‹ Romances, ballades et légendesChapitre 1 sur 53 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

T&suTTEL etWuaxZjLibraires rue de Lille , 17.

Dbeache , rue du Bouloy , 7.

Dumoulin, Quai des Augus-

tins, 13.

Victor DiDROK , Place Saint-

André-des-Arts, 30.

&A ITM^iltis^

Ce jour est le dernier ; c'est demain Thymenee

Qui fixe rhorreur de mon sort.

A l'e'poux que je hais, pour jamais enchaînée.

Plus de liberté que la mort.

Ces charmes, ces appas, dont j'étais orgueilleuse. Bientôt vont causer mes tourmens.

Pourquoi suis-je encor belle? Ah î je serais heureuse Si j'étais au déclin des ans.

Tous les jours près de lui, toutes les nuits encore- Soumise à son cruel pouvoir !

4 LA FIANCEE.

Ce n'est point son amour^ c'est l'oubli que j'implore; Sa haine même est mon espoir.

Ces plaintes y ces soupirs vont devenir un crime ;

Il me reprochera mes pleurs :

Il faut, en expirant, il faut que sa victime

Sur ses pas répande des fleurs.

Que ce joiu* qui devient l'arrêt de mon supplice

Aurait pu me paraître doux î Que ce oui détesté m'eût causé de délice

Si j 'avais choisi mon époux !

Hélas! il en est un à qui j'aurais sans peine .

Jusques à mon dernier soupir. . .

Helas ! il en est un près de qui cette chaîne

Eût été celle du plaisir.

LA FIANCEE. 5 -

Qu'av(;c joie à l'autel, ëpouse ainsi qu'amante.

J'aurais suivi l'heureux vainqueur î Ah! qu'avec volupté, toujours obéissante,

Je l'aurais pressé sur mon cœur !

Je ne me plaindrais pas, puisqu'aujourd'hui je l'aime. Qu'il peut répondre à mes sanglots. . .

Mais demain plus, d'espoir, et son souvenir même Sera le plus grand de mes maux.

Et je dois obéir : c'est l'ordre de ma mère.

Ma mère qui croit me chérir.

Helas ! et son amour, son amour si sévère

Ne me permet pas de mourir.

ôirgatr.

Déjà sa tête est couronnée Et Tautel est couvert de fleurs.

Déjà commence la journée, La première de ses douleurs.

Au loin y à l^orizon immense, Je vois im casque etincelant ; Un coursier rapide s'élance :

Que le jeune Edgar est vaillant !

O noble Edgar, presse ta marche^ Presse les flancs de ton coursier ;^ Ton amante touche la marche Du palais inhos{ûtalier.

LA FIANCEE.

Ton rival apprête la chaîne r Edgar, que ton dheval est lent I Hâte-toi de firancfair la plaine : Que le jeune Edgar est vaillant !

Suspendez , suspendez la fête, S'écriait au loin un guerrier ; Sigismond, défends ta conquête, Prends ton glaive, ton bouclier.

Dis-moi , qu'aft-tu fait pour la gloire.

Pour obtenirAin don si grand?

Il est le prix de la victoire :

Que le jeune Edgar est vaillant !

L'éclat du sceptre des batailles A fait pâlir Teclat du jour.

Et la pompe des funérailles

LA FIANCEE.

Succède à la fête d'amour.

Pourquoi briser ton diadème , Jeune fille au regard brillant?

Pleurez, pleurez celui qu'on aime :

Le jeune Edgar était vaillant ! .

Ha^ dTuU^*

Alix^ il est minuit y la lune va paraître ; Voici l'heure, partons, tout dort autour de nous. Prends la clef suspendue au chevet de ton maître, Et d'une main prudente écarte les verrous.

Si BOUS pouvons franchir la porte redoutable. L'existence est à nous, à nous la liberté ; Ce servage honteux , ce poids qui nous accable Ne fera plus courber notre front attrista.

Prends aussi ce poignard : hëlas ! sa main cruelle, Alix , s'il s'e'veillait, s'armerait contre moi î Aux yeux de ce tjran je serais infidèle, Car ses droits, tu le sais, sont le glaive et l'effroi .

10 LA FIANCEE.

Ah ! si ma faible main servait mon espérance , Si j'osais la lever contre ce ravisseur , Si le ciel y qui le hait^ secondait ma vengeance, Que je serais heureuse en lui perçant le cœur !

Son sein est découvert , son sommeil est paisible : Vite, donne le fer, il ne peut échapper.

Le destin le condamne, un dieu juste et terrible Me demande son sang : donne, je vais frapper !

Approche cette lampe et prête encor l'oreille. £s-tu seule, réponds? n'entends-tu pas du bruit? Donne... voici Finstant... Tu fuiras s'il s'éveille. Donne. . . c'est fait. . . il meurt. . . Partons, il est minuit.

W^t>0cail0n*

l^ENDS le cierge béni , commence la prière, Redis trois fois le nom du Sauveur des humains ^ Du signe du salut, dépose' sur la pierre, Frappe encor le cercueil en invoquant les saints.

Le charme a réussi ; vois, la terre s'agite : Le cadavre étonné va paraître à nos yeux.

Trace un cercle : craignons qu'il ne s'y précipite j Car s'il y pe'ne'trait nous péririons tous deux.

Vois-tu? déjà son bras paraît à la lumière.

Il soulève le marbre, il s'élève vers nous.

12 LA FIANCEE.

Regarde : du linceul secouant la poussière^ Ses gestes convulsifs annoncent son courroux.

Le voici : de son flanc touche la cicatrice.

Il ftit assassine ; vois, le fer est terni î Quel est le meurtrier? quel e'tait son complice? Le ciel laisserait-il ce £orfail impuni?

Il faut l'interroger... Sigismond, c'est ton frère, Ton frère qui t'appelle au nom du Tout-Puissant. Tu connais mon amour, calme donc ta colère, Et détourne ce bras sinistre et menaçant.

