‹ RomanciersChapitre 29 sur 69 · e: “hote job d 1 tite à cé du Rte · texte numérisé non relu

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(1) Nous avons’ He plus longuement l’Oblat dans Religion et Littérature, p. 119.

. (2) Voir Religion et Littérature, p. 145.

nom de France, naquit à Paris en 1844. Dans la petite

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et ce sont les défauts qui sont ici le plus visibles.

etc.

ra

Huysmans a poussé l’abus de l'imagination et du colo ; au-delà des limites du romantisme. Visant à l'effet, il manque totalement de mesure; pas de proportion entre l'idée et son expression sensible : il va tout droit au mo le plus fort, le plus insolite (1). Il dépasse, en ce sens, les exagérations de Victor Hugo. Son style est atteint d paroxysme chronique : la belle modération classique qu emploie, avec une finesse toute française, le terme pré cis, le seul qui corresponde à l’idée, est remplacée Res une ahurissante frénésie d'expression.

Ajoutez-y une phrase souvent disloquée, tarabiscoté à plaisir, afin de sortir n'importe comment du langage usuel; voyez aussi l’affectation du latin francisé : frucidé, ou l’impotence d’ nr ou un Sacerdote, un nutriment,

L'artiste qu'était A avait en horreur toute banalité et, pour y échapper, il est tombé dans ces exagérations. Ces défauts s’atténuent d’ailleurs dans ses derniers livres, où son style atteint souvent une énergie, : É une richesse d'expression, une originalité qui vaudront 24 à Huysmans l’une des premières places parmi les artistes É de 5 ue

Anatole France (1844-1924) -

Jacques Anatole Thibault, qui hérita de son père le sur- .

librairie tenue par son père et fréquentée par les grands

écrivains du temps, le jeune Anatole s’initia à la recherri

LARMES "5 (2) Voir, plus haut, les citations d’En Route, par exemple. : mL

t Fa CAL ; DR

che des livres rares, et il eut bien souvent l’occasion d’écouter de savantes discussions, dont les échos se retrouveront dans les. conversations de l’abbé Jérôme Coignard et de ses amis.

… Tandis que son père lui légua sa passion pour les doctrines de la Révolution, il garda toujours un émerveillement d'imagination devant les Vies de Saints qu’il avait lues sur les genoux de sa mère.

Il fréquenta les cours du Collège Stanislas, tout en s’instruisant davantage dans ses flâneries à travers les rues de Paris, devant les vitrines des antiquaires juifs, et le long des quais, où les poudreux étalages des bouquinistes retenaient fréquemment sa curiosité.

Ce fut comme critique qu’il fit ses débuts dans la littérature. Son premier ouvrage, paru en 1866, est une étude sur Alfred de Vigny. Plus tard, devenu le critique du Temps, il publie régulièrement ses brillants articles, réunis aujourd’hui dans les quatre volumes de la Vie littéraire. Deux volumes de poésies, qui se rattachent à l’école parnassienne, parurent aussi vers cette époque.

Ïl cherche encore sa voie. Il la trouvera en 1881, date de la publication du Crime de Sylvestre Bonnard. Le romancier était né, et les œuvres vont se succéder nombreuses et. uniformes.

Anatole France joua un rôle important dans l'affaire Dreyfus, dont il est question dans plusieurs de ses ouvrages. Comme Zola, il prit la défense du Juif accusé, et ce fut l’occasion de sa réconciliation avec le chef du naturalisme, auparavant son ennemi littéraire (1).

Le scepticisme universel d’Anatole France ne l’empê-

Stephens, French Novelists of to-day, pp. 1 et ss.

(1) Le fond de ces données biographiques est emprunté à Winifred .

L De ut Ge, <

ANATOLE FRANCE Fe 167

cha pas davantage d’affirmer ses « convictions » socia-

listes dans les turbulentes assemblées collectivistes (1).

Singulier spectacle que celui de ce dilettante au sourire désabusé, au style d’une élégance raffinée, se compromettant dans la compagnie des plus violents énergumènes de la démagogie !

