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ISO ROMANCIERS D'HIER ET D'AVANT-niER

que l'amour pour faire le bien. Les ennemis du catholicisme n'avaient pas manqué de voir le parti qu'ils pouvaient tirer, dans l'iotérêt de leurs passions et de leurs idées, de ces hommes si romanesquement, si surnaturellement historiques, et dont la gloire trempait, par en bas, dans des calomnies qu'il s'agissait de faire monter toujours plus haut. Eugène Sue avait donné un fort coup de pompe à cette boue. 11 avait inventé Rodin. Il fallait faire rentrer sous terre cette invention abjecte et scélérate. Il était temps d'opposer enfin le Jésuite vrai au Jésuite faux. Eugène Sue méritait un soufflet terrible, et quelle meilleure main, plus pure et plus inspirée, que celle de Paul Féval, un romancier comme lui, pour le lui donner?...

Mais ce n'est pas un roman que le livre de Paul Féval. Catholique d'hier, animé d'un enthousiasme d'homme renouvelé, et qui ne s'en ira pas comme s'en vont de nos cœurs, les uns après les autres, tous nos pauvres enthousiasmes de la terre, Paul Féval a voulu affirmer son catholicisme plus expressément encore que par un roman, et à l'œuvre que j'attendais il a préféré une œuvre plus militante, — une œuvre qui ressemblât davantage à un acte, ainsi qu'il convient à un chrétien pour qui l'art, si grand qu'il soit, n'est plus maintenant le but principal de la vie. Pris au cœur comme le prophète aux cheveux par la main divine, Paul Féval, cet esprit fécond, à la composition rapide et dont la plume ressemhle à une aile, ne pou-

vait tarder à nous faire un livre dans le sens des idées qui l'ont saisi avec tant de puissance, et le livre a paru comme l'éclair. Instantanéité merveilleuse de facultés ! Dans les hommes richement doués, il y a plusieurs hommes. Paul Féval a replié en lui le romancier et il a ouvert l'historien. Cet homme d'imagination romanesque s'est jeté dans la réalité historique avec un incroyable élan, et de toutes les histoires qu'il pouvait écrire il a choisi la plus troublée, la plus méconnue, la plus travestie, la plus insultée et la plus dangereuse au talent qui la touche, si le talent a la malheureuse ambition de cette sottise qu'on appelle la gloire... L'impopularité tente les esprits héroïques. Écrire l'histoire des Jésuites, c'est bondir au milieu du feu, et c'est jusqu'à cette histoire que Paul Féval, pour son début d'historien, a bondi... « Mon premier « bond, — disait Lord Byron, — est celui du tigre. « Quand je le manque, je retourne en grondant à mon « antre. » Paul Féval n'aura pas besoin de retourner au sien. Son premier bond, il ne l'a pas manqué.

C'est, du reste, tout ce qu'il a du tigre, Paul Féval : le bond, la souplesse, l'élasticité. Et il en a aussi la e : car, avant tout, c'est un esprit d'une grâce victorieuse, — d'une grâce française, — de celle grâce qui était autrefois de race chez nous, et qui n'existe plus dans la dégénération actuelle. I.'' livre d'histoire qu'il nous a donné est un livre d'histoire, mai- on peut dire : d'histoire armée. C'est tout à la fois une

apologie et une polémique. C'est enfin un livre d'histoire comme on est obligé d'en faire aux époques de lutte, de contradiction et de déchirement. Il aurait pu assurément y mettre toutes les férocités d'un esprit dont il a assez, s'il le voulait, pour être féroce; mais, en reprenant en sous-œuvre cette histoire que Crétineau-Joly écrivit un jour avec lïmpitoyable âpreté d'une conviction révoltée, Paul Féval a aimé mieux n'y mettre que le charme de cet esprit fait pour emporter les cœurs qui le liront, avec des mains qui n'ont du tigre que la force et que le velours.

Crétineau-Joly, dont il faudra désormais toujours parler quand il s'agira des Jésuites, était, lui, le tigre tout à fait, depuis les griffes jusqu'aux dents ; et c'est pourtant de l'histoire de ce tigre que le doux et aimable Paul Féval s'est inspiré. 11 ne pouvait guères s'inspirer d'une autre. Avant Crétineau-Joly, les Jésuites, à proprement parler, n'avaient pas d'histoire. Ils s'en souciaient bien ! On les calomniait avec rage : on les accusait de tout ce dont on peut accuser des créatures humaines : ils laissaient dire. Dieu les voyait. Qu'y a-t-il de commun entre le ciel et l'histoire?. . Ils ne la dédaignaient pas ; ils l'oubliaient. Crétineau, qui n'était pas Jésuite, y pensa pour eux.

