LA COMPLAINTE DE L'USURIER DE BAR
Onques tel cas terrible.
On n'a veu ne congneu, Ni acte si horrible.
Ainsi que l'on a veu, D'un faict si merveilleux,
Aussi fort périlleux.
Dieu , que tu es juste !
Dieu, que tu es puissant !
Car le meschant iiijustç, Permets également, ,
Qui s'est dé toy perdu»
Estre tost cotifoiidÂ. '
A Bar, ville en Ghampaigne (1), Un nommé Jean Godard, Marchand de draps de laine, Petit homme et viéillatq, r ^ , En tous biens opulent,
[i , /Miij i < ' k, ' i *"• t * i i
(1) Tonne, Marne. —^ Cette légende, jadis populaire dans le Perthois et en Brie , se Woûve dans la ¥mr des chansons nouvelles (Lyon» B, fUg*id, lttt)'4ttfo * 'Nombreuses variantes dont voici 4* *tfe *t>p*tt*«tq. : ,m: •« A Bar, ville, enJUujwncj,; ;■',, ,
D s'agirait de Barïe-fiuc, au lieu de Bàr-sur-Seine ou de Bar-sur-Aube. Quoi qui! én**>tt; cëVéduptei* donnent une idée de la misère deiaritaiep â&ktrè* y* U> guerre civile.
En bleds, vins et froment.
Aussi avait un gendre Dont vous réciteray Ainsy qu'il faut entendre :
* C'est Claude Cabaret, Usurier et félon, Grand amy de Pluton.
Tous deux, d'une malice Et d'une ambition.
Estant pleins d'avarice, Sans nulle rémission, Leurs amis ont donné Au diable pour gaingner.
Après ceste entreprise, Il advint que ces liens N'eurent bonne reprise :
Trop dur leur fui le temps.
Voyant tel desplaisir, " Ils eurent grand plaisir.
Les pauvres gens des villes, Villages et autres lieux Venoient d'un pas agile Accourir devers eux, Les priant d'amitié Qu'ils eussent d'eux pitié.
Alors les misérables Leur disoient de rigueur, Estant pressés du diable Et remplis de dur cœur :
— Si n'avez de l'argent, Sortez tous promptement.
L'une portoit sa robe, Et l'autre ses anneaux ; Ceux-ci leur garde-robe, Et ceux-là leurs joyaux.
Mais rien ils n'en vouloient Si ore ne s'obligeoient.
Ils avoient corps et gages :
Encor leur survendoient Beaucoup trop davantage Que leurs bleds ne valoient :
Àinsy, par leurs abus, Leurs gaiges estoient perdus.
Quand chacun, homme ou femme, Pensoyent aller quérir Ses gaiges sans diffame»
Afin les revestir, Ils disoient d'un courroux : — Ne sont-ils pas à nous ?
N'est-ce pas pour la peine Du prest que t'avons fait ?
Pour ne remettre en hayne, Que je sois aatisfaict De ton obligation, Ou yras en prison !
Oh ! Dieu 1 quelle pillerie I Oh ! Dieu ! quelle cruauté f C'est pis que volerie :
Oh 1 grande desloyauté I Oh ! cueur trop endurci, Tu estois bien durci I
Quand ils ont veu l'année
De bonn* volonté, Et que greffe et gelée N'avoientrïeflirôeaôé, Ils crioient : — Ludfer, Venez tost M'emporta t
Mais voilà que le diable Vint à Godard parler, Et luy dit : — Misérable I Je te viens emporter.
Tu es h raoy téâu, Car ton tempe est tami.
Regarde, je te prie, Ton vin n'est plus que d' l'eau.
Ton blé n'est que voirie.
Tiens ! voilà un cordeau :
Or pends toy justement :
C'est ton vray châtiment.
Cabaret par desdignes S'en va to*t arracher Toutes leurs belles vignes Et les va piétiner.
Les diables h ténoient, Qui si le possédoienu
Il va trouver son père Tout autant tourmenté, QuiehUéltes affaire» :
Estoit deortta&téy "•; De gros rate -enragés Les ont tôttfe #stratvglé*.
Et ténoient de leurs pattes De bled un petit fcac,
Et sautoient à la haste Dessus leur estomach.
Le diable soubdain Les emporte à la fin,
Gros usuriers qui s'enflent Du bien des pauvres gens, Profitez de l'exemple ; Malheureux et meschans, Dieu ne congnoissez plus Sinon quevosescus.
Pour les biens de ce monde, Vous damnent vos forfaîgts, Et malheureux, immondes, Vous sacrifiez l'effort Du célestiel don Au temporel guerdon.