Nous voulons te venger : par le sang de mon père. Je t'adjure à l'instant de nommer l'assassin. Ah î découvre à nos yeux cet horrible mystère : Quel ennemi , quel monstre a pu percer ton sein?

LA FIANCEE. n

Tu gardes le silenee ; où doue est Ion eomrage ? yeiu6-ta ^'iin meurtrier insulte à ta douleur? Veux-tn que Favenir applaudisse à sa rage?

Qu'il dise : Sigismond, eut-^il un noble cœur?

Si tu ne m'entends pas> ah ! reconnais ces armes. Cet écUf ce cimier, ce casque, ces drapeaux ! Tu les reconnaissais au milieu des alarmes, Quand des murs deSion nous pressions les créneaux.

Parle, ami , sur-le-champ je fermerai la pierre ; Parle, et tu jouiras du sommeil éternel !

Demain, tous nos guerriers , unissant leur prière. Pour toi, pour ton repos invoqueront le ciel.

LA FIANCEK.

Tii rentres dans la tombe ! en vain je te supplie ! C'est donc impunément que tu fus outrag<ë?

Mais que vois-je? ce signe... ô crime... 6 perfidie ! Une épouse !.. il sufSt . . . Dors ... tu seras venge î . ..

Ne cliantez pas la rose de Salente ,

Ne dites point que son parfum est doux f

Que vos aecens sur sa tige charmante

N'appellent pas un injuste courroux.

Le soupçon veille , et sa main est puissante :

O troubadour ! taisez-vous, taise^vous $

Ne chantez pas la rose de Salente.

Reine des fleurs, que ta douceur m'enchante ! Que je voudrais, loin des regards jaloux^ Seul respirer la fraîcheur enivrante

yGQOgk

Que le zëphir apporte jusqu'à nous. Reioe des fleiu-s, que ta douceur m'enchante î troubadour ! taisez-vous, taisez-vous ; Ne chantez pas la rose de $alente.

Ne chanterai la rose de Salente, Je ne dirai que son ombrage est doux ; Amour, amour, de sa tige charmante, Que le parfum arrive jusqu'à nous !

Je ne dirai que sa douceur m'enchante.

troubadour ! taisez-vous, taisez^votts ; Ne chantez pas la rose de Salente.

Le soupçon veille, et sa main est puissante : O troubadour! taiséz-vous, taise»-vous.

yGoogk

Ha^ S0ilùn^h.

Un noir génie, échappe de Tabîmey De ses efforts m'obsède jour et nuit ; 11 veut du sang y il me demande un crime, £t de ces mots sans cesse me poursuit :

« Vois Ermegildy elle est jeune^ elle est belle^ « Tu lui juras un étemel amour; v Vois Ërmegild^ et dis : Elle est fidèle !

« Pauvre Lojs ! Coril est de retour.

« G>ril est beau, dans le printems de Tâge^ « Et toiy LojSy tes cheveux sont blanchis ; « L'astre brûlant a noirci ton visage, « Et sur le sien est la rose et le lis.

« n est aîiné f vainement la parjure , « Veut déguiser le coup qui t'est porté ; • Toi seul, aveugle, ignorant ton injure , « Seul, applaudis à sa fidélité.

« Cette bonté, tu penses qu'on l'admire ;

« Non, les ingrats méprisent ta douceur :.

« A ton aspect on les a vus sourire,

« Chacun a dit : Loys, Loys a peur.

« Seras-tu sourd au cri de la vengeance ?

« On t'outragea, n'oses-tu point punir?

« Prends ton poignard, ton ennemi s'avance ; « Prends ton poignard, Loys, il doit mourir. >

^e Saririn*

N'ai-je pas entendu la porte qui s'entr'ouvre ? Silence! le verrou, je crois, a retenti...

Quel est donc cet objet cpie mon regard découvre ? EsV-ce elle? est-ce Ërmegild? mon cœur a tressailli.

Mais je n'entends plus rien, helas! c'est le feuiUage Qu^agite le zéphyr, ou le timide oiseau Qui cherche pour la nuit un abri sous l'ombrage, £t qu'un songe importun fait changer de rameau.

Brillante de blancheur, est-ce elle qui s'avance? Pourquoi le bruit des pas n'est-il pas répète ? Est-ce une ombre, un fantôme, une vaine apparence? C'est le cygne qui fuit sur le lac argenté.

On approche^ quelqu'un a touché la ibugère?

Ah ! c'est le papillon qui reprend son essor. Ou bien le fruit mûri qui tombe sur la terre, Repoussé du rameau qui veut fleurir encor.

Dieu! quelle voix soupire? est-ce sa douce haleine? Quel suave parfum vient embaumer les airs !

Je ne sais quel pouvoir vers ce bosquet m'entraîne ; O ciel! c'est. une fleur, et ces lieux sont déserts.

Ne viendra-t-elle pas? Vainement je t'implore, Dieu d'amour, rends l'espoir à mon cœur oppresse. Tu ne m'exauces point, je vois briller l'aurore ; Je suis seul , l'heure ^it et l'instant est passé.

Il« €huU.

Arrête y ami ; d'une ame délirante N'abuse pas y ne me fais pas mourir ; Tu ne venx pas immoler ton amante Au vain attrait d'un instant de plaisir.

Ah ! laisse-moi ! dans ta main qui la presse f Je sens, helaslje sens ma main frëmir! Mais y sauve-moi de ma brûlante ivresse ^ Arrête, ami, ne me fais pas mourir.

Oui f tu l'auras ce don de tout mon être , Ce don de moi , ce don que j'ai promis ; Oui y tu l'auras ; oui , tu seras mou maf tre : Ah ! c'est pour toi, c'est à toi que je suis!

* Mais un seul jour, attends , attends encore : Demain le glaive aura fui loin de toi.

Me verrait-on trembler quand je t'adore, Et si la mort ne menaçait que moi I

Un œil jaloux veille sur ces murailles, Un bras vengeur sur nous est étendu ; Hier encor le son des funérailles Retentissait dans mon cœur éperdu.