Avec ce que je sais de ces indifférents sublimes aux choses du temps, qu'on croit si occupés de la terre, Grétineau dut prendre l'initiative d'une histoire complète de leur ordre et leur demander la permission de Pécrire. On ne connaît pas assez Crétineau-Joly. Si ce talent robuste, à une époque de talents fins, et qui n'a pas laissé de renommée en proportion avec la force samsonienne que ses œuvres affirment, s'était donné à la Libre Pensée comme il s'est donné au Catholicisme, quelle gloire ne lui auraient pas faite les tapageurs qui ont fait celles de Renan et de Proudhon ! Mais le catholicisme a cela de beau qu'il peut, sans ingratitude, se décharger sur Dieu du soin de payer les services qu'on lui rend : Dieu reconnaîtra les siens t Grétineau avait la hardiesse de sa force. L'idée d'écrire l'histoire de la Compagnie de Jésus enllammait son esprit hardi, amoureux du danger, et, qu'on me permette l'expression ! à rebrousse-poil de son époque. Il aimait la Papauté et l'Église comme on les aimait au Moyen Age. C'était, littérairement, un capitaine d'aventure, puisqu'il n'y en a plus maintenant que dans les lettres, de ces capitaines-là! et il trouva digne de lui de courir cette aventure suprême. Tant de bravoure, desprit et de dévouement, toucha les grands Honnis, les grands Calomniés du monde, qui lui donnèrent pour écrire leur histoire les renseignements qui manquaient ;'t tout le monde, et qui lui livrèrent Les papiers engloutis jusque-là aux bibliothèques dn Vatican et du

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Gesu. Cela, joint au talent de l'homme, de l'espèce de Charles Martel du catholicisme qu'était Crétineau, fit un livre incomparable, qu'on ne recommencera pas et qu'on n';i pas besoin de recommencer. Quand il parut, l'effet en fut si grand qu'on s'en tut. Selon la lâcheté traditionnelle, les Muets delà Libre Pensée (de bavards, ils l'étaient devenus !) crurent l'étouffer en n'en parlant pas... Nul ne souffla pour y répondre, et depuis ce temps-là nul non plus n'a soufflé, et le livre de Crétineau est resté là, dans la littérature du temps, comme une pierre aux angles aiguisés et formidables, attendant vainement toujours la tète osée qui s'y cognera, — pour la briser.

Mais les têtes étaient prudentes, et elles n'y touchèrent pas. Les charretiers de la calomnie tournèrent, en mourant de peur, cette borne terrible qui aurait fait culhuter et éventré leurs affreux colis. VBistoire des Jésuites ne fut guères lue que par ceux qui n'avaient pas besoin de la lire et d'être édifiés sur le compte de ceux qu'elle défend ou qu'elle innocente. D'ailleurs, même pour ces lecteurs-là, celte Histoire des Jésuites était une œuvre rude à aborder. Elle avait (sauf erreur) sept ou huit volumes. Or, en ce siècle pressé et ennuyé, il n'y a que l'Imagination qui, dans un livre, puisse se permettre la longueur. On veut des romans qui n'en finissent pas, mais un livre de raison, de faits graves et de discussion, doit être court pour être lu. Le livre de Crétineau-Joly ne fut donc

qu'une pyramide dans le désert. Isolement plein de grandeur, mais plein de tristesse! Cela suffisait, sans nul doute, au mâle architecte qui l'avait bâtie, cette pyramide, mais au point de vue du service qu'il avait voulu rendre, évidemment cela ne suffisait pas.

Et voilà ce que Paul Féval a compris. Il connaît la vie et la vie moderne, lui qui souvent, dans ses romans, nous en a exprimé les passions, les ridicules et les vices. Il connaît la petitesse de l'esprit de son temps, qui n'est fait ni pour les grandes choses ni pour les choses complètes. Il sait l'inutilité des livres grands dans un temps petit. Il s'est souvenu que, même dans un siècle très grand, un livre intitulé les Priites Lettres, qui devinrent plus tard : les Provinciales^ tirent leur fortune, justement contre les . Jésuites, et il a écrit pour eux aussi un petit livre. Ces 1 celui-là qu'il n'appelle pas une histoire, mais Jésuites! avec un point d'exclamation qui ressemble à un pennon déployé. Paul Féval s'est dit que le monument de Cn'tint au-.ln]\ — car c'esl un monument — n'était qu'un magnifique tombeau au pied duquel on passe, et qu'il fallait l'abaisser au niveau de ceux-là qui sont incapables d'en apprécier les proportions et la hau-

