PROSOPOPÉE DE CHARLES DE LORRAINE
ARCHEVÊQUE DE REIMS
A moy, qui ay tousjours soustenu sainte
[Eglise,
Né de parfaits chrétiens lorrains et sang de
[Guyse ;
A moy, qui à l'étude ay mon temps consumé,
De science amateur et des sçavans aimé ;
A moy, qui fus l'honneur des prélats cathodiques ;
A moy, qui ay osté maint peuple aux hérétiques ,
Par sçavoir, par vertu, par foy, par vérité ;
A moy, qui fus constant en toute adversité;
A moy, qui fus doué de divine prudence; A moy, qui, sans reproche, à quatre roys de
[France Ay servi et donné bon advis et conseil ; A moy, qui eus l'esprit cler comme le soleil, Et qui fus de mémoire et faconde admirable, Dont j'ay en terre et ciel un renom perdu-
[rablê ; A moy, comme Pandore, illustré de tous biens, Support de mon pays et conseil des miens ;
A moy, qui feis d'accord le roy d'Espagne
[mettre Avec le roy de France, Henry second, mon
[maistre, Ve devoit estre fait un tombeau si estroit, Puisque mon nom s'estend au monde en tout
[endroit»
Que ma tombe eslevée ait la France pour place, Si que tout catholique en puisse voir la face, ; Qu'en un double trophée on me dépeinde [ainsy Qu'ay soustenu la foy à Trente et à Poissy.
Gravez-y mes sermons, disputes et harangues, Les peuples, les cités, les aureilles, les langues, Qui, pour m' avoir ouy, ont maintenu la foy; Mettez y les escrits qu'on dédia à moy ; Mon université, mon collège et l'église, Et séminaire y soit, et ma cité comprise, Et Avignon, qui eut mon glorieux trespas, Pour ma gloire accomplir tant au ciel que cy
[bas*
Amassez sur ma tombe un nombre innumé-
[rable De pauvres soulagez par ma main pitoyable.
Qu'on y voie toujours mille hommes de bon
[cœur Pour les miens et pour moy prier le Créateur ; Puis dé tout mon clergé honnoré je veux estre, Qui fus grand cardinal, grand évesque et grand
[pr estre.
Estre oublié ne doit sous petit marbre noir, Celuy qui fut au monde admirable en sça-
[voir (4).
(t) Reims, J. de Foigny, 1579. —Ces vers, imitation de ceux de Ronsard (V. 1563), sont de N, Wkthbau, organe fidèle de la ville de Reims et de son clergé. — Charles de Lorraine, né enM524, à Joinville en Champagne, archevêque de Reims en 1538, avait reçu du ciel les dons lès plus brillants. Grand, doué d'une belle tête, savant, éloquent, bon théologien, spirituel, énergique, il eut toutes les qualités qui font les grands hommes. Sacré seulement en 1546, il devint de suite un des conseillers de François !•». M sacra