Je suis coupable, et j'entrevois l'abîme ; Peut-être, helas î suis-je à mon dernier jour. Je suis coupable, et je bénis mon crime.

Si je lui dois ton cœur et mon amour.

J'entends des pas : vois, un fanal s'avance.

Ahî si quelqu'un... Quel est-il? Je fr^is !

Serait-ce lui ? messager de vengeance !

Lui y mon époux. . . celui qiiê je trahis !

C'est lui! Grand Dieu! notre perte est jurée. Viens, viens, fuyons, tout est fini pour moi ; S'il faut mourir, que je meur^^eliivrée, O mon ami , du plaisir d'être à toi !

Ha ©imumUre»

Palais dores , cites pompeuses , Séjour des plaisirs et des jeux j Votre éclat, vos douceurs trompeuses Ne sont pas l'objet de mes vœux.

Que puis-je envier sur la terre?

Quel être est plus heureux que moi ?

Je chanterai dans la chaumière :

Ërmegildy je suis près de toi.

Gloire, ambition^ renommée^ Je vous appelais le bonheur ; Je vous aimais ) vaine fumée, Vous aviez enivre mon cœur.

Maintenant , comme la poussière^ Je vous vois passer devant moi j Je suis heureux dans la chaumière, Ërmegild, je suis près de toi.

Ma voix suppliante, importune, Avide d'un nouveau trésor, Jamais, inconstante fortune, Ne te demandera de l'or.

Puis-je redouter la misère, Quand celle que j'aime est à moi ?

Je suis riche dans la chaumière, Ërmegild, je suis près de toi.

fta 4folU.

N'entends-tu pas cette voix qui miurmure Dans le torrent qui gronde sous nos pas?

C'est mon époux ; il me parle, il me jure Qu'il me pardonne : il ne pardonne pas.

Dès que la nuit couvrira la nature,

Tu le verras paraître devant moi :

« Meurs, dira-t-il; meurs, épouse parjure;

« L'abîme attend , il s'ouvre, c'est pour toi î >

11 m'adorait, je lui fus infidèle.

Il disparut dans ce goufBre profond.

Sur ce rocher, depuis lor», je TappeUe :

Regarde bien, il écoute^ il répond :

« Viensy Ermegild, douce et charmante amie !

« Viens, viens encor reposer sur mon sein ; « Viens, le prinlems renaît dans la prairie, « L'autan se tait et le ciel est serein. »

Fuyons, fuyons, je sens freWr la, roche !

Fuyons, le spectre est sorti du torrent !

Ne tardons plus, il nous voit, il approche :

Fuyons, fuyons, son souffle est dévorant.

Je l'ai trahi. Terrible Ait l'outrage ; Il vient, il vient! Dieu, quel sera mon sort! Ah î sauve^b-moi, sauvez^moi de sa rage !

Je l'ai trahi, j'ai mérite la mort !

Que du plaisir la coupe est décevante l Ah I repoussez ce breuvage si doux !

O troubadour î taisez-vous, taise^vous ; Ne chantez pas la rose de Solente.

^t^ (dmhvt^.

Sur ce coteau qu'embellit le printems

Je ne vois pas folâtrer la bergère ;

Le jeune pâtre, à l'approche des vents,

N'y cherche plus un abri tutelaire.

Un Dieu cruel trouble-t-il la raison

Du malheureux qui s'assied sous l'ombrage ?

Quelque serpent, quelqu'horrible dragon,

Est-il, helas ! cache sous le feuillage ?

O voyageur, hâte-toi, fois ces lieux î Dès que la nuit ramène les ténèbres, L'ëcho tremblant de ce bois odieux Ne redit plus que des plaintes fonèbres.

Fils de Tenier, un démon^ ivn esprit, Sort du cercueil; il parcourt le bocage.

A son aspect le plus brave pâlit , £t l'on entend ce sinistre langage :

« Loys ! Lojs ! aiguise ton poignard î

« Viens, qu'attends-tu? la nuit est favorable ;

« Voici le lieu , c'est le fils de Guiscard j

« Là te trahit une épouse coupable.

« Il faut du sang ! du sang ! Laisse ton dard ;

« Qu'un coup plus sûr assouvisse ta rage !

« Loys ! Loys ! aiguise ton poignard !

« Pourquoi tarder? est-ce en vain qu'on t'outrage?

« Loys! Loysî voici l'heure, il est tems!

« Anne ton bras^ on approche, c'est elle l

LÀ ROSE DE SALËNTE. n

•« N'enteads-tu pas de ces heureux amans « Les doux baisers que l'e'cho te révèle?

« Qu'avec amour, dans ses bras «aressans , * Elle a pressé le traître qui t'offense !

« Loys! Loys! prends ton glaive^ il est tems; « Voici Tinstanty Tinstant de la vengeance î »

Bientôt des cris au loin portent l'horreur.

On croit entendre une femme expirante j Un spectre noir, éperdu de fureiir, Sur lé coteau traîne une ombre sanglante.

C'est vainement que ces êtres hideux Quittent la terre au lever de Taurore :

En approchant de ce bois ténébreux^ Malgré le jour, le berger tremble encore.

Fujez la rose et son parfum si doux,

Fijyez, fuyez sa fraîcheur enivrante j O troubadour l taisez-y ous, taisez-vous '^ Ne chantez, pas la rose de Salente.

fM WkmAfmmi

Ceeusb encor^ plus encor, et que ta main se presse. Si quelqu'un... si du jour la perfide lueur... Ami) qu'à tous les jeux à jamais disparaisse Ce cadavre accusateur ]

Qu'il est pesamt ! Sur lui repousse cette teive. On croirait qu'il nous jette un sinistre regard : Vite, couvre son front; et dessous cette pierre Ensevelis ce poignard.

Ah ! je ne le vois plus ! il semble qu'on m'enlève' Un poids qui m'oppressait; qui me serrait le coeur.

Il faut tout oublier, comme un funeste révc, Un souvenir de douleur.

D'une goutte de sang ne voi^tu pas la trace?

