‹ Romances, ballades et légendesChapitre 46 sur 53 · LE SOLDAT · texte numérisé non relu

LE SOLDAT

De faim , de froid , d'inquie'tude , Le pauvre soldat se mourait.

A la voix qui vous fut si chère , Vous ne rëpondez-pas ! pourquoi?

Il a redit : « Ouvrez, ma mère, « Ouvrez, ouvrez, c'est moi. •

L'heiu'e passe , la nuit s'avance , Il est là depuis hier soir ; Hélas ! un lugubre silence Règne encore dans le manoir.

Pauvre fils î c'est au cimetière Que ta mère attend après toi ; Tu l'y joindras : « Ouvrez, ma mère, « Ouvrez , ouvrez , c'est moi . •

€0UiU,

d#&Biraik

Colette au village A reçu le jour; Colette est bien sage , Mais gare à Tamour !

Encore ignorante Dans l'art de charmer , La pauvre innocenic, Helas! sait aimer.

Soyez-lui fidèle , 11 le faut , Lucas ;

Simple pastourelle , iNe la trompez pas.

D'être peu savante , Pourquoi la blâmer?

Est-on ignorante Quand on sait aimer?

Mais en vain je prie Ce perfide amant.

Le volage oublie Promesse ^ serment ; Sa douceur touchante N'a pu l'enflammer ; La pauvre innocente Ne savait qu'aiiper.

Qi^i^ct ©ouiÊî?

Vous m'avez dit , bergère :

« Sitôt qu'il fera nuit , « Venez sur la fougère . »

Déjà la lune luit; J'entends sous cet ombrage Un murmute si doux î Bergère du bocage , Est-ce vous ?

Quand la feuille s'agite Au souffle du zepbjr ,

Soudain mon cœur palpite D'espoir et de plaisir.

Je croÎE^ sous le femllag^, Entendre un son plus doux.

Bergère du bo^ge , Esfr-ce vous?

Le linot qui soupire , Le ramier qui gémit, Tout semble ici redire Ce que vous m*avez dit.

Toujours sous le branchage , Je vois ces yeux si doux î Bergère du bocage , Est-ce vous?

^t 9ouit.

Ah ! ne me purlez pas d'amour j Laissezr-moi mon indifiSérence :

Vous ne sarez aimer qu'un jour.

Et vous redoutez la constance.

Si je me laissais enflammer ; Demain vous seriez infidèle .:

Non f non y je ne veux pas aimer , Car je ne suis pas la plus belle.

Vous dites que j'ai de beaux jeux :

Ceux d'Emma sont plus beaux encore j

Vous louez mon teint, mes cheveux, C'est que vous n'avez pas vu Laure.

J'ai. mille grâces, mille appas; Ah ! si vous connaissiez Estelle !

Non , non , je ne vous aime pas , Car je ne suis pas la plus belle.

Pourquoi soupirer et gémir?

Je suis si peu digne dé plaire ; Un jour si je puis embellir.

Je vous aimerai , je l'espère :

* Mais aujourd'hui , pour vous charmer Je n'ai qu'un cœur simple et fidèle; Non, non, je ne veux pas aimer.

Car je ne suis pas la plus belle.

Htt ^minU.

Je ne sais pas si j'aime, Mais, helas! j'en ai peur.

Je ne suis plus la même ; Une secrète ardeur Et me brûle et me glace , M'enivre tour à tour.

Ah! dites-moi, de grâce, Est-ce là de l'amour?

Quand Lucas au bocage Se met à mes genoux ,

à46 COLETTE.

Je n'ai pas le courage De dire : « Levezr-vous î »

Le vois-je qui me guette?

Loin de faire un détour , A l'instant je m'arrête :

Estr-ce là de l'amour?

Aussitôt qu'il soupire.

Il me ùÂt soupirer ; S'il s'en va^ quel mart^ire!

Je suis prête à pleurer.

Tout m'afBige , me lasse , Et j'attends son retour :

Ah! dites-moi) de grâce, Est-ce là de l'amour?

^(mt^u<>t?

Pourquoi dans ce lieu solitaire , Pourquoi donc mé conduisezcvou»?

