LE SOLDAT
De faim , de froid , d'inquie'tude , Le pauvre soldat se mourait.
A la voix qui vous fut si chère , Vous ne rëpondez-pas ! pourquoi?
Il a redit : « Ouvrez, ma mère, « Ouvrez, ouvrez, c'est moi. •
L'heiu'e passe , la nuit s'avance , Il est là depuis hier soir ; Hélas ! un lugubre silence Règne encore dans le manoir.
Pauvre fils î c'est au cimetière Que ta mère attend après toi ; Tu l'y joindras : « Ouvrez, ma mère, « Ouvrez , ouvrez , c'est moi . •
€0UiU,
d#&Biraik
Colette au village A reçu le jour; Colette est bien sage , Mais gare à Tamour !
Encore ignorante Dans l'art de charmer , La pauvre innocenic, Helas! sait aimer.
Soyez-lui fidèle , 11 le faut , Lucas ;
Simple pastourelle , iNe la trompez pas.
D'être peu savante , Pourquoi la blâmer?
Est-on ignorante Quand on sait aimer?
Mais en vain je prie Ce perfide amant.
Le volage oublie Promesse ^ serment ; Sa douceur touchante N'a pu l'enflammer ; La pauvre innocente Ne savait qu'aiiper.
Qi^i^ct ©ouiÊî?
Vous m'avez dit , bergère :
« Sitôt qu'il fera nuit , « Venez sur la fougère . »
Déjà la lune luit; J'entends sous cet ombrage Un murmute si doux î Bergère du bocage , Est-ce vous ?
Quand la feuille s'agite Au souffle du zepbjr ,
Soudain mon cœur palpite D'espoir et de plaisir.
Je croÎE^ sous le femllag^, Entendre un son plus doux.
Bergère du bo^ge , Esfr-ce vous?
Le linot qui soupire , Le ramier qui gémit, Tout semble ici redire Ce que vous m*avez dit.
Toujours sous le branchage , Je vois ces yeux si doux î Bergère du bocage , Est-ce vous?
^t 9ouit.
Ah ! ne me purlez pas d'amour j Laissezr-moi mon indifiSérence :
Vous ne sarez aimer qu'un jour.
Et vous redoutez la constance.
Si je me laissais enflammer ; Demain vous seriez infidèle .:
Non f non y je ne veux pas aimer , Car je ne suis pas la plus belle.
Vous dites que j'ai de beaux jeux :
Ceux d'Emma sont plus beaux encore j
Vous louez mon teint, mes cheveux, C'est que vous n'avez pas vu Laure.
J'ai. mille grâces, mille appas; Ah ! si vous connaissiez Estelle !
Non , non , je ne vous aime pas , Car je ne suis pas la plus belle.
Pourquoi soupirer et gémir?
Je suis si peu digne dé plaire ; Un jour si je puis embellir.
Je vous aimerai , je l'espère :
* Mais aujourd'hui , pour vous charmer Je n'ai qu'un cœur simple et fidèle; Non, non, je ne veux pas aimer.
Car je ne suis pas la plus belle.
Htt ^minU.
Je ne sais pas si j'aime, Mais, helas! j'en ai peur.
Je ne suis plus la même ; Une secrète ardeur Et me brûle et me glace , M'enivre tour à tour.
Ah! dites-moi, de grâce, Est-ce là de l'amour?
Quand Lucas au bocage Se met à mes genoux ,
à46 COLETTE.
Je n'ai pas le courage De dire : « Levezr-vous î »
Le vois-je qui me guette?
Loin de faire un détour , A l'instant je m'arrête :
Estr-ce là de l'amour?
Aussitôt qu'il soupire.
Il me ùÂt soupirer ; S'il s'en va^ quel mart^ire!
Je suis prête à pleurer.
Tout m'afBige , me lasse , Et j'attends son retour :
Ah! dites-moi) de grâce, Est-ce là de l'amour?
^(mt^u<>t?
Pourquoi dans ce lieu solitaire , Pourquoi donc mé conduisezcvou»?
Pourquoi m'eloigner de ma luère^ Ne craignezr-vous pas son courroux?