Du sang! regarde bien, regarde encore. O cielî Cour<DB9 à la fMilaiiie, et que Tonde l'cffiai<;e i Ce sigae serait mortel;

Ne m'abusë-je pas? ici, isous le feuillaige^ > Il semble qu'une voix... Ah î ne l'en tends-tu pas? Avec precaultoii ea marche aous l'onfarage... Nob^. c'est lie bruit de tee p«A» , •

Ce chien vient de gémir sur la loâfe Boilvf Ue t Ah ! ne dira-t-il pas ce que nous avons fait? Qu'il meul^dJioa^ arrête: ^ arrêté, ilcstiÀdèie^ Ah I ce serait un forfait.

Qd'av£z-vous i'uit dADâ celte puit ^^i^il]d!ë? Thëbald, pourquoi me le cacher?

De[u^^ œ t0flas, moroe^ insenûblè,! m. o Mes pleui;^ tm fteiiseni ¥»ua tonbkar^

Je sommeillais, quand Je tous vi^ paraître, Tremblant, éperdu de terreur ; JVvaas p«tBe à vous recoi^maltrei :• i > ii ) Tous vos ti^s exprimaient t^Mn^ur.

On atirail ent qu'un spectre epou¥aBiÀble Vous menaçait de son courroux , Et que sa main impitoyable, Brûlante, s'e'tendait sur vous.

Sur votre front la mort était tracée ^

Vos yeux étaient sombres, hagards ; Le sang souillait votre pensée, Et dégouttait de vos regards.

Quand devimt vous Ton a parlé d'un crime, Soudain je vous ai vu pâlir, Soudain, au nom de la victime, liEgaré, je vous ai vu ^lir.

Un cri parfais, un sanglot lamentable, . Senblent révéler xm forfait; O Thébald î étes-vous coupable ?

Dans cette nuit qu'avez-vous fait?

yGoogk

Win00mnU.

La nuit s'enfuit ; déjà Taurore Prédit le jour à l'univers.

O Thébald ! tu veilles encore, Tes yeux encore sont ouverts.

En vain sur ta couche brûlante Gisent tes membres abattus ; Relève ta tète pesante^ Tu ne dormiras plus.

Je te l'avais dit^ la vengeance, Thëbaldy porte des fruits amers ; Jamais le sang de l'innocence Sèche-t-il à l'œil du pervers?

Je te l'avais dit quand le glaive.

Et maintenant le jour se lève, Tu ne dormiras plus.

C'est en vain qu'avçc la victime Le forfait croit s'ensevelir, Il est un diçu qui près du crime En a place le souvenir.

C'est en vain qu'on chante ta gloire, Et qu'on célèbre tes vertus, Ton cœur a garde' la mémoire :

Tu. ne dormiras plus.

rîTTiiiBwfaiiirt "

^a ®x>lx.

Assassin ! liûsse-moi y fantôme impitoyable !

-Assassin ! ': ...'-;. 'd - !

Pourquoi me poursuis-tu de ee <îi4 lamentable ?

Assassin 1 Laisse-moi, laisse-moi , je veux jusqu'au matin

'Assassin! - -r !'.'.; .

Oublier ta présence et le poids qui m accable.

Assassin!

Eh quoi ! c'est un vain son, c'estune ombre impuissante,

Assassin! ■ .,• ! ,.:,

Misérable vapeur que le soiBmeil enfante,

■ -Assassin l .'.>;•! •♦•)-;- //

Prestige que mes yeux cbeichent encore en vain.

Assassin !

Qui peut glacer mes sens d'horreur et d'épouvante.

Assassin !

Je n'ai pas de remords; non, non, je suis paisible...

Assassin!

Que puis-je redouter d'un cadavre insenûble ?

Assassin!

Il n'est plus, et je vis, je vis le cœur serein.

Assassin !

Dieu n'est qu'un mot; ce mot est-il donc si terrible?

Assassin!

Je brûle! je ne sais quel poison me dévore.

Assassin !

N'est-ce pas cette nuit? èin, c'est avant l'aurore;

Assassin !

A cette hiute, en ces lieux, il me tendait la main,

Assassin !

II pleurait; j'ai frappé, je frapperais encore.

Assassin !

Mais parlons bas, plus bas; on écoute, silence !

Assassin !

Un bruit de fers... fuyons... amis... mon innocence...

Assassin !

Ce n^estpas moi, non, non: quoi l'on pourrait! . . Demain . . .

Assassin !

Des juges ! . . récha&ud. . . Dieu ! le bourreau s'avance . . .

Assassin !

Quel est cet inconnu qu'entoure le mystère ?

Sa présence m'inspire un horrible respect.

J'ai demandé son fiom^ vaine fut ma prière.

Tout le monde se tait et fuit à son aspect.

Son œil noir et per^*ant, son regard immobile^

Cet e'traiige sourire/ inspirent la terreur;

Et du pli de son front la trace indélel)ile

Révèle le poison qui ^c'yore son cœur.

Quel est-il? d'où vient-il? helas! qu'a-t-il pu faire? Etait-il la victime? ou fut-il le bourreau?

Repousse évk lieu saâot^ d^poniUé du sttai]:ry N'aurah^îl pM d^asile au éelk àa tombetu?

On Ta Va nvaitite M& sotût dé k duipdk Où repose le corps d'un antique baron ; De son buste de marbre il semble le modèle ; Souvent on l'entendit qui repe'tait son nom.

On dit que chaque soir il rentre dans la tombe; Qu'à minuit, sur la terre^ on le demande en vain. On dit que dans l'enfer à cette heure il retombe, Et qu'il ne reparaît qu'au solcâ du matin.

On dit qu'il est damne , qu'un démon qui le ^ide Dès l'aube lui permet de se montrer au jour, Et qu'il faut aussitôt qu'un crime, im homicide, Au milieu des vivans signale son retour.

Depuis qu'il a paru , milie r^ts funèbres Dans ces murs malheureux ont répandu Teffroi. On redoute le jour^ et Ton craint les ténèbres : Quel est cet inconnu? paMez, dite8-4eH9ioî 7

%mitmU.

i^»A^irsiras<

C'est dans ces lieux , ici^ près du torrent^ Qu'il devait être, au pied du sycomore j Le jour s*enfuit, le soleil est mourant, L'heure est passée, il ne vient pas encore.

