‹ Romancero de ChampagneChapitre 53 sur 131 · LA COURONNE DE FRANCE · texte numérisé non relu

LA COURONNE DE FRANCE

Messieurs les princes lorrains, Vous estes foibles de reins K Pour la couronne débatre ; Vous vous faites toujours battre.

Vous êtes vaillans et forts, Mais vains sont tous vos efforts ; Nulle force ne s'égale A la puissance roïale.

Aussi n'est-ce pas raison Qu'aux enfans de la maison* Les serviteurs mènent guerre-, Pour les chasser de leur terre.

Grande folie entreprend, Qui à son maître se prend.

Dieu encontre les rebelles, Soutient des rois les querelles.

Quittez donc au Navarrois La couronne de nos rois, A tort par vous prétendue ; Aussi bien l'avez-vous fondue.

Si quelque droit y aviez, Fondre vous ne la deviez ; Ou bien il faut qu'on vous donne

— no —

Titre de rois sans couronne.

Nos fois, du ciel ordonnés, Naissent toujours couronnés; Le vrai François ne se range A roi ni à prince étrange.

Tous vilains, ou la plupart, Vous oui fait leur chef de part; Ce qui vous suit de noblesse, Est de ceux que le bât blesse. :

Mais le vrai roi des François, Pour sa garde d'Ecôsfcois, N'est assisté que de princes; Et de barons des provinces.

Allons doncques,' mes amis, Allons tous à- Saint-Denis* Dévotement reconnoîstre Ce grand roi pour nostre maistre.

Allons tous, dru et épais, Pour lui demander la paix ; Nous irons jusqu'à sa table, Tant il est prince acostable.

Tous les princes de Bourbon Ont toujours cria de bon, D'être doux et débonnaires, Et courageux aux affaires.

Mais vous, princes étrangers, Qui nous mettez aux dangers, Et nous paissez de fumée, Tenant la guerre allumée,

Retournez en vos pais :

Trop au nostre estes haïs ; Et comptez de Charlemagne Aux lisières d'Allemagne.

Prouvez-y par vos romans Que venez des Carlomans.

Les bonnes gens, après boire, Quelque chose en pourront croire (1).

(1) MM. de Guise, en faisant repousser les princes de- Bourbon comme hérétiques, se donnèrent comme les représentants de Charlemagne ; ils avaient pris pour tête de souche Charles de France, fils de Louis d'Outremer, duc de Basse-Lorraine, dépouillé par Hugues Capet et mort dans les prisons d'Orléans. En fait, ce prince avait laisse 1 deux fils, mais leur histoire sérieuse est inconnue. La maisen'èe Lorraine descend réellement de Frédéric d'Alsace, Deaû-frtfe de Hugues Capet, frère d'Adalberon, évèquede Metz, mort en 984.— Cette famille, une des plus anciennes de l'Europe, riche en hommes vaillants, en grands généraux, crut, au XVI* siècle, que, pour elle, l'heure était venue de porter une couronne : elle s'était trompée de deux cents ans ; bannie de France par Louis XIV et Louis XV, elle à fini par monter sur le trône impérial d'Allemagne.—- Son histoire, pendant' deux siècles, ne fait qu'un arec la nôtre, et sou nom se mêle aux derniers actes de notre indépendance provinciale.

NICOLAS DE PELLEVÉ,

Page 1