Lucas y que vous faut-il encore Quand je vous ai donné ma foi?
Vous le savez ^ je vous adore.
Laissex-nH^i.
Pourquoi m'appelez-vous cnielle?
Pourquoi ce regard soucieux?
Pourquoi ^ lorsque je suis fidèle ^ De» pleurs roulent-ils dans vos jeux?
Auprès de vous je suis contente ^ Tout me sourit quand je vous voi , Et vous, votre main est brûlante.
Laissezr-mVl.
Ce bouquet cause votre peine , Et ce bouquet peut Tapaiser ; Puisque je veux bien qu'on le prenne , Pourquoi donc encor m'accuser?
Mais quoi ! je ne puis plus sourire p Mon cœur bat : dites-moi pourquoi.
Grand Dieu ! comme vous je soupire.
Laissezr-moi.
H^ JbtUna»
Il croit que j'aime sa dpuleur, Il croit que je suis insensible ; Ah ! que ne lit-il dans mon cœur !
Il verrait bien s'il est paisible.
Quand il paraît^ quel embarras!
Quel trouble î à peine je respire j Lucas y je ne vous le dis pas , Mais je voudrais bien vous le dire.
Lorsque vos regards sont si doux, Quand vous parlez d'un air si tendre ,
Je fais semblant d'être en courroux Ou bien de ne pas vous entendre ; Et mon cœur partage tout bas
Votre espoir et votre délire ; Lucas y je ne vous le dis pas , Mais je voudrais bien vous le dire.
Quand vous demandez un baiÀer, Vous crojez que je vous reftise ; Dire non, esirrce refiiser?
Non, non , ma bouche vous abuse ; Abî prenez-le, prenez, Lucas, Autant que vous je le désire.
Lucas , je ne vous le dis pas , Mais je voudrais bien vous le dire .
Htt é^amtiit.
Jeune fauvette , Qui vous cachez Ici seuWtte , Vite approchez ; - Dites, follette, N'ave^vous pas Dans la prairie Trouve Lucas?
Je suis su mie , II a ma foi.
Est-il fidèle? - Dites , ma belle , Dites-le-moi .
Sous le feuillage f Gîentit oiseau, Il vient, je gage, Voir Isabeau ; Et la coquette, Quand il uni noir , Seule en cachette Lui dit : Bonsoir !
Dites , fauvette , Est-ce un trompeur?
Je suis discrète :
Dites , folette , Dites, mon cœur.
Mais la méchante Rit de mes cris.
Ciel! elle chante
Quand je gémis !
Allez, traîtresse, (^œiH- de rocher Que ma tristesse Ne peut toucher î Dans le bocage Est un vengeur , Et sous Tombrage Je vois la cage Et l'oiseleur.
Slh! c*t0i tto|) UxU
Ah Î ma mère , il est inconstant 1 Oiii , c'est certain > il aime Estelle ; Me tromper, moi qui Taime tant! Moi , sa bergère j uh î Tinfidèle !
Et dire encore que j'ai tort. . .
Ah ! c'est trop fort !
L'autre dimamîlie sous l'ormeau , Il dansait toujours avec elle ; Hier, en gardant son troupeau, Il lui jurait qu'elle e'tait belle.
Et dire encore que j'ai tort. . .
Ah ! c'est trop fort î
Ce ruban si frais et si beau Qu'il devait me donner^ ma mère, Il est maintenant au chapeau De l'amante qu'il me pre'fère.
Et dire encore que j'ai tort, . .
Ahî c'est trop fort!
^t^ l^tipv(^cht0.
Non I non , Lucas , je ne suis pas contente , Vous êtes perfide , menteur ;
Lucas y Lucas, on dit qu'une autre amante Déjà m'a ravi votre cœur.
Après trois mois vous devenez volage y Après trois mois d'autres amours.
Suis-je moins belle ou ne suis-je pltis sage? Lucas , je vous aime toujours.
Vous me juriez une flamme e'ternelle ;
Toujours vous deviez me chenr.
Et sans pitié pour ma peine cruelle ,
Ingrat, vous me £aites mourir.
