notre ville on introduit soldats de l'Union, fantassins espagnols; on bannit, on arrête les royalistes, surtout ceux qui sont riches, et si quelques-uns d'eux s'échappent, la Ligue s'écrie (ce dit-on) :
Empoignez-moi ces galans cy :
Ils en sont. — Et pourquoy ? — Et pour ce
Qu'ils ont de l'argent en leur bourse (1).
Le succès de la terreur est complet : l'archevêque de Reims, Nicolas de Pellevé, mortel ennemi des Bourbons, dirige de Paris ces odieuses manœuvres. Robert Frizon, doyen du chapitre, soldé par l'Espagne, prétendant au siège de saint Rémi, domine par sa violence ses collègues pervertis ou stupéfiés ; il leur arrache un mandement contre le Béarnais (S). La Chanson en prend bonne note et n'oubliera rien. — Pour récompenser Reims de ses folles complaisances , le conseil de TlJnion décide que dans la ville du sacre se tiendront les états appelés à désigner un roi (3). Mais il fallait réunir les députés de la France ; mais il fallait faire un choix entre tous les agents de cette ténébreuse affaire, entre le Guisard et l'Espagnol . Là fut le roc contre lequel se brisa le vaisseau de la Ligue; là fut le salut de la France , de son honneur, de sa nationalité. Les lettres de convocation partirent, mais presque partout on leur répondait :
Fy delà Ligue et de son nom !
Fy de la Lorraine étrangère !
Vive le roy ! vive Bourbon !
Vive la France, nostre mère !
La Ligue n'est que trahison :
Fy de la Ligue et de sou nom (4) !
£» Champagne comme ailleurs, le nombre des partisans du Béarnais allait croissant. Que reprocher à celui qui, sans hésiter, avait fait son devoir de prince et de citoyen P Sa conversion au calvinisme n'avait été qu'une affaire politique :
(1) Satyre Mènippéê.— Ratisbonne, 1714, t. I, p. 134. (î) Histoire de la Ligue. — Amsterdam, 171%, t. II.
(3) Y. Mémoires du duc de Nevers, t. II, p. 615.
(4) Y. dans le t. Il des Chansons historiques publiées par M. L. de Lincy, les chansons de la réaction nationale et royaliste.
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il revint à la religion de ses pères, et la joie fut grande dans nos cités. En dansant, on chantait :
Tous les princes de Bourbon Ont toujours cela de bon D'estre doux et débonnaires Et courageux Attx afiafres (1).
-Partout, excepté dans Reims, le berceau de la Ligue est bientôt son lit de mort.
•Quand Henri IV rentra dans Paris, il avait été sacré sons les voûtes de la cathédrale de Chartres par Nicolas de Thou. Dans ce monde, il est des fautes rapides comme l'éclair : le regret les suit, le repentir les expie. A celles-là pardon et oubli. Mais quand, pendant quatre années, «ne grande ville sert d'instrument à d'ignobles et coupables ambitions, que la Chanson ne l'épargne pas ! Ainsi fit-elle ; de ses coups de fouet l'écho fidèle a gardé le bruit ; de ses couplets vengeurs nous avons fait récolte : qu'ils vivent et qu'ils soient l'éternel «bâtiment des hommes qui privèrent Reims de l'honneur de sacrer le meilleur de nos rois, de ces hommes qui, pour quelques doublons, quelques guenilles écarlates -ou violettes, quelques titres éphémères, prolongèrent en France la guerre civile et reculèrent jusqu'aux dernières limites du possible le triomphe du vieux droit fiançais. On avait chanté la guerre, on chanta la paix, et de tous côtés nos mères répétèrent cette jolie chanson :
Voicy l'amoureux zéphire
Qui souspire Parmy ces sentes de fleure ; Voicy Flore, sa mignonne.
Qui luy donne Un baiser plein d'odeurs (î).