L'ingrat! hier, il me l'avait promis :

« Oui, j'y serai, j'y serai dès l'aurore. »

Il le disait; et moi seule j'y suis ; L'heure est passée, il ne vient pas encore.

Où donc est-il? que fait-il? 6 mon Dieu!

L'ATTENTE

N'entend-il plus l'amante qui l'implore?

Une autre, helas!... Est-ce un secret aveu?

L'heure est passée, il ne vient pas encore.

Un jour, un seul jour de plaisir^ £t demain je saurai mourir.

C'est vainement que je vous aime | Je verse des pleurs superflus :

Nou; votre cœur n'est plus le méme> Ingrat ; non^ vous ne m'aimez plus.

Naguère vous me trouviez belle ; Si vous en avez souvenir.

Soyez encore un jour fidèle, £t demain je saurai mourir.

Pour rendre votre ame constante^ S'il fiuit des liens plus puissans,

54 L'ATTENTE

S'il faut dç U V^ertu mouAinte Étouffer les derniers acceus , Eh bien! parjure ; criminelle, J'oublîrai juscpi'au repenâr.

Soyez encore tin jour fidèle.

Et demain je saurai mourir.

Vous l'ordonnez... je suis coupable.

Ehî que m'importe le remord?

L'abandon seul est redoutable) L'abandon est plu$ que la mort.

Loin de moi , raison trop cruelle, Qui si long-tems mé fit 9<mffinr!

Soyez encore un jour fidèle, Et demain je saurai mourir.

Eïnïïtatituir^*

Il est tninuit ; ne patrtet pft^ encore, Je vous en prie, attendez jusqu'au jour.

Restez, h^as ! restez jusqu'à l'aurore :

Un seul instant a-t-il détruit l'amour?

Un seul instant a-t-41 ëteint la flamme , Ce feu charmant prêt à me consumer?

Un seul baiser a-t41 glaeé votre^ame?

Un seul baiser empécbe-t-il d'aimer?

Ah 1 j'avais cru, dans ma folle tendresse, Que le plaisir enchaînait pour toujours ; Ahî j'avais cru que cette heure d'ivresse Me re'servait d'e'temelles amours.

L'ATTENTE

Je le vois trop; djRfis votre impatience^ Vous calculez^ cniel, tous les momens.

J'ai tout donne, jusqu'à mon innocence ; Allez, partez, laissez-moi mes tourmens.

^t ^(»ijSSon.

J'hésiterais encor? et c'est quand le perfide

Me préfère un indigne objet!

Le sort en est jeté ; que la liaineme guide :

Lui-même a dicté son arrêt.

Ce poison... il est là... la coupe, le breuvage...

Une heure... Il va bientôt venir.

Qui m'arrête? Je l'aime ! il me trompe, il m'outrage,

n me trahit : il doit mourir.

Peut-être l'échafaud... Qu'importe? la vengeance Est aujourd*hui tout mon espoir ;

Je dédaigne la mort ; dès long-tems la souffrance A perdu sur moi son pouvoir.

58 L*ATTÈNTE.

On approche ; c'est loi. . . . Sur ma boudie livide

S'il pouvait lire son destin !

Non, non, il ne craint pas une amante ^mide ;

Il croit que son courroux est vain.

Le voici... J« frémis... ï! regarde, il hésite.

Malheureuse! A-t-il entendu? ' Non; son œil est serein... Comme mon coeur palpite L

Il verse... il va boire... il a bu.

ïe

M^^ikvt.

I^m «Tt«BWI«

Si vous entret dans cet épais bocage, Quand Falouette annonce le matin , Vous entendez sous la voûte sauvage Un son bizarre et qui n'a rien d'humain.

Est-ce la voix d'im dieu que Ton ignore?

Est-ce l'oiseau messager de malheur?

Est-ce le cri du chantre de l'aurore?

Est-ce un prestige, enfant de la frayeur?

Si vous allez jusqu'à l'ombre du ^héne ^ Dont le vieux tronc semble braver le tems , I. 6

Vous y voyez, au bord de la fontaine, Une étrangère aux regards eclatans.

A ce murmure inspirant la tristesse, Succède un chant, uiï langoureux accord ; Mais redoutez sa séduisante ivrçsse^ Car dans ce lieu le sommeil est la mort.

Veillez , veillez.^ sinon plus d'espérance, Vous n'aurez plus qu'à languir ici-bas ; £t le tombeau^ ce terme à la souffrance, De vos tourmens ne vous sauvera pas.

Cette inconnue^ à votre dernière heure^ Près du cercueil, helas î viendra s'asseoir.

Et vous sui^a dans la scmibre demeure :

Son nom, alors vous pourrez le «avoir.

^t %ùi0.

Au phis profond du bois^ un chêne solitaire Couvre de ses rameaux un gazon toujours vert ; Un ruisseau qui serpente arrose la fougère ; Pourquoi; vallon charmant, es-tu toujours dësert?

Sous ce« bpsqiuslsy dit-on, qmad Tapbe les eohtei Une nymphe paraît, belle de mille attraits ; Mais dès qu'on Faperçoit, un feu qui vous deVore S'attache à votre cœur et ne s'éteint jamais.

Je n'en puis pas douter, c'est quelque enchanteresse.

Le pâtre du vallon ne t'ait plus que gëmir ;

Et ce jeune imprudent, qui la ch^chait sans cesse,

Frappe d'un mal soudain, helas! vient de mourir.

'11. I . 'oirii

SooYEifT le floir^ quand Vhorizon est sombrey Quand tout se tût^ quand tout dort^ à minuit , A mes côtes soudain je vois dans Tombre Paraître un sjlpke, un fantôme^ un esprit.

Est-ce un gfmie ? un démon ? est-ce un ange?

N'est-ce qu'un rêve ? est-ce un être rëel ?

