‹ RomanciersChapitre 48 sur 69 · PS TT PSE N RES · texte numérisé non relu

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(1) Les Amitiés françaises, p. 181 (Félix Juven).

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ment. Il goûte la douceur de la lumière attique et tout

coup, il songe à sa Lorraine et une réaction se produiten faveur du pays natal:

À chaque minute d'Athènes, j'imagine qu’enfin je vais employer mon cœur. Parfois il se soulève, mais l’air est trop marin, les rocailles trop sèches : dans ces dehors si neufs, mon cœur ne voit rien où il puisse me raccorder ; 1! retombe, boude, s’attriste et s croit exilé.

— Pourtant, lui dis-je, depuis le paquebot tu battis plus fort, quand nous arrivâmes en vue du petit temple bizarre ? ex

Ii me répond : 5

— J'étais un naïf cœur ES curieux et respectueux de toutes AR nouveautés. À l’usage, je n’éprouve pas d'Athènes ces mouvements, E cette effusion qui seuls me persuadent.

C'est vrai qu'ici je ne sens pas sous moi cet Océan profond, ces millions d’idées préalablement associées qui, dans ma Lorraine, me portent. Sur notre immense plateau solitaire, les peupliers, les val-

Jonnements légers, les villages peureux et les effluves de l'histoire

me composent une musique et me disposent à consentir à mes des- pe tins. Mais dans l’Attique seule peut-être la petite Daphné me touche, modeste église, fraîche sous des platanes et sur une prairie où des ea visiteurs assis sont en train de goûter. ra Quand j'étais un petit garçon, j'allais chaque année, le long de la Moselle, à la Saint-Pierre d’Essegney, pauvre fête de village, où, dans une herbe pareille à la prairie de Daphné, il y avait des chevaux de bois, de la fatigue, un malaise d’estomac, du désir sans objet. Bien chétives images, mais l’une de mes sources et qui s’harmo- à nisent avec le paisible vallon catholique de Daphné. A. C’est ici que Buchon retrouva les tombeaux des ducs français d'Athènes, et que Chateaubriand aperçut pour la première fois la ville de l'intelligence. Voilà des faits où je m'intéresse. Mais peume chaut si l’on me montre la voie sacrée, aue suivait la procession des initiés d’Eleusis ; j'ignore trop à quoi îls étaient initiés. Les plus belles Panathénées ne me donnent pas la douceur d’une fête de la Vierge dans nos petites villes lorraines.. L'on voit d’abord trois filles de seize ans qui portent une Marie dorée. Les femmes suivent, ayant au cou des rubans violets, puis viennent les bannières de beau goût et la musinue municipale alternant avec les cantiques latins. Voici le groune des hommes, compact et fort, derrière le prêtre et qui répètent obstinément : « Je suis chrétien, » avec notre accent héréditaire et fraternel. J'entends les mots « espérance », « amour », qui

flottent dans le tiède soleil. Mais déjà le mince cortège a disparu, déploiement rustique d’une profonde pensée de race (1).

Barrès prend plaisir à bousculer les idées toutes faites : il combat l’hellénisme des professeurs d’antiquités qui se sont succédé dans les chaires depuis l’époque de l’école d'Alexandrie. Mais cela n'empêche qu’il prenne en Grèce une leçon de goût. Il se rend compte de l'influence de cette nature lumineuse sur ses théories littéraires :

Un passant, fût-il poète, qui respira la vertu d’un matin grec aux vallons de Phigalie, ne veut plus subir l'attrait des imaginations monstrueuses (2).

À Sparte, son âme est à l’unisson du paysage :

C’est une ivresse de mettre en place, sur des lieux qu’on aborde pour la première fois, des noms de poésie. Je me répète à l'infini ces Syllabes : Mistra, Lacédémone, Eurotas, Taygète, tandis que d’interminables lacets nous conduisent au fond de la vallée, parmi des arbustes verts, le plus souvent des lauriers-roses. Un mois plus tard,

j'eusse atteint l’Eurotas à travers leurs branches fleuries.

Dans cette dernière heure, la plaine prend un aspect d’incomparable fertilité. Je m'engage entre les huttes qui recouvrent, dit-on, la Sparte des héros. Partout des arbres à fruits et de petites rivières. J'aperçois deux gerbes puissantes qui tombent de la montagne. Que ne peut la lumière de Grèce ! Elle charge de beauté une colonne de poussière soulevée au loin par le vent.

Sparte, le soir où j’y parvins, embaumait le lilas en fleur. Parmi les blanches maisons de ce grand village neuf, je crus, au premier regard, retrouver l’Andalousie, Grenade, par exemple, d’où l’on voit, tout en brûlant, les neiges du Cerro de Mulhacen. Mais à l’ouest de Sparte, le fleuve Eurotas, en s’écroulant parmi ses désolations,

fait avec le mont Taygète un accord sublime. Le Taygète vigoureux,

calme, sain, classique (bien qu’il porte dans ses forêts toutes les lyres du romantisme), nous propose les cimes d’où l’on juge la vie fuyante. Cette plaine éternelle exprime des états plus hauts que l’humanité. Je puis dire d’un seul mot, le plus beau de l'Occident, ce que j'ai d’abord perçu dans ce fameux paysage : de la magna-

nimité (3).

(1) Le Voyage de Sparte, p. 95 (Emile-Paul).

hebide D: 271.

(3) Ibid., p. 212. — Barrès a dit plus haut (p. 10) que la clarté n’est pas nécessaire pour qu’une œuvre l’'émeuve. Pensait-il à justifier l'obscurité de certaines de ses pages ?

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