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teur. Son livre : Jésuites! semble sorti des flancs de la grande histoire de Crétineau, ou, pour mieux parler, c'est l'histoire de Crétineau, citée à beaucoup de pages, refaite, mais condensée, mais affinée, mais couronnée de la flamme légère d'une âme et d'un esprit charmants que n'avait pas ce violent brùle-tout de Crétineau. Où sa belle et savante Histoire des Jésuites ne peut pas entrer, parce qu'elle a des proportions trop larges pour l'étroitesse de nos esprits, le petit livre court de Paul Féval, intitulé si crânement Jésuites/ y pénétrera comme un projectile. C'est la balle d'argent du diable dans Robin des Bois mise au service de Dieu pour la première fois, et qui ne manquera pas son coup. Ce petit livre, gros comme rien et comme tout, atteindra plus sûrement que la vaste et inexorable histoire de Crétineau le but généreux que tous les deux se sont proposé : la réhabilitation historique de ces hommes, l'honneur de l'Église et du genre humain, qu'on traîne sur la claie depuis plus d'un siècle. Telle, selon moi, la supériorité pratique de cet écrit de Paul Féval, dans lequel il a montré une puissance qu'on aime et des facultés irrésistibles.

Faire aimer la puissance à ceux qui la subissent , chose rare, dans ce temps surtout où l'orgueil n'en veut plus, de puissance ! c'est le don de Paul Féval, — de ce talent fée. On ne se révolte pas contre la sienne, et comme il nous fait aimer la puissance, il

nous fera peut-être aimer un jour la vérité. Mais, quand il n'y parviendrait pas, le livre que voici n'en serait pas moins un chef-d'œuvre. Je ne connais pas, en effet, de livre plus vrai, et où la vérité, qui n'est ordinairement que nue, soit plus séduisante. Paul Féval converti fait un apostolat inconnu aux Apôtres, — l'apostolat de la séduction, — et il le fait comme il faut le faire en France, où les Apôtres ne jouissent pas d'une excessive popularité... Je l'ai écrit plus haut: jamais, depuis Voltaire et Beaumarchais, on n'a été, de tournure d'esprit, plus français que lui. Voltaire n'a dit qu'un mot en faveur des Jésuites, — ce qui, par parenthèse, aurait du apprendre à réfléchir à Béranger, — mais il aurait écrit pour eux à pleine plume qu'il n'aurait pas été, en les défendant, plus spirituel et plus gai que Paul Féval. Il n'aurait pas mieux raillé et ridiculisé leurs adversaires. Seulement, il n'aurait pas mouillé son rire de ces belles larmes d'admiration et d'attendrissement qui se mêlent au rire si gai pourtant de cet enchanteur de Paul Féval, dent l'enchantement est précisément le mélange, divin à force d'être humain, du rire et des larmes !

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Il l'a toujours eue, cette source d'un talent touchant , ■ qui touche deux fois: l'une pour nous faire rire,

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et l'autre pour nous faire pleurer. Ses romans attestent qu'elle est en lui abondante, profonde, inépuisable ; mais nulle part elle n'a mieux jailli, elle n'a mieux coulé que dans cette histoire qu'il nous fait des Jésuites, et à travers laquelle il introduit, d'une façon si piquante, sa sensible personnalité. Étrange et délicieuse nouveauté en histoire ! le rire se trouve, ici. à côté des larmes. Mais le rire y est désarmé par la charité du chrétien, et les larmes y ont la beauté pure des larmes chrétiennes. Crétineau-Joly, l'historien implacable, ne connaît ni ces larmes ni ce rire. Quoique chrétien jusqu'aux entrailles, il ne l'est pas assez pour rire ainsi et ainsi pleurer. Il fallait, pour cela, l'âme et l'esprit de Paul Féval ! Paul Féval, quia trouvé le moyen, tout en écrivant son histoire, de faire un pamphlet contre les pamphlets, est, en gaité comme en pathétique, un passé maître. Pascal, le triste Pascal, qui savait pleurer, mais qui avait de l'âcreté dans les larmes, voulut rire une fois en sa vie, et contre les Jésuites. Mais voici un homme qui n'est pas Pascal, et qui, pour les Jésuites, dame le pion au grand Pascal en fait de gaité. J'ai parlé de Voltaire, mais lisez l'introduction étincelante de Jésuites /Vous trouverez que l'auteur de cette introduction, d'une verve si étonnante, a aussi la gaîté qui vibrait en Beaumarchais avec de si vives résonnances, avec de si prestes éclairs ! Le Paul Féval de ce livre, c'est Voltaire et Beaumarchais christianisés dans un homme,

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pour prouver au monde qu'en esprit et en gai té ceux qui ont Dieu au cœur valent Lien ceux qui ont le diable au corps.