Qui me dira si ce prestige étrange Vient de renier^ de la terre ou du ciel?

Aux longs ckeveux dont les boudes d'ëbène

Couvrent les plis du voile des tombeaux,

On croirait voir la trompeuse sjrène Que le pécl)omp ap^jr^^^ V>^^ Ws è^ux.

Fille des nuits, la hainf et la colère N'éclatent pas sur ton front radieux ; i^ais dis le - to i, paile^ ^n^ viens-Tlu fiûpe ^ Seiile^ à piinoit, seule, si Ipin des «ieux?

Ës-tu V^sprit de la jeune bergère Qui l'an passé mourut avec les fleurs?

Ës-?tu celui de la pauvre ^angère Qui dans les flots a fini ses malheiifs?

Els-tu... Mon, Bon , tu n'es pad cette iée Dont Tart puissant sait Peiner les jeux , De ^ Véi^o d'une voix etoufS^e Redit au loin les chants mystérieux.

LBMT8T&RE. 07

Peut-être encor reviens^tu sur la torse Revoir les hei^aL oà tu vecu^ jadis ; Peut-être eft*tu l'image de na mère Qu'un songe heureux vient ofirir à son fils.

Mais; dis-le-raoi : quand l'orient se dore.

Aux premiers feux^ qui donc te £ût pâlir?

Lorsque le coq vient amiqncer l'aurore, Pourquoi son chant te fait-il tressaillir?

Pourquoi voit-on ma colombe fidèle Fuir ton aspect, comme l'œil du vautour?

Mon chien gémir, et la rose nouvelle Se dessécher comme au dernier beau jour?

Pourquoi la lune était-elle sanglante,

Quand ses rayons s'arrêtèrent sur loi ?

Pourquoi ta main, livide, transparente, Se leva-t-elle entre le ciel et moi?

iVihix.

J'ai vu passer = Mera tout près du cimetière ; Minuit allait sonuer, et la vierge pleurait ; Je suis entré soudain : j'ai vu sur la poussière Un cadavre gisdnt y qu\m spectre conjurait.

Ce n'était pas Méra^ àéjk près de sa mère, Plus leste que le fision, elle était de retour ; Mais seule dans ces lieux qu'avait^^e été ^EÔre? ' Était-ce un rendezr-vous d'espérance et .d'amour ?

Ah! nul' être vivant n'aurait à pareille heure

Osé se reposer dans ce séjour d'horreur ;

Les morts mêmes, les morts, dans leur sombre demeure,

Frémissans, imploraient le saint nom du Seigneur.

Que cherchait donc M^ra^^i ji^lif ^i chérie^ Qui pouvait Tattirer ainsi près in cercueil ? Hâas ! serait-il vrai qu'un jour^ dans la prairie. On la vit s'enlcH^ror d^ft rtplis d'un fiaDeul?

Ah I pour(|i|4Ml vouflr^iMlk efifr^iyer la aatune? Pourquoi se pl^âjlVieite m l'o«iJ^re dea toi^beAux? Quelqù'esprit malfaisant avait pris sa figure Pour attrister mon (une et trpublsr inoa repos.

Si j'ai tFOttvié aon voile oublié sur la piemey C'était encore rni piège oupêi par le démon ; Mais pourquoi donc jamais n'est-elle à la prière ? Pourquoi donc ie pasteur ti»cmble^t-^il à sob nom ?

%t t^inuilht.

YiTEy éteins ée iimbèau ! sa perfide Itmifièf e Révélerait nos pas dans ces horribles lieux ; Cachonsr^tf 4f«r*é* a fàif aux ttpsrê^ de k terré, Et piÉMîaiilflMfiéiM àu^ le dérobéi^ atix demi !

Où m'as-ttt ^N&fé éoAdirif? quels sôtrt ceâ cris farièbre^, Ces larmes^ ces sanglots, ces accens de douleur? Quel est d<>tté Ce ^efpent gÊssant dans les téil^bîCés, Donif lés tepHg ghcêi ont entouré mon coëur ?

J'ai vu, j'en sni^ certain, une oiïibre menaçante ; Elle agitait un glaive et contemplait mon sein ; Elle a ffîfié to main sur ma m^itï Irébliàsaihte, Et m'a dit i m Cfeû éûî f«it>' titf^ ridtrï veiYoris' deVhàitt. »

Que m'as-tu canieïllél, dis^ cpie m'as-tu'faît faire? Quel est donc le for£ait que nous avons commis? Je n'ai pas pénétre ce terrible mystère ; De remords et d'eCGroi cependant je génis*

Tu semblés me chérir; la csmdeuri rimoceBoe Sont peintes dans tes jeux^ tes yeux si pleins d'aai«ut! Pourquoi m'as-tu montré ta fatale puissance?

Pourquoi me retiens-tu dans ce triste s^our?

Ta grâce, ta beauté ne sont-ils que prestige? N'es-tu qu'un vain fantôme, ennemi des mortels? Veux-tu m'épouvanter de sinistres prodiges?

Veux-tu me dévouer à des feux éternels?

Naguère on m'avait dit de craindre ta tendresse; ^on sonour, disait-on , est un. arrêt de mort.

Hélas ! et n'écoutant que ma fatale ivresse, A ton premier baiser je bénissais le sort.

Le rayon du matin blanchit le cimetière ; Sortons y Méra , sortons de ce i^u^este lieu : Il ne nous reste plus, après ce noir mystè», Que lliorreur des humains et le courroux de Dieu.

ICa

^enc^ntt^.

%âk mMm^^mtmMi

Oui 9 je la yo» encore; ô Dieu^ cpi'eUe était belle! Des flots d'adorateurs se pressideiit sur ses pas : Non y non, ce n'était point une simple mortelle; La terre n'a jamais possédé tant d'appas.

Je n'osais approdier; mon timide délire...

Redoutait à ses jeux de révéler mon cœur; Quand ma main fit vibrer les cordes de ma lyre ^ Ma voix ne modula que des cbants de douleur.