NoD y non , Lucas , je ne suis pas contente y
Je vous ai vu dans le bosquet ; J'ai reconnu cette véix si touchante ,
Et vous causiez avec Babet.
Vous lui disiez ce que naguère encore
Votre bouche aussi me disait ; Vous lui disiez : « Babet, je vous adore ! »
Et Timprudente le croyait.
Vous lui disiez : « C'est à la plus charmante
Qu'aujourd'hui je donne ma foi*. • Non, non, Lucas, je ne suis pas contente;
Vous aime-t-elle mieux que moi?
Vous me Taviez bien dit, ma mère^ Que Lucas était un trompeur , Que je cesserais de lui plaire Et que j'en mourrais de douleur.
Oui , le perfide î il aime Glaire , 11 a trahi tous ses sermeiis ^ Vous me l'aviez bien dit, ma mère :
Ali ! que les hommes sont mechaus !
Hier, en rentrant au \illage, Il e'ttiit nuit, il taisait noir,
Sous les ormeaux , près du bocage , Quelqu'un doucement dit : « Bonsoir ! o On lui repond avec mystère ; J'approche et je vois deux amans :
C'était Lucas et c'e'twt Claire î Ah î que les hommes sont mechans î
A ce tourment, à ce martyre, Jamais mon cmnr n'eût résiste , Si je n'avais voulu vous dire Jusqu'où va la méchanceté'.
Il prit la maÎQ de la bergère • Que ses regards étaient touchans l Enfin il l'embrassa , ma mère : Ah î que les hommes sont mechans î
Se U cxùiiai0.
Il me disait : « Douce mie , Je vous aimerai totj^ours ^ Et ce n'est qu'avec la vie Que finiront mes amours.
Qui ne Taurait cru sincère ^ Ses vœux étaient si discrets?
Il me le disait , ma mère ; Je le CTO jais. ^
« Ou trouverai-je une amie Aussi fidèle que vous?
Quelle amante plus jolie Pourrait fixer un e'poux?
Que le ciel en sa colère Frappe si je vous trompais! • Il me le disait , ma mère, Je le croyais.
« Si mes soins, si ma constance Ne peuvent vous attendrir, Si vous m'ôtez l'espérance, C en est fait, je vais mourir ; Et craignez, craignez, ma chère, D'avoir un jour des regrets. • Il me le disait, ma mère, Je le croyais.
Hji punitUn«
JUk 99mntuM^
Je me disais : où donc est cette belle Qui pour jamais enchaînera mon cœur?
Quand viendra cet objet vainqueur?
Cette merveille où donc est-elle?
Téméraire , je le disais , Et je bravais PAmour et sa puissance. Amour y tu souriais ^
Et tu préparais la vengeance.
Elle parut cette divinité :
Je voulus fiiir ; qu'elle était belle !
Je voulus foir, et mon cœur arrêté,
Mon feible cœur resta près d'elle.
Elle triomphe ; en esclave je sers ,
Mais je ne maudis pas mu chaîne ■
Règne à jamais, ô douce souveraine ! • Règne à jamais , charmante reine !
Heureux vaincu, je chanterai mes fers..
nv
Ut l9tom«
INoN, non, non, je ne veux pas dire Quelle est c^e qui «l'a charme' ; Gardez-vous, gardezr'voiis, ma lyre.
De chanter son nom tant aimé !
Quel que soit le feu qui m'inspire , Dans mon sein qu'il soit renfermé.
Non , non , non , je ne veux pa» dite Quelle e»t celle qui m'a cbarHié.
'Jamais je ne parlerai d'elle ; Un mot pourrait trop exprimei*.
Si je disais : C'est la |)lus belle !
On me dirait : C'est la nommer.
C'est en secret que je soupire y En secret je puis être aime :
Non I non , non , je ne veux pas dire Quelle est celle qui m'a charmé.
A l'instant on dirait : C'est elle , Si j'allais dépeindre ses yeux y Ce doux regard qui me rappeUe Les jours passés , les jours heureux.
Si l'espoir est né d'un sourire ^ Quel cœur n'en serait enflammé?
