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après tout, Huysmans fait œuvre d’historien; il em-
prunte les circonstances de cette vie extraordinaire à
trois auteurs contemporains de la sainte, et il est en droit.
de dire « qu’il n’est pas de livres historiques qui se présentent, ainsi que les leurs, dans des conditions de bonne foi et de certitude plus sûres ».
Attachant comme un roman, ce livre nous représente une sainte affligée des maux les plus affreux et en demandant toujours davantage, heureuse de ressembler à son divin Epoux et d’être un holocauste de satisfaction pour les péchés des hommes, gratifiée en même temps par Dieu de visions et de miracles. Et cependant, telle que Huysmans nous la montre, c’est une femme qui connaît la défaillance et qui, d’une nature semblable à la nôtre, n’est pas arrivée d’un bond à la perfection :
Elle ne ressembla point à ces déicoles qui possédèrent, soi-disant d'emblée, toutes les vertus sans même s'être infligé la peine de les acquérir ; ses biographes, si vagues sur certains points, ne nous ont pourtant pas leurrés, ainsi que tant de leurs confrères dont les histoires nous présentent des femmes qui n’en sont pas, des héroïnes impeccables mais fausses, des êtres qui n’ont rien de vivant, rien d’humain, en un mot.
Elle s’ébroua devant la douleur, et voulut fuir; quand elle se vit, captive sur un lit, elle pleura toutes ses larmes et fut bien près de tomber dans le désespoir. Comment aurait-il pu en être autrement, d’ailleurs ? Elle n’était pas préparée à gravir en d'aussi terrifiantes étapes la pente du Calvaire (1).
Plus tard, elle accepta pleinement la mission de réparation que Dieu voulait lui imposer :
Après qu’elle fut entrée dans cette voie de la substitution mystique et qu’elle se fut, de son plein gré, offerte pour être la brebis émissaire des péchés du monde, Jésus jeta son emprise sur elle et elle vécut cette existence extraordinaire où les douleurs servent de tremplin aux joies ; plus elle souffrit et plus elle fut satisfaite et plus
(1) Sainte Lydwine de Schiedam, p. 91 (Stock).
elle voulut souffrir ; elle savait qu’elle n’était plus seule maintenant, que ses tortures avaient un but, qu’elles aidaient au bien de
l’Église et qu’elles palliaient les exactions des vivants et des morts (1).
Vers la fin de son livre, Huysmans dresse une liste des multiples saintes qui, comme Lydwine, « acquittèrent par des souffrances la rançon des péchés de leur temps et se substituèrent, en étant innocentes, aux coupables (2) », et il adresse spécialement son livre aux
pauvres êtres incurables, étendus à jamais sur une
couche, leur apprenant ainsi à sanctifier leurs douleurs. Il a écrit sur le mystère de la souffrance de belles pages,
dont sa propre résignation dans sa torturante maladie
finale a été le vivant commentaire : « On verra, disait-il,
que je ne me suis pas borné à faire de la littérature; j'ai
dû vivre mon œuvre (3) ». Quelle belle réponse à ceux qui, en ce moment encore, continuaient à douter de la conversion de l’auteur!
Interrompue par la publication de Sainte Lydwine, l’histoire de Durtal est continuée dans 1’Oblat (1903), qui fait suite à La Cathédrale. Pendant deux ans, Durtal est oblat de l’Abbaye bénédictine du Val-des-Saints, près
de Dijon (lisez: Ligugé). Etabli près du monastère, il
fréquente les offices, fait des visites aux églises et aux musées de Dijon et, comme dans La Cathédrale, il profite de toutes les circonstances pour continuer ses études
sur la mystique, l’histoire et l’art religieux. Ainsi, à pro-
pos d’une chapelle de Carmélites, il se prend à rêver des reclus et des recluses, et nous exhume en douze pages
. les vicissitudes de ces anachorètes à travers les âges.
(1) Sainte Lydwine de Schiedam, p. 112.
(2) Id., p. 294.
(3) Conférence de Dom Besse, Durendal, 1907, p. 382.
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tres.
Mais ce défaut est surabondamment racheté par les
dans ces pages. Hyusmans, avec sa sincérité habituelle, ne cache pas les pétites faiblesses d’un grand Ordre. Pourquoi s’en effaroucher? La réalité est trop belle à pour en effacer les ombres (1).
La dévotion filiale que Huysmans avait toujours eue, depuis sa conversion, pour la Sainte Vierge, comme tous ses livres à partir d’En Route en témoignent, le. poussa à consacrer un ouvrage à la glorification de Notre-Dame de Lourdes. Il allait apporter dans ce tra- vail, avec l’ardeur de sa foi, la sincérité un peu bouscu- Jante de ses habitudes de réaliste. Les Foules de < Lourdes (1906) nous donnent la physionomie complète du célèbre pèlerinage. Huysmans était, mieux que tout autre, préparé à cela. Disciple littéraire de Zola, il pein- __ dra en couleurs crues les horreurs des hôpitaux, les misères physiques et les médiocrités inévitables dans ces grandes foules; converti, convaincu de sa foi, capable de frisson au contact du divin, il aura des élans de piété touchante et virile à la fois (2).
Le Style. — Rien de plus personnel que le style de Huysmans. Ses phrases portent sa marque de fabrique ; malheureusement, elle n’est pas toujours de bon aloi,
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