Nous avions besoin de cette preuve, nous autres chrétiens... Nous avions parmi nous de très hautes intelligences, — des génies même, comme de Maistre et Bonald, — des savants, des docteurs, des éloquents; niais un homme d'esprit qui sût rire, tout en restant chrétien, il faut bien le dire, il n'y en avait pas. De Maistre, qui aimait Voltaire tout en le maudissant, parce qu'il avait autant d'esprit que Voltaire, et que l'Esprit est toujours un Narcisse qui aime à se mirer et à se revoir dans l'esprit des autres ; de Maistre, qui était capablederire, n'ariquedeuxou trois dans ses œuvres. Son génie absorba son esprit. Donoso Corlès est solennel; d'ailleurs, il n'est pas français : il est espagnol. Il est du pays de l'emphase. Louis Veuillot a le coup de dent ; et quand on appuie tant la dent, on ne rit plus, et surtout on ne fait pas rire. Ainsi, d'esprit léger, fringant, français, avec la petite flamme bleue dans les cheveux, moqueur charmant à faire rire ceux dont il se moque, comme le fait Ferai, avant lui, il n'y [en avait pas. 11 semblait que le génie ci Iholique, qui est le génie latin, eût tué nie li.iiir. ,-. |., - gi ns de la Libre Pi osée pouvait nt nous railler et nous dire: « Vous avez pour vus la vérité; vous pouvez, vous passer du reste. » Eh bien, messieurs, nous ne nous en passerons pas !

Le livre de Jésuites ! nous révèle un écrivain catholique qui ne croit pas faire un péché mortel en étant spirituel comme les plus mondains d'entre vous, et qui même a raison de se croire un mérite quand il daube joyeusement les ennemis de Dieu et de ses serviteurs.

Et ceci restera acquis à la cause chrétienne et aux Jésuites, qui ne font qu'uu avec elle... Quant à eux, profiteront-ils autrement du livre de Paul Féval? Je l'ai dit et le répète : je crois ce livre, dans Tordre pratique, d'une influence bien plus considérable que YHistoire des Jésuites par Crétineau, mais nous sommes dans des temps si mauvais que le doute du bien est permis. A une certaine hauteur de société et d'instruction, tout le monde sourit à présent des exagérations contre les Jésuites et des calomnies, atroces ou imbéciles, auxquelles ceux qui les débitent ne croient même pas; mais on les maintient nonobstant. C'est de bonne guerre contre l'Église de calomnier les Jésuites, que l'athée Frédéric II, ce connaisseur en grenadiers, respectait comme ses grenadiers. Le livre vivant, mouvementé, pétillant de feu par toutes ses facettes, de Paul Féval, ne laissera peut-être dans l'opinion que le sillage d'un livre brillant. Nous nous en affligerons pour eux, mais c'est la gloire des Jésuites que cela ne leur fera rien du tout. La plus lourde balourdise des temps modernes, si ce n'en est pas la plus odieuse coquinerie, c'est de donner a

croire que les Jésuites sont des hommes politiques qui se préoccupent de bien autre chose que du salut des âmes et du leur. Des hommes politiques ! — ils le sont bien, mais pas comme l'entend le monde. Ils ont la politique de la prière. Ils sont des hommes politiques à l'autel. Ils croient bien plus à la force de Moïse qu'à la force d'Aaron. Moïse priait pendant qu'Aaron livrait la bataille. Les hommes bêtes qui ne comprennent que l'action, que la brutalité des faits physiques, ne comprennentqu'Aaron, et leurs TeDeum ne se chantent qu'après la victoire. Mais les Jésuites ne comprennent que Moïse, — et dans le monde il n'y a plus peut-être qu'eux !