Les œuvres. — Ce que nous avons dit de l’enfance de France se complètera très bien par la lecture du Livre de mon Ami (1885), qui est sûremnt une autobiographie plus ou moins « arrangée » : le petit Pierre Nozière, mis en scène ici, devait s’appeler de son vrai nom Jacques Anatole Thibault (2). On y voit un enfant vivement impressionné par les histoires qu’on lui contait, heureux de vivre et émerveillé de prendre contact avec le monde :

J'étais heureux de voir et d’entendre. Ma mère n’entr'ouvrait pas

” son armoire à glace sans me faire éprouver une curiosité fine et

pleine de poésie. Qu’y avait-il donc, dans cette armoire ? Mon Dieu! ce qu’il pouvait y avoir : du linge, des sachets d’odeur, des cartons, des boîtes. Elle en avait de toute sorte et en prodigieuse quantité. - Et ces boîtes, qu’il m'était interdit de toucher, m'’inspiraient de profondes méditations.. Mais ce que j’aimais plus que chaque chose en particulier, c'était l’ensemble des choses: la maison, Pair, la lumière, que sais-je ? la vie enfin! Une grande douceur m’enveloppait. Jamais petit oiseau ne se frotta plus délicieusement au duvet de son nid (3).

Un vieux collectionneur d’antiquités, qui encourageait les visites de l’enfant, détermina sa vocation :

Par le spectaclé peu commun de son ameublement, il accoutuma mon esprit d’enfant aux formes anciennes et rares, le tourna vers le passé et lui donna des curiosités ingénieuses : par l’exemple d’un labeur intellectuel régulièrement accompli sans peine et sans inquié-

(1) Voir le curieux compte rendu d’une de ces séances dans Adolphe Retté, Du Diable à Dieu, p. 31.

(2) Il est vrai qu’un détail semble ajouté çà et là pour dérouter le lecteur (p. ex. p. 75). Mais on connaît l'ironie de l’auteur.

(3) Le Livre de mon Ami, p. 36 (Calmann-Lévy).

| tude, il me donna dès l'enfance l'envie de travailler à m’instruire. C’est grâce à lui enfin que je suis devenu en mon particulier grand

liseur, zélé glossateur de textes anciens et que je griffonne des mé- .

#à moires qui ne seront point imprimés (1).

Puis, ce sont ses études au collège, où il rêve d'é écrire, en collaboration avec un condisciple, « une Histoire de France en cinquante volumes, avec tous les détails », où encore, plus tard, il découvre l'Odyssée et Sophocle et s’y plaît si bien que son professeur lui reproche de «s'occuper de choses étrangères à la classe ». Vers les dix-sept ans, il éprouve quelque peu le mal de René, et l’on songe à Chateaubriand quand on lit ces phrases : |

La mer que je voyais pour la première fois, et les bois dont le Calme était si doux, me causèrent d’abord une sorte de ravissement. Le vague des eaux et des feuillages était en harmonie avec le vague de mon âme. Je courais à cheval dans la forêt ; je me roulais à demi nu Sur la grève, plein du désir de quelque chose d’ inconnu que je devinaïis partout et que je ne trouvais nulle part. Seul tout le jour, je pleurais sans cause : il m’arrivait quelquefois de sentir tout à coup mon cœur se gonfler si fort, que je croyais “ mourir (2).

| Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881) avait paru P avant le Livre de mon Ami. Ce fut le premier ouvrage

où apparut nettement la manière du nouveau romancier.

érudit, membre de l’Institut de France, épris d’une vive passion pour les lettres classiques et pour l’histoire, à la % fois naïf et très fin, habile discoureur sur tous sujets.

L’affabulation du livre a peu d'importance: elle n’est qu’un cadre aux idées de ce bon M. Bonnard, dont l’événement le plus anodin déclanche la manie ratiocinante :

ne (1) Le Livre de mon Ami, p. 75.

à (2) Ibid., p. 174.

Le héros du livre est un type de vieux célibataire, grand 4

e n’est que le prétexte à

directrice de pension, aux griffes de laquelle M. Bonnard

réussit à arracher une orpheline, dont il a aimé la mère,

mettre sur pied des caractères

admirablement observés, comme celui de M" Préfère,

ou encore celui de cette vieille Thérèse, brave et rude c

- servante, tyranniquement dévouée à son maître.