A la chute de la Ligue survécut dans Reims le crédit, cette fois sans menace, de la maison de Lorraine. Elle eut encore ses poètes, et, pendant de longues années, elle vit les Muses rémoises à ses pieds. La cour d'Espagne ne se consola pas en écoutant des sonnets adulateurs. Elle avait cru tenir la couronne de France, elle ne sut pas y renoncer et, pendant
(1) Batyr$ ù&nippée. Ratisbonne, 1714, t, I, p. 178. <t) L. de Liiict. — Chansons historiques, t. II. p. 865.
longtemps, elle entretint des relations avec les mécontents et les ambitieux. Le maréchal de Biron, le duc de Bouillon n'eurent pas de honte d'être ses complices : leur juste punition fut le sujet de complaintes dont la mémoire est encore dans les Ârdennes. Une expédition dirigée contre Sedan, pour mettre fin à tant d'intrigues, conduisit Henri IV à Reims. On ne pouvait le voir et l'entendre sans l'aimer. Sa belle humeur, sa générosité lui ramenèrent tous les cœurs, et des lors, en Champagne, on ne chanta plus que l'amour et les dames. Le sacre de touis XIII ranima la verve de nos chansonniers, et notre province, enfin tranquille, atteignit doucement l'avènement de Louis quatorzième du nom.
Les vaudevilles de la bataille de Rocroy ouvrirent gaiment le nouveau règne, et les chants du sacre en furent bientôt le joyeux écho. Un jour, le jeune monarque sortit des mains de ses précepteurs, et vint, dans ses salons, présenter ses hommages aux beautés de sa cour. Celle qu'il distingua d'abord, celle à qui s'adressèrent ses attentions d'adolescent, avait son manoir aux bords de la Marne, à GbâtiUon, dans ce noble etvieux caatel à qui la France doit tant de braves guerriers, tant de soldats chéris de la Victoire. De ces galanteries d'un roi trop jeune pour être dangereux, chacun souriait, et Beaserade put dire à la belle et spirituelle Champenoise :
ChastiUon, gardez vos appas Pour une autre conqueste :
Si vous êtes preste, - Le roy ne l'est pas.
Avec vous il cause ; Mais, en vérité, Pour vostre beauté, II faut autre chose Qu'une minorité (1).
Quand, aux pieds d'une autre belle, Louis eut senti battre son cœur d'homme, ce prince, qui savait aimer avec dignité, n'oublia jamais celle dont l'aimable conversation avait charmé sa première jeunesse. Ses égards, qui n'étaient que politesses gracieuses, firent encore des jaloux : à
(1) Chansonnier Itïaurepat .
cette occasion, un trouvère plus malin qu'aimable chanta ce couplet :
Vous prétendez par vos charmes Et vostre aimable entretien Qu'un roy vous rende les armes ; Mais vous n'y gagnerez rien .
Chastillon, il vous admire ; Vostre esprit lui semble doux :
Mais, lorsque son cœur soùspire, Ma foy ! ce n'est pas pour vous (1).
Nymphes de la Marne, lorsqu'aux belles soirées du printemps, vous jouant dans vos flots d'émeraude, vous passerez devant la tour en ruines de Chàtillon, levez vos têtes aux blonds cheveux, secouez les perles qui les couvrent et saluez eea pierres encore debout, derniers souvenirs de tant de preux chevaliers, de tant de gracieuses châtelaines.
La Champagne, en souvenir des misères de la Ligue, fit à la Fronde un médiocre accueil, et bientôt le grand règne commença. Mazarin meurt. Fouquet, le dernier seigneur de la Brie, tait place au Rémois Golbert. Contre celui-ci s'unissent l'envie -et la fraude. La Chanson, peu scrupuleuse de sa nature, leur vient en aide : elle a trouvé le point faible du ministre, et lui reproche sans pitié ses mensonges pour faire oublier sa naissance. Il a pris par malheur pour armes une couleuvre, et ee misérable reptile joue daus les couplets du temps un rôle cruel :
De serpent à serpent il n'y a que la main ; Je n'y vois point de différence.
L'un a perdu la France , L'autre, le genre humain.
Les aïeux de Colbert, ses frères, ses enfants sont tour-àtour raillés par le Vaudeville, et les couplets malins tombent comme grêle sur la boutique du marchand de draps de la rue Gérés (2) .
(1) Chansonnier Maurepas.