Je ne serais pas un critique de fonction obligatoire, qu'à propos du livre de Féval sur le Mont Saint- Michel je serais un critique volontaire. Je le serais pour mon plaisir... Son sujet seul m'entre dans le cœur sans avoir besoin de la main puissante de l'écrivain qui l'y pousse... C'est, en effet, pour moi, le normand jusqu'aux ongles, une des plus belles histoires dont puisse • ire fier mon pays! C'est, de toutes les histoires que l.i Normandie puisse raconter, la plus religieuse, la plus héroïque, la plus Longue, en un mot, et, de toutes manières, la plus merveilleuse, — et c'est

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pourquoi l'auteur l'a nommée : les Merveilles du Mont Sai ut-Michel (1). Il auraitpu l'appeler prosaïquement : Histoire du Mont Saint-Michel, mais il a mieux aimé l'intituler : les Merveilles du Mont Saint-Michel^ et il n'y a ni badauderie ni charlatanerie dans ce titre, que, dans une candeur insolente, il jette au nez d'une génération savante, simplificatrice et sceptique, qui ne croit à la merveille de rien! Paul Féval, l'ancien romancier, — et le romancier est bien près d'être un poète, — Paul Féval, devenu chrétien, c'est-à-dire un poète de plus, doit croire à la merveille de tout. Ici, ce n'est ni le romancier ni le poète qui ont éveillé l'historien qui dormait dans le romancier : c'est le chrétien : «J'appartiens à saint Michel, — dit-il dans « cette langue que sa foi lui a donnée. — Je suis né « le jour de sa fête. Ma pieuse mère avait voué mon « berceau au chef des milices célestes, au vainqueur « immortel du mal... et je veux essayer d'écrire « l'histoire de sa maison merveilleuse, où habite le « dessein de Dieu. » Quand on parle ainsi dans une préface, on écrit l'histoire comme Dieu l'a faite, — sans la discuter ni la diminuer, et dans toute la beauté, tantôt claire et tantôt mystérieuse, de sa grandeur.

Et c'est là ce qu'a fait Paul Féval. Il n'a pas eu peur de ce que le monde moderne, ce petit cuistre pincé, appelle miséricordieusement des légendes, c'est-à-

). Palmé.

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dire les excusables et très compréhensibles mensonges des siècles pieux (quel aimable mépris! , et, sans hésiter, il a pris l'histoire du Mont Saint-Michel dans sa source surnaturelle. Paul Féval n'est pas un chrétien comme il y en a tant, un chrétien d'à moitié. Il 1 est complètement. Il a beau traîner à ses talons trente ans de romans, de drames, de boulevard et de feuilletons, qui devraient modifier sa démarche ou la retarder, il n'en va pas moins jusqu'au bout... .Nous l'avons dit déjà de ces Étapes d'une Conversion qui datèrent la sienne à lui-même : l'homme converti, pour être converti, ne cessa pas d'être ce qu'il était dans toutes ses facultés, et il resta ferme sur elles. Seulement, des servantes qu'elles étaient pour lui. il en lit les servantes du Dieu, qu'il n'avait jamais nié, mais qu'il avait oublié parfois. Il est desâmes frappées par la foudre du chemin de Damas et qui sont coupées en deux dans leur génie, comme le corps d'un soldat par un boulet de canon. Quand Werner, l'auteur d'Attila, de Luther, du Vingt-quatre Février, fut percé à Home du rayon divin, le poète se tut en lui tout àcoup. Il se lit Jésuite, n'écrivit plus et prêcha. Il ne futpas frappé que dans -"u ame; il le fut jusque dan> son esprit. Paul P< \ 1 n'a été, lui, frappé que dans son âme. Malgré S8 «apucinade, comme ils disent, il n'est pas devenu capucin. Et les jaloux ennemis de son talent. qui auraient voulu le voir coupé et emporté en deux morceaux \ ar le boulet de la conversion, ont été trom-

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pés dans l'espérance de leur ressentiment, et ils Font retrouvé, après cette conversion, spirituellement intégral, mais avec une force de plus, attestée par un livre d'histoire plus grave d'inspiration et de portée que tout ce qu'avait écrit précédemment le romancier. Mais, humainement, l'ancien romancier, — qui n'est pas mort, Dieu merci ! et que la conversion n'a pas fait taire commele poète Werner, dont elle silença le génie, — l'ancien romancier, toujours vivant et vivace, trouvait son compte encore dans cette histoire du Mont Saint-Michel, qui semble un roman, tant elle est belle, aux yeux vulgaires sans Dieu et sans Archange pour l'expliquer. Jugez donc ! Commencée en 709, — entre Glovis et Charlemagne, par la révélation de saint Aubert, évèque d'Avranches, auquel l'archange Michel ordonnade bâtir sur le roc escarpé, au péril de la mer, qui allait devenir tous les genres de périls, un monastère impossible, et qui, pour preuve de la réalité de son apparition, laissa l'empreinte de son doigt dans la tète du saint à une telle profondeur qu'on retrouve le trou dans l'ossature du crâne qui nous reste, — traversant tout le Moyen Age, et ne finissant qu'en 1594, après les terribles guerres protestantes, cette histoire du Mont Saint-Michel, qui recommencera peut-être dans l'avenir, a laissé là, écrite entre le ciel et l'eau, comme une immense lettre cunéiforme de granit devant laquelle nos pattes de mouche humiliées paraîtraient bien petites, si un

esprit venant de Dieu ne les animait et ne les grandissait, en les animant... Or, c'est cet esprit-là, allumé dans le romancier devenu chrétien, qui lui a fait écrire une histoire qui, sans cet esprit, n'aurait que l'intérêt d'un roman, quoique ce soit certainement le plus magnifique de ses romans.