Non , non , non , je ne veux pas dire Quelle est celle qui m'a charmé.
De sa démarche et de sa daase y Je ne dirai pas même un mot ;
LA PUNITION. a69
A tant de grâce et d'éle'gauce , On la reconnaîtrait bientôt.
Loûrai-je la main que j'admire , Ce pied que l'Amour a forme' ?
Non , non y non , je ne veux pas dire Quelle est celle qui m'a charmé.
Irai-je de sa voix touchante Vanter la fraîcheur et l'éclat?
Dès qu'elle parle ou qu'elle chante , Dirai-je que le cœur me bat?
Ghanterai-je dans mon délire Ce qui ne peut être exprimé?
Non, non, non, je ne veux pas dire Quelle est celle qui m'a charmé.
lia Jlata^^*
Au tond de l'onde pure, Annetle, voyez-vous L'ombre d'une figure Dont leji yeux sont si doux?
C'est , dit-on , la Naïade Des eaux de ces bosquets ; Au fond de la cascade , Annette, est son palais.
Voyez sa chevelure
Qui joue au gre de l'eau ;
Ecoutez ce murmure Que répète l'écho .
Sa bouche si jolie Semble , trésor d'amour , La rose épanouie Aux rayons d'un beau jour.
Sous Tonde qui s'agite , Je vois son sein frémir ; On croirait qu'il palpite Au penser du plaisir.
Sa taille si charmante Paraît se balancer ; La main impatiente Est prête à l'enlacer.
£n vain la douce haleine De ramoiireux zephjr Pénètre la fontaine Et souffle le dësir.
Divinité cruelle , Insensible à mes cris.
Vainement je l'appelle, Vainement je gémis.
Ma tristesse furofonde Ne peut pas la toucher ; Volage ainsi que Tonde, Son cœur est de rocher.
Si vous étiez comme elle , Helas ! si votre cœur,
yGoogk
De quelqu'amant fidèle Repeussait la douleur,
Craignez qu'en sa colère , Ah ! craignez que l'Amour, Se plaignant à sa mère , Ne vous punisse un jour.
Mais de ma voix plaintive Les vœux sont superflus , Vous fiiyez de la rive, Et la nymphe n'est plus.
S?(»Uj$ ^t ^ùi.
A vous autant que le jour dure , C'est vous qui régnez sur mon coeur ; C'est à vous seule à qui je jure Fidélité , constance , 'ardeur ; Mais la nuit Tient , hélas ! j'euhlie Mes sermeusi mes voeux et ma foi.
Ce n'est plus vous , charmante amie , Ce n'est plus vous, non, non, c'est toi.
C'est vous qu'avec ce're'monie
Je vais saluer au salon ,
Vous qui daignez, vous que je prie,
Vous, la dame de la maison.
Mais celle à Theure du mystère , Celle qui me dît : Aime-moi !
Ce n'est pas vous , beauté sévère , Ce n'est pas vous , oh ! non y c'est toi !
C'est vous quand je parle tendresse Qui parlez devoir et raison ; C'est vous dont la froide sagesse Quand je dis oui, dit toujours non.
C'est toi qu'un aimable délire Vient embellir, vient animer, C'est encor toi qui sais sourire , Ce n'est que toi qui sais aimer.
C'est vous, reine orgueilleuse et fière.
C'est vous que je respecte tant ;
C'est toi , simple et douce bergère , Toi que- j'aime si tendrement.
C'est vous y inhumaine , inflexible y .
Vous toujours sourde à mes douleurs.
C'est toi y bonne , aimable , sensible ^ Toi qui viens essuyer mes pleurs.
Ptiii Mme,
i^mirsv a&4i^its«
Un petit blanc que j'aime En ces Jieux est venu.
Oui, oui, c'était lui-même, C'était lui, je l's^i vu: .
A la pieuvre nëgr^^se 11 porte Iç bonbev^r.
Elle voudrait sana cesse Le presser sur son cœur.
Petit blanc, mon bon frère, Ah ! petit blanc si doux î Il n'est- rien sur la terre D aussi joJi que vous.