(9) L'envie n'est pas précisément une passion moderne. Mathieu Savary, nommé évèque de Séez, fit son entrée dans sa résidence en 1602 : il portait un costume de ville violet ;
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Tour-à-tour entre les Golbert et les amis de Fouquet, les Golbert et les Louvois, entre Maurice Le Tellier, l'archevêque de Reims, et les jésuites, se fait la guerre des chansons. La mitraille part de tous côtés.— Nous en avons ramassé les éclats, et parfois ces fusées d'un instant éclairent notre histoire de leurs vives étincelles.
Golbert meurt outragé : la postérité le vengera. Le seigneur de Louvois prend sa place ; cet homme, si plein d'énergie et même de dureté ; cet homme, dont les Ardennes, le Midi de la France et les bords du Rhin gardent tristement la mémoire. Les Français de son temps, bien inférieurs à ceux du nôtre, comme on le verra, prirent parfois galment des choses très-sérieuses*. Pour ramener les calvinistes dans le giron de l'Eglise, on employa la turbulente dragonnade. On leur refusa les droits civils et civiques, l'exercice des professions libérales, même la permission d'être apothicaires et d'en remplir les fonctions, telles que les mœurs de ce siècle les comportaient. Aussi, tant à Nimes qu'à Sedan, cette chanson fut répétée :
Apothicaires huguenots,
Laisses là vos boutiques.
Vendez vos canons et vos pots
Et quittez vos pratiques.
Nostre roy veut que ses sujets,
Tous parfaits catholiques, • Ne reçoivent plus désormais
De clystères hérétiques.
Le fait est que la chose était grave et pou vaiteompromettre Ja dignité du grand règne. Quoi qu'il en soit, le siècle s'avançait. Nos poètes avaient eu souvent occasion de chanter victoires et conquêtes, et parfois la paix, suite inévitable
comme le père de Golbert, il avait été marchand de draps, ce qui prouve une fois de plus que les belles, positions n'étaient pas interdites aux roturiers. Les. beaux esprits de Séez enfantèrent ce couplet le soir de la cérémonie :
Avez-vous vu la veste
Que Monseigneur portoit ?
On dit que c'est un reste
D'étoffe, qu'il vendoit.
Chansonnier Maurepas, t. XXVI, p. 345*
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de toutes les guerres. Quand le canon grondait dans le Nord ou sur les bords du Rhin, les aventuriers de l'Empire cherchaient à parvenir jusqu'à nos vignes. La gloire de Louis XIV n'avait pas éclipsé celle de nos coteaux, et plus d'un couplet nous prouve l'estime qu'en faisaient nos ennemis. Mais le moment de la vendange n'est pas encore venu pour eux : point ils ne la firent alors, et force fut à l'invincible Marlborough, à l'impétueux Eugène de Savoie de déclarer nos raisins trop verts et bons pour des goujats. La victoire de Denain sauva les vignobles champenois des profanations de l'étranger ; rien n'inquiéta plus la fin d'un règne glorieux.
A Louis le Grand succédait un enfant, unique rejeton d'une nombreuse famille, dont la délicatesse fit longtemps trembler la France, et qui vécut trop longtemps pour son honneur et le nôtre.
Les premières années du nouveau règne s'écoulèrent dans la paix. La Chanson du printemps, la ronde des vendanges régnèrent en paix. Faute de mieux, la légèreté française s'amusa des querelles des morraietes et des jansénistes : sur ce terrain, le Vaudeville et le Pont^Neof se livrèrent d'interminables escarmouches. Ce débat, qui fil le bonheur des esprits forts, fit place à l'ère des prodiges : les jansénistes en firent grand bruit ; pour la dignité de l'Eglwe, ils auraient mieux fait de se taire. A leur tour, ils devinrent la proie des chansons. Il y eut à Avenay un saint janséniste, un pèlerinage et des miracles jansénistes. De toutes ces choses étranges est resté ee couplet :
Si j'en crois maintes voisines, .
Qa y va<pour autre fin ; Et souvent les pèlerines Manquent de grâce en chemin (1).
Tout «éla flmt J)«r n'être pics qu'une toftflife mette de chansons. La religion, dont la force n'est pas dans les «iraclés de détail, dans des arguties de mots, mais dans les merveilles du monde, dans la morale de PEvangile, ne fit
(l) Dialogue sur le miracle <T Avenay. Collection de M. L. Paris.