Quels étaient ces accens? avais-je dans mon ame Trouvé des sons divins long^tems ensevelis?

Cette ame en traits d'amour^ en mille traits de flamme Se montrait'-elle alors à ses regards surpris ?

Je ne sais^ mais bientôt retombé sur la terre, Aupi;ès de moi je vis une jeune beauté ; L'amour luttait encor con^e riionnear amstèrei ' ' Et déjà dans ses yeax. briBait U vohspié.

Amour, tu l'emportas ; quel charme 1 queUe i¥resae! Mes lèvres ont pressé la coupe du plaisir :

Mais ce bonheur si grand, é âtHÊte enchaatefesse^ Ainsi que les beaux jours doit41 s'évanotôr?

Ce boB^ur foira-t-il oomise la imir nouvelkt Qui du soleil de mai vient annoncer le cours? Ah ! ne OM quitte plus ; lorsque Toi^est ai. belle Il faut n'aimer jamais, ou bien aimer tou^urs»

^'^nifiUkmct.

Rose, ornement du bocage, Que j'admire ta fratcbeur !

Rien n'égale 9ou« FoinJMrage Ton parfum et ta coideur.

Mais rose, rose cruelle, A quoi te sert de charmer?

A quoi te sert d'être belle, Quand'ixf ne «ûs pas mmw 1

En vain sur ta noble tige Que balance le zéphyr.

Le papillon qui voltige Veut éveiller le dësir ;

En vain Tiris ëraaillee ^irilie à Tedat d'un bean jour^ Le ramier sous la feuillëe Te dit les plaisirs d'amour :

O rose, rose erueUe, Tu ne veux que nous charmer ; A quoi te sert d'être belle^ Quand tu pesais pas aimer?

Ut ^xt00tttiiV(WiU

A mes pieds, ce matin , j'ai vu tomber la rose ; J'ai rendu grâce au Ciel de mon sort opportun. Elle ^tait jeune encore, faelas! à peine ëclose, Elle n'avait plus de parfum.

Rose, d'où venais-tu ? toi rose, toi la reine, La gloire du bosquet, qui t'amène en ces lieux ? Du zéphyr caressant as-tu suivi l'haleine ?

Ou viens-tu du séjour des dieux ?

Mais quel Dieu si cruel, de la tetVe'céleste Aurait pu repousser un si charmant trësor?

Tu n'as plus ton parfum , mais ta fraîcheur te reste^ Et ton doux éclat brille encor.

Tu ne me rçponck pa^ et ton sein est huniidê. O rose, qu'a»-tu fait ? crains-tu le papillon ? Ou bien sur le coteau^ de Tabeille per6()e Aurais-tu senti l'aiguillon ?

Serais-tu , dis-le-moi , cette beauté parjure Qui voudrait m'enivrer pour bientôt me trabir? Ab ! ne me trompe pas, rose, je t'en conjure ; Pourquoi me ferais-tu mourir?

On dit que dans ton sein une épine cruelle Qui se cacbe à nos yeux est prête à dëcbirer; Que souvent tu ne veux , rose, paraître belle Qu'afin ae*nous faire pleurer.

Mais moi qui loin de toi , moi qui vivais paisible, Moi qui ne cberchais pas ton aspect encbanteur,

Me réserves-tu doncy à mes pleurs insensible, L'afBretix destin du ravisseur?

Tu n'as plus de parfum , et cependant je t'aime^ O rose, en te voyant tous mes sens sont ëmus, Mon eoeur sera pour toi, rose, toujours le même, Et demain tu n'aimeras plus!

He itùn^ùleiUux.

^ÊUNÉ ëtrançer^ cp'attends-tn sur la riv«?

Pourquoi tes yeux sont-ils baignes de pleurs? Pourquoi, pensif, à l'onde fugitive As-tu redit tes secrètes douleurs?

Repète encor le récit de tes peines, Peut-être, ami , puis-je les adoucir ; D'une infidèle as-tu porte les chaînes.

Et ne peux-tu les briser sans mourir?

Point n'est ici de larmes éternelles,

Point n'est de pleurs qu'on ne puisse elancher ;

Quand sans e&pDÎr noiuâ les croyons mortelles, L'aile du tems, ami, vient les sécher.

J'ai comme toi, dans mon triste dëlire.

Amant trahi, demande le trépas; Une autre belle a daigne me sourire, Je l'entendis, et je ne mourus pas.

Il« ZxBdxi^n.

RÉJOUIS-TOI y coquette impitoyable 1 Vois mes sang^tft, tressaille de pkdsîr ; Je cède enfin à la main qui m'accable.

Rëjouis-toi f je n'ai plus qu'à mourir.

Que t'ai-je fait? ma vie était paisible.

Ton art a£Breux a trouble mon repos ; J'étais beureux, tu m'as rendu sensible.

Je t'ai chéri, tu m'as comblé de maux.

Ce jeu barbare a-t-il donc tant de charmes ?

Peux-tu sourire au cri de la douleur ?

Quelle douceur trouves-tu dans mes larmes, Dans les tourmens qui déchirent mon cœur ?

Cette amitié que tu vantais, cruelle.

Cette amitië, ce céleste trésor^ Tu me l'offrais, toi, parjure, infidèle.

Tu me l'offrais pour me trahir encor !

Quand à t'aimer bornant mes egj^giramtn^ Ivre d'amour j'^uffais mes déiirs) Tu calculais firoidemmit mes son£Br«iices^' Et sur mes maux mesurais tes plaisirs.

Sois donc heureuse, admire ton génie, Dis, en voyant oà m'a réduit le sort :

« Il m'adora, j'ai désolé sa vie ; « Il fut constant I et j'ai causé sa mort. »

îit*3nj6J^tij6Je*

Ce malheureux qui sous l'ombrage Murmure «a trisie chanson y Naguère ^tait paisible et sage , Mais il a perdu la raison.

Du coup qui menace sa vie Depuis deux ans il est blesse ; Il aime^ plaignez sa folie.

Priez pour le pauvre insensé.