Pourquoi m'eloigner de ma luère^ Ne craignezr-vous pas son courroux?

Lucas y que vous faut-il encore Quand je vous ai donné ma foi?

Vous le savez ^ je vous adore.

Laissex-nH^i.

Pourquoi m'appelez-vous cnielle?

Pourquoi ce regard soucieux?

Pourquoi ^ lorsque je suis fidèle ^ De» pleurs roulent-ils dans vos jeux?

Auprès de vous je suis contente ^ Tout me sourit quand je vous voi , Et vous, votre main est brûlante.

Laissezr-mVl.

Ce bouquet cause votre peine , Et ce bouquet peut Tapaiser ; Puisque je veux bien qu'on le prenne , Pourquoi donc encor m'accuser?

Mais quoi ! je ne puis plus sourire p Mon cœur bat : dites-moi pourquoi.

Grand Dieu ! comme vous je soupire.

Laissezr-moi.

H^ JbtUna»

Il croit que j'aime sa dpuleur, Il croit que je suis insensible ; Ah ! que ne lit-il dans mon cœur !

Il verrait bien s'il est paisible.

Quand il paraît^ quel embarras!

Quel trouble î à peine je respire j Lucas y je ne vous le dis pas , Mais je voudrais bien vous le dire.

Lorsque vos regards sont si doux, Quand vous parlez d'un air si tendre ,

Je fais semblant d'être en courroux Ou bien de ne pas vous entendre ; Et mon cœur partage tout bas

Votre espoir et votre délire ; Lucas y je ne vous le dis pas , Mais je voudrais bien vous le dire.

Quand vous demandez un baiÀer, Vous crojez que je vous reftise ; Dire non, esirrce refiiser?

Non, non , ma bouche vous abuse ; Abî prenez-le, prenez, Lucas, Autant que vous je le désire.

Lucas , je ne vous le dis pas , Mais je voudrais bien vous le dire .

Htt é^amtiit.

Jeune fauvette , Qui vous cachez Ici seuWtte , Vite approchez ; - Dites, follette, N'ave^vous pas Dans la prairie Trouve Lucas?

Je suis su mie , II a ma foi.

Est-il fidèle? - Dites , ma belle , Dites-le-moi .

Sous le feuillage f Gîentit oiseau, Il vient, je gage, Voir Isabeau ; Et la coquette, Quand il uni noir , Seule en cachette Lui dit : Bonsoir !

Dites , fauvette , Est-ce un trompeur?

Je suis discrète :

Dites , folette , Dites, mon cœur.

Mais la méchante Rit de mes cris.

Ciel! elle chante

Quand je gémis !

Allez, traîtresse, (^œiH- de rocher Que ma tristesse Ne peut toucher î Dans le bocage Est un vengeur , Et sous Tombrage Je vois la cage Et l'oiseleur.

Slh! c*t0i tto|) UxU

Ah Î ma mère , il est inconstant 1 Oiii , c'est certain > il aime Estelle ; Me tromper, moi qui Taime tant! Moi , sa bergère j uh î Tinfidèle !

Et dire encore que j'ai tort. . .

Ah ! c'est trop fort !

L'autre dimamîlie sous l'ormeau , Il dansait toujours avec elle ; Hier, en gardant son troupeau, Il lui jurait qu'elle e'tait belle.

Et dire encore que j'ai tort. . .

Ah ! c'est trop fort î

Ce ruban si frais et si beau Qu'il devait me donner^ ma mère, Il est maintenant au chapeau De l'amante qu'il me pre'fère.

Et dire encore que j'ai tort, . .

Ahî c'est trop fort!

^t^ l^tipv(^cht0.

Non I non , Lucas , je ne suis pas contente , Vous êtes perfide , menteur ;

Lucas y Lucas, on dit qu'une autre amante Déjà m'a ravi votre cœur.

Après trois mois vous devenez volage y Après trois mois d'autres amours.

Suis-je moins belle ou ne suis-je pltis sage? Lucas , je vous aime toujours.

Vous me juriez une flamme e'ternelle ;

Toujours vous deviez me chenr.

Et sans pitié pour ma peine cruelle ,

Ingrat, vous me £aites mourir.

NoD y non , Lucas , je ne suis pas contente y

Je vous ai vu dans le bosquet ; J'ai reconnu cette véix si touchante ,

Et vous causiez avec Babet.

Vous lui disiez ce que naguère encore

Votre bouche aussi me disait ; Vous lui disiez : « Babet, je vous adore ! »

Et Timprudente le croyait.

Vous lui disiez : « C'est à la plus charmante

Qu'aujourd'hui je donne ma foi*. • Non, non, Lucas, je ne suis pas contente;

Vous aime-t-elle mieux que moi?

Vous me Taviez bien dit, ma mère^ Que Lucas était un trompeur , Que je cesserais de lui plaire Et que j'en mourrais de douleur.

Oui , le perfide î il aime Glaire , 11 a trahi tous ses sermeiis ^ Vous me l'aviez bien dit, ma mère :

Ali ! que les hommes sont mechaus !

Hier, en rentrant au \illage, Il e'ttiit nuit, il taisait noir,

Sous les ormeaux , près du bocage , Quelqu'un doucement dit : « Bonsoir ! o On lui repond avec mystère ; J'approche et je vois deux amans :

C'était Lucas et c'e'twt Claire î Ah î que les hommes sont mechans î

A ce tourment, à ce martyre, Jamais mon cmnr n'eût résiste , Si je n'avais voulu vous dire Jusqu'où va la méchanceté'.

Il prit la maÎQ de la bergère • Que ses regards étaient touchans l Enfin il l'embrassa , ma mère : Ah î que les hommes sont mechans î

Se U cxùiiai0.

Il me disait : « Douce mie , Je vous aimerai totj^ours ^ Et ce n'est qu'avec la vie Que finiront mes amours.

Qui ne Taurait cru sincère ^ Ses vœux étaient si discrets?

Il me le disait , ma mère ; Je le CTO jais. ^

« Ou trouverai-je une amie Aussi fidèle que vous?

Quelle amante plus jolie Pourrait fixer un e'poux?

Que le ciel en sa colère Frappe si je vous trompais! • Il me le disait , ma mère, Je le croyais.

« Si mes soins, si ma constance Ne peuvent vous attendrir, Si vous m'ôtez l'espérance, C en est fait, je vais mourir ; Et craignez, craignez, ma chère, D'avoir un jour des regrets. • Il me le disait, ma mère, Je le croyais.

Hji punitUn«

JUk 99mntuM^

Je me disais : où donc est cette belle Qui pour jamais enchaînera mon cœur?

Quand viendra cet objet vainqueur?

Cette merveille où donc est-elle?

Téméraire , je le disais , Et je bravais PAmour et sa puissance. Amour y tu souriais ^

Et tu préparais la vengeance.

Elle parut cette divinité :

Je voulus fiiir ; qu'elle était belle !

Je voulus foir, et mon cœur arrêté,

Mon feible cœur resta près d'elle.

Elle triomphe ; en esclave je sers ,

Mais je ne maudis pas mu chaîne ■

Règne à jamais, ô douce souveraine ! • Règne à jamais , charmante reine !

Heureux vaincu, je chanterai mes fers..

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Ut l9tom«

INoN, non, non, je ne veux pas dire Quelle est c^e qui «l'a charme' ; Gardez-vous, gardezr'voiis, ma lyre.

De chanter son nom tant aimé !

Quel que soit le feu qui m'inspire , Dans mon sein qu'il soit renfermé.

Non , non , non , je ne veux pa» dite Quelle e»t celle qui m'a cbarHié.

'Jamais je ne parlerai d'elle ; Un mot pourrait trop exprimei*.

Si je disais : C'est la |)lus belle !

On me dirait : C'est la nommer.

C'est en secret que je soupire y En secret je puis être aime :

Non I non , non , je ne veux pas dire Quelle est celle qui m'a charmé.

A l'instant on dirait : C'est elle , Si j'allais dépeindre ses yeux y Ce doux regard qui me rappeUe Les jours passés , les jours heureux.