Le désir de voir un manuscrit précieux a décidé …

M. Bonnard à entreprendre le voyage de Sicile:

Ma résolution était prise et mes arrangements faits, il ne me restait plus qu’à avertir ma gouvernante. J'avoue que j’hésitai longtemps

à lui annoncer mon départ. Je craignais ses remontrances, ses raille-

ries, ses objurgations, ses larmes. « C'est une brave fille, me EL

disais-je ; elle m'est attachée; elle voudra me retenir, et Dieu sait. Das

que quand elle veut quelque chose, les paroles, les gestes et les cris

- Jui coûtent peu. En cette circonstance, elle appellera à son aide la + concierge, le frotteur, la cardeuse de matelas et les sept fils du fruitier ; ils se mettront tous à genoux, en rond, à mes pieds ; ils pleure-

Et.

ront, et ils seront si laids que je leur céderai pour ne plus les voir ». Telles étaient les affreuses images, les songes de malade que la

peur assemblait dans mon imagination. Oui, la peur, la peur féconde,

comme dit le poète, enfantait ces monstres dans mon cerveau. Car, je le confesse en ces pages intimes : j’ai peur de ma gouvernante.

Je sais qu’elle sait que je suis faible, et cela m'ôte tout courage dans mes luttes avec elle. Ces luttes sont fréquentes et j’y succombe inva- - riablement.

Mais il fallait bien annoncer mon départ à Thérèse. Elle vint dans Ja bibliothèque avec une brassée de bois pour allumer un petit feu, « une flambée », disait-elle. Car les matinées sont fraîches. Je l’ob-

servais du coin de l’œil, tandis qu’elle était accroupie, la tête sous.

le tablier de la cheminée. Je ne sais d’où me vint alors mon courage, mais je n’hésitai pas, je me levai, et, me promenant de long en large dans la chambre : É — À propos, dis-je d’un ton léger, avec cette crânerie particulière aux poltrons, à propos, Thérèse, je pars pour la Sicile . ‘Ayant parlé, j’attendis, fort inquiet. Thérèse re répondait pas. Sa

ter fourrait du papier sous les bâches et soufflait le feu. Voilà tout. | Enfin, je revis son visage ; il était calme, si calme que je m’en irritai. — Vraiment, pensai-je, cette vieille fille n’a guère de cœur.

tête et son bonnet restaient enfouis dans la cheminée et rien dans sa personne, que j'observais, ne trahissait la moindre émotion. Elle

Elle me laisse partir sans seulement dire : « Ah ! » Est-ce donc si peu pour elle que l’absence de son vieux maître ? — Allez, monsieur, me dit-elle enfin, mais revenez à six heures. Nous avons aujourd’hui un plat qui n’attend pas (1).

Si nous trouvons déjà ici la verve et l’esprit d’Anatole France, nous n’y avons pas encore son persiflage de ta religion, ni les grivoiseries trop fréquentes dans les ouvrages suivants. La Rôtisserie de la Reine Pédauque 1893) et les Opinions de M. Jérôme Coignard (1893) abondent en ce genre de littérature : mélange continuel de choses saintes et d’ordures. Un capucin, frère Ange, est naïf, débauché, ridiculement superstitieux ; un abbé, Jérôme Coignard, d’une morale fort lâche, aime à lutiner les belles filles et leur tient des propos peu décents : c’est un contraste perpétuel entre les gaillardises et le caractère sacré des personnages qui les débitent avec une franchise, une aisance et souvent une naïveté étonnantes. Ces mêmes propos, dans la bouche d’un libertin, seraient souvent insipides ; ils sont donc moins spirituels en eux-mêmes qu'ils ne le paraissaient d’abord.

Livres mauvais, parce que, sans avoir l’air d’y toucher, ils sont pleins d’abomiaations et que l’arme dirigée ici contre la foi et les mœurs chrétiennes est cette tranquille ironie, plus dangereuse que l’attaque franche et directe.

C’est sans doute pour se donner le plaisir d'émettre sans responsabilité ses idées subversives sur la politique, la justice, les lois, l’étude de l’histoire, la morale et quelques autres choses respectables, qu’Anatole France se

(1) Le Crime de Sylvestre Bonnard, p. 41 (Calmann:- Lévy).

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