Et qui sait si ce sera autre chose? Qui sait si cette mâle histoire sera plus qu'un roman religieux et historique pour ceux qui aimèrent et lurent longtemps Paul Féval, et qui regrettent le brillant et fécond romancier d'autrefois?... Ils chercheront peut-être encore le romanesque dans cette histoire trop sublime pour ne pas en avoir, mais ils se plaindront que le romancier qui l'exprime l'ait mêlé à trop de faste de foi ; car la foi de Paul Féval va jusqu'au faste... et pour moi ce faste devient une splendeur ! Même chrétiennement, en effet, l'auteur n'était pas tenu, après avoir constaté l'origine surnaturelle de son histoire, de creuser dans la source en remontant plus haut que cette source. - l'économie intime de son livre, dans l'exigence de la composition, il pouvait très bien partir de sainl A ul.iTt ri descendre aux faits de L'histoire circonscrite du Mont. Mais une chose si simple, n'aurait pas suffi à son avidité de se montrer chrétien et fastueusement chrétien, et il a écrit, d'après les livres sacrés, l'his-

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toire théologique de saint Michel lui-même. Il a ouvert le ciel comme uu pavillon au-dessus de la montagne qui portait à son sommet l'image de l'archange, et il en a fait tomber une lumière céleste pour mieux éclairer les faits prodigieux qu'il allait raconter. Ici l'historien touche à l'iiagiographe et se fond avec lui. Paul Féval a fait absolument le contraire de ce que font les philosophes, qui essaient d'aller de l'homme à Dieu et qui se cassent le cou dans ce terrible passage. Il est allé de l'archange à l'homme. Il nous adonné une révélation plus vaste que celle de saint Aubert, en faisant précéder par l'histoire divine de l'Archange l'histoire du Mont qui lui a été consacré. Là, pour les esprits qui ne se soucient que du romanesque dans l'histoire, sera le roman, et le roman que justement ils n'y cherchaient pas. Aussi, diront-ils probablement avec une mélancolie à faire mourir de rire : « Nous aimions mieux le Fils du Diable! » Mais nous ne le dirons pas, nous!

Nous, nous sommes chrétien à la manière de Féval. Ce que nous aimons dans son histoire, c'est le surnaturel. G'estlà ce qui, pour nous, en fait la vérité, l'originalité, la beauté, la hardiesse. Nous, nous préférons cette histoire sacrée et savante, brillante de renseignements profonds, clairs, épuisés, et après lesquels il n'y en a plus (l'auteur a tout lu, dit-il fièrement) ; nous préférons cette histoire, brûlante de foi chrétienne, qui brave le martyre du ridicule infligé par les

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sots en attendant l'autre martyre qui viendra peut-être en ces délicieux jours, à tous les romans du romancier célèbre, dont quelques-uns pourtant sont d'un maître. Oui! même littérairement, nousla préférons. La littérature n'est pour nous ni une affaire de poids ni une affaire de surface. A part la saveur catholique de cette histoire, à part le parfum qui l'embaume de la senteur de la vérité, et qui, pour nous, est bien au-dessus des sensations de la beauté et de la perfection littéraires, les .1/ Mes du Mont Saint-Michel, à ne les prendre que parle côté positif, terrestre, humain, simplement historique, sont ce qu'on appelle un livre fort, dans ce siècle matérialiste et lâche où le plus grand éloge que l'on puisse faire de quelque chose ou de quelqu'un, c'est la I Assurément, la critique impie pourra bien ricaner du catholicisme de l'auteur, mais elle ne touchera pas à l'essence de son livre ; elle ne mordra pas sur ce marbre ; elle évi tera de s'y cogner. Si les ennemis du surnaturel ne sentent pas, en lisant cette histoire, le vent de l'aile de l'Archange qui y passe, ils y sentiront du moins le vent d'une plume assez formidable pour qu'un la prenne pour cette aile. Passionné comme un homme <[ui a une croyance, Paul Féval a, dans une opinion opposée, une vie de baient comparable à celle de Michelet et qui le distinguera des froids historiens qu'on pourrai! appeler les Croquemorts de L'Histoire. — Mort.-- debout, qui écrivent sur d'autres morts couchés dan.- la tombe !