Si l'espoir est né d'un sourire ^ Quel cœur n'en serait enflammé?

Non , non , non , je ne veux pas dire Quelle est celle qui m'a charmé.

De sa démarche et de sa daase y Je ne dirai pas même un mot ;

LA PUNITION. a69

A tant de grâce et d'éle'gauce , On la reconnaîtrait bientôt.

Loûrai-je la main que j'admire , Ce pied que l'Amour a forme' ?

Non , non y non , je ne veux pas dire Quelle est celle qui m'a charmé.

Irai-je de sa voix touchante Vanter la fraîcheur et l'éclat?

Dès qu'elle parle ou qu'elle chante , Dirai-je que le cœur me bat?

Ghanterai-je dans mon délire Ce qui ne peut être exprimé?

Non, non, non, je ne veux pas dire Quelle est celle qui m'a charmé.

lia Jlata^^*

Au tond de l'onde pure, Annetle, voyez-vous L'ombre d'une figure Dont leji yeux sont si doux?

C'est , dit-on , la Naïade Des eaux de ces bosquets ; Au fond de la cascade , Annette, est son palais.

Voyez sa chevelure

Qui joue au gre de l'eau ;

Ecoutez ce murmure Que répète l'écho .

Sa bouche si jolie Semble , trésor d'amour , La rose épanouie Aux rayons d'un beau jour.

Sous Tonde qui s'agite , Je vois son sein frémir ; On croirait qu'il palpite Au penser du plaisir.

Sa taille si charmante Paraît se balancer ; La main impatiente Est prête à l'enlacer.

£n vain la douce haleine De ramoiireux zephjr Pénètre la fontaine Et souffle le dësir.

Divinité cruelle , Insensible à mes cris.

Vainement je l'appelle, Vainement je gémis.

Ma tristesse furofonde Ne peut pas la toucher ; Volage ainsi que Tonde, Son cœur est de rocher.

Si vous étiez comme elle , Helas ! si votre cœur,

yGoogk

De quelqu'amant fidèle Repeussait la douleur,

Craignez qu'en sa colère , Ah ! craignez que l'Amour, Se plaignant à sa mère , Ne vous punisse un jour.

Mais de ma voix plaintive Les vœux sont superflus , Vous fiiyez de la rive, Et la nymphe n'est plus.

S?(»Uj$ ^t ^ùi.

A vous autant que le jour dure , C'est vous qui régnez sur mon coeur ; C'est à vous seule à qui je jure Fidélité , constance , 'ardeur ; Mais la nuit Tient , hélas ! j'euhlie Mes sermeusi mes voeux et ma foi.

Ce n'est plus vous , charmante amie , Ce n'est plus vous, non, non, c'est toi.

C'est vous qu'avec ce're'monie

Je vais saluer au salon ,

Vous qui daignez, vous que je prie,

Vous, la dame de la maison.

Mais celle à Theure du mystère , Celle qui me dît : Aime-moi !

Ce n'est pas vous , beauté sévère , Ce n'est pas vous , oh ! non y c'est toi !

C'est vous quand je parle tendresse Qui parlez devoir et raison ; C'est vous dont la froide sagesse Quand je dis oui, dit toujours non.

C'est toi qu'un aimable délire Vient embellir, vient animer, C'est encor toi qui sais sourire , Ce n'est que toi qui sais aimer.

C'est vous, reine orgueilleuse et fière.

C'est vous que je respecte tant ;

C'est toi , simple et douce bergère , Toi que- j'aime si tendrement.

C'est vous y inhumaine , inflexible y .

Vous toujours sourde à mes douleurs.

C'est toi y bonne , aimable , sensible ^ Toi qui viens essuyer mes pleurs.

Ptiii Mme,

i^mirsv a&4i^its«

Un petit blanc que j'aime En ces Jieux est venu.

Oui, oui, c'était lui-même, C'était lui, je l's^i vu: .

A la pieuvre nëgr^^se 11 porte Iç bonbev^r.

Elle voudrait sana cesse Le presser sur son cœur.

Petit blanc, mon bon frère, Ah ! petit blanc si doux î Il n'est- rien sur la terre D aussi joJi que vous.

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