Une fée injuste, inflexible, Sur lui jeta, dit-on, un sort.

Depuis ce tems il est sensible * Infortune', que n'est-il mort!

LA RENCONTBE; 69

Par sa puissance la cruelle Dans ses nœuds le tient enlace.

Il est constant^ il est Bdèle :

Priez pour ie pauvre insensé.

Ne croyez que l'enchanteresse Ait des secrets bien étonnans :

L'esprit, la grâce, la jeunesse, Sont ses philtres, ses talismans.

Mais, hdas î perfide, légère.

Son cœur est trompeur et glacé.

Sans aimer elle a l'art de plaire :

Priez pour le pauvre insensé.

A sa douloureuse constance Trouvant un barbare plaisir.

L'ingrate éveille l'espérance,

Et son mal ne pent pas guérir.

Il s'éloigne, elle le rappelle ; Il revient, il est repousse.

Il pleure, elle s'en croit plus beUe :

Priez pour le pauvre insensé !

Xt

I^A|ii.

i^s mMn^nti

Que me demandeà-tu? je suis en ta puissasce , Ce que j'ai refusé^ tu peux me le ravir ; Mais songe à l'avenir. Quelle est notre espérance? Hélas ! à moi la mort, à toi le repentir.

Montre-toi généreux , épargne ma faiblesse.

Ne me rends pas la vie un malheur, un fardeau ; Envers toi tout mon crime, hélas ! est ma tendresse : Pour prix de tant d'amour, seras-tu mon bourreati?

Je n'ai rien , mon trésor est ma seule innocence ; Laisse-moi le seul bien que tu peux m'arracher,

Et le bonheur^ ami , sera ta récompense ;

Va, dans le crime en vain on prétend le chercher.

Quel démon t'égara lorsque, loin de ma mère, Sans ëcouter ses cris, insensible à ses pleurs. Tu m'entraînas? ce jour où ma douleur amère Ne put ni te fléchir ni calmer te» fureurs?

Ah! celui qui m'entend, qui te voit, que j'implore. Ce Dieu qui sur ton front tient le glaive vengeur ; Ce Dieu qui va frapper, si je l'appelle encore , Ce Dieu, ce Dieu puissant ne te fait-41 pa$ péur ?

Mais je l'invoque en vain ; une horrible pensée, Un funeste délire embrase ton regard ; Par ta coupable main ma main d^à press<fc , Frémit, et ton silence a dit : « Il est trop tard. •»

Ami y ce que tu yeuX; c'eâjt le sang d'une amante y Ou^ oui y le déshonneur est son arrêt de mort. Ah ! c'est aussi le tien ; ton ame repentante Ne restera pas au poison du reiQord.

Il ne me reste plus qu'une larme impuissante^ Elle n'éteindra pas ton ^meste désir.

Déjà ton bras m'enlace et ta bouche brûlante Étouffe ma prière et mon dernier soupir.

Tu ne m'écoutes phis ; eh bien ! puisque d'un jcrime Je ne puis t'inspirer le salutaire effroi ^ Viens donc, enivre-toi, cruel, de ta victime, Et que le châtiment ne tombe que sur moi I

liora.

Ah ! que tes yeux sont beaux^ que taboiicbe est cbarmante ! Le lis n'égale pas la blancbeur de ton sein ; Que je t'aime^ Lora I que ton aspect m*encbante ! Mais laisse ce poignard qne je vois dans ta main.

Suis-je donc l'ennemi , Lora , qui te raeïiaee? ^ Je suis à tes genoux , j'y suis brûlant df amour ; Vois^ j'ai mis à tes pieds mon casque^ ma cuirasse ; Je goûte près de toi le calme d'un beau jour.

Qui donc veux-tu frapper ? vainement le sourire Sur tes lèvres paraît ^ il, n'est pas dans ton cœur. Je lis dans tes regards un étrange délire^ Quelque sombre penser qui me glace d'horreur.

Qu'as^tu fait cette nuit? Hélas î je me rappelle... Dan^Tombre j'entendis un long gémissement ^ Je reconnus ta voix ; une plainte nouvelle Au retour de l'aurore étonna ton amant.

Hier on t'avait vue errante sur la rive, Sous un voile de deuil et regardant les cieux , Tu semblais, m'a-t-on dit, inquiète, pensive, Et des pleurs abondans s'échappaient de tes yeux.

Tu ne me réponds pas, et ton glaive s'agite ; Tu me montres la terre, elle est teinte de sang. Qu'as-tu fait cette nuit? réponds-moi , réponds vite ; Ah ! ce cœur que j'aimais n'esf-il plus innocent ?

Dis-moi, Lora, dis-moi, quelle est donc la victime? Seule tu vins ici , seule tu reposais ^

Dis-moi I Lora| dis-moi ^ di&-moi quel est ton crime^ £t sur c[ui ta liireur a dirige ses traits ?

Est-ce une erreiur? semblable à la vapeur légère^ Je te vois t'elever sur l'aile du zéphyr :

Fantôme precurseuri prestige funéraire^ Viendrais-tu m'annoncer un funeste avenir?

Mais ton flanc est ouvert, ah ! quelle main cruelle A deehirë ce sein , ce sein qui fat à moi ?

^ Qui m'a ravi ce cœur, ce cœur simple et fidèle ?

Qui m'a ravi Lora ?. . , Malheureuse î . . . c'est toi î . . .

yGoogk

ft'Jmymatidn.

&»stts^iii^AWS^ii-

ËRTNNis^ «ntçnds-moi ; viens aussi^ noire Hécate; y ouSy filles de rÉrèbe^ allumez vos flambeaux ; Rien ne me retient plus^ que ma ^reur éclate! Je vous invoque tous^ esprits, dieux infernaux !

Qu'on me donne ce fer ; s'il faut une victime, Que le sang d'un esclave inonde le parvis ; Pour exaucer mes vœux vous demandez un crime, Je n'hésiterai pas ; voyez, il est commis.

Déjà j'entends la voix de la noire Ëuménide, Déjà j'entends du fouet le sifflement vengeur ;

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