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Cependant, malgré cette position d'historien qu'il vient de prendre et qu'il pourrait garder, je crois bien que l'auteur des Merveilles du Mont Saint-Michel reviendra au roman, la vocation de toute sa vie, ardemment etcontinuellement obéie, par conséquent devenue maintenant presque une destinée... Seulement, en revenant au roman, il lui donnera un caractère nouveau qui l'élèvera bien au-dessus de tous ceux qu'il ait jamais écrits. Des esprits étroits parmi les catholiques, car il n'est pas nécessaire de dire qu'il y en a, le blâmeront peut-être de cette persistance à rester un romancier, c'est-à-dire ce que Dieu l'a fait. Mais si la conversion, en foudroyant l'homme, n'a pas tué l'artiste du même coup, l'artiste résistera certainement aux conseils de ceux qui ne se soucient ni du talent ni du génie, parce qu'ils n'ont, eux, ni génie ni talent. Un journal catholique, qu'il n'est pas besoin de nommer pour que tout le monde le reconnaisse, saluant, justement à propos de ces Merveilles du Mont Saint-Michel, la bienvenue du grand romancier dans l'histoire, par la plume sans autorité d'un de ces rédacteurs impersonnels qui ne sont pas plus que des soldats dans le rangetqui n'en sortent jamais, faisait, sous des formes impertinemment protectrices, une petite leçon rogue

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au nouveau converti, tout en le félicitant d'un livre qui — celui-là ! — ne devait servir qu'au bien des âmes; car le bien îles âmes est la grande affaire de ceux qui n'ont jamais fait le bien des esprits ! Paul Féval, qui s'appelle lui-même « un candidat à l'humilité », dut être content, ce jour-là, de la bonne occasion qu'on lui offrait de s'exercer à celle vertu, mais nous espérons bien qu'il ne la poussera pas au point de sacrifier à un puritanisme sot, que l'Église catholique renverrait aux protestants, ce qui a fait l'honneur et la gloire de sa vie. Et une bonne raison pour le penser, c'est la grande entreprise dont on a parlé, et qui consisterait pour lui à remanier catholiquement tous les romans qu'il a écrits avant d'être le chrétien qu'il est maintenant, mais qu'il était pourtant déjà alors qu'il rivait, ce breton qui a toujours ressemblé à l'hermine de l'écusson de son pays! Inutile et impossible entreprise, du reste, indigne, selon moi, d'un artiste de race, — car les grands artistes, les inspirés, ne reviennent jamais sur leurs œuvres ; c'est un signe de médiocrité : ils brisent la statue; ils ne la retou- • li.ni pas! — mais entreprise qui montrerait pourtant que L'artiste, en Paul Féval, même converti, se sent encore, qu'il tient à la gloire de son passé, et qu'il pas prèl à donner la démission qu'on lui demande d.' sa Fonction de romancier.

Quanta l'histoire qu'il vient d'écrire, cette heureuse infidélité aux habitudes de toute sa \i • el ."<. l'emploi

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de ses facultés qui lui a si bien réussi, nous avons dit notre opinion sur le talent inattendu qu'il révèle, et que le livre Jésuites! (historique aussi sous sa forme militante et enflammée) aurait pu d'ailleurs faire pressentir ; mais il n'y a vraiment que ceux qui liront ces Merveilles du Mont Saint-Michel, lesquelles forment une merveille de livre, qui la trouveront justifiée.

On n'a jamais concentré plus de faits dans moins de pages, et réduit un vaste sujet à tenir dans le creux d'une main d'homme assez empoignante pour l'y faire tenir. Sept cents ans d'histoire passent au pied ou pivotent autour de ce monastère et de celte forteresse tout ensemble, et ces sept cents ans sont racontés avec un détail d'érudition qui étonne encore plus que l'éloquence du récit. Par Dieu ! l'éloquence ne nous étonne pas dans Féval, mais que lui, le romancier, le gai et pathétique conteur, l'improvisateur, le coureur, le Basque du feuilleton, soit devenu tout à coup antiquaire, architecte, chroniqueur, et surtout hagiographie, qui est une manière d'historien spécial dans l'histoire générale, voilà ce qui a droit d'étonner. Les rieurs s'attendaient à un capucin, et c'est un bénédictin qu'ils trouvent ! Les chapitres du livre, qui ressemblent à des fermoirs d'or s'ouvrant et se refermant sur le récit, donnent une idée de ce qu'il y a ici d'intéressant et de grandiose. C'est d'abord l' apparition et la fondation du monastère, puis les moines, puis les si anglais, puis les sièges protestants, et enfin les dernières

pages, et la fin des merveilles... Ces merveilles ne sont sulement les beautés architecturales de ce monument sans égal dont Féval fait l'histoire, tantôt avec le charme naïf d'un chroniqueur des plus vieux temps, tantôt à la manière d'un historien pénétrant, qui — comme Bossue I lui-même — interprète tout au point de vue prédestiné et divin. Si grandes qu'elles soient, ces merveilles, dans lesquelles la main de Dieu évidemment soutint la main des hommes pour les accomplir à travers tant de difficultés, tant d'obstacles, tant de malheurs, il en est, pour moi, de plus grandes, et ce sont les guerres séculaires qui vinrent, comme une succession de tempêtes, liai Ire les murs de ce monastère consacré, et se heurter vainement contre l'autel élevé au porte-épée de Dieu, dressé du sein des Ilots comme un bloc aimanté pour attirer, des quatre points de l'horizon, les pèlerinages des rois et des peuples, — et pour attirer aussi les armées et les batailles auxquelles il a toujours résisté.

Et voilà certainement le plus merveilleux de l'histoire que Paul levai a écrite. Cette histoire, je le sais, il l'a mêlée a bien des choses qui, peut-être, onl nui à la composition et à l'arl de Bon livre. Il l'a mêlée même i des choses modernes, que, polémiste autan) qu'historien (le polémiste «le Jésuites/), il n'a pas pu approcher de sa plume -an- que cette plume de soufre prit feu. Mai- telle que la \ tilà, celte tiistoire, avi

vêlement dramatique d'orateur el ces trouées

dans le monde moderne, — ce monde moderne qui marche à toute minute sur le cœur chrétien de Ferai et le fait crier! — elle est vraiment aussi superbe que les choses superbes qu'elle raconte, et les choses qu'elle raconte, ce n'est plus les gestes de Dieu par les Francs, c'est les gestes des Francs par Dieu même. Il n'y a, en effet, que Dieu ici. On n'y aperçoit que les deux mains de Dieu et les deux mains de son archange . Une circonstance inouïe dans ces Merveilles du Mont Saint-Michel, c'est que les prêtres du Dieu qui y apparaît tant n'y sont que des néants de prêtres, et l'historien le voit, et il le dit, malgré ses tempes brûlantes et l'illusion qui pour lui devait sortir du sacerdoce. J'avais peur qu'il n'en convînt pas... Dans le nombre des abbés qui gouvernèrent le monastère du Mont Saint- Michel pendant des siècles, il n'y eut guères que des hommes médiocres d'esprit ou de vertu. Aucun n'eut l'étoffe d'un grand homme. Un seul fut irréprochable : Jean de la Porte, mais il y eut parmi eux un traître, et ce fut Jolivet, l'homme des anglais. Tous, en somme, valaient beaucoup moins que les moines qui les avaient élus. Singularité triste, mais qui n'étonne plus quand on y pense. Les mauvais domestiques font faire la besogne à leurs maîtres, et on voit mieux la main de Dieu quand la main de l'homme ne la cache pas... Le Mont Saint-Michel a périclité longtemps par ses abbés, ruiné par la sordidité des uns, abandonné par l'ambition et la dissipation des autres, qui vivaient

à la cour et préféraient la mitre de soie de l'évèque à la mitre en laine de l'abbé. Puis vint la peste descommendataires ! Si le monastère n'a pas péri de ce mal intérieur qui lui dévorait les entrailles, c'est grâce à la piété de ses moines et au courage de ses commandants militaires, parmi lesquels il se rencontra un abbé, un abbécapitaine, Geoffroy de Servon, ami de Duguesclin, qui, au plus noir de la guerre de Cent ans, fit de sa crosse une lance et fut exactement un héros.

Mais il fut le seul. Toute la gloire et le salut du Mont et de son monastère appartiennent surtout à Dieu et à son archange, et c'est ce que Paul Féval a voulu surtout prouver. Ici, il n'y a pas qu'un monastère bâti à coups de miracles et une fois pour toutes, il y a Dieu et son archange, qui n'étend pas son épée et son bouclier seulement sur le pic où s'élève son autel et les quelques pieds de sable qui l'entourent ! De ce pic de deux cents coudées, il les étend démesurément sur toute la France, pendant les houles sanglantes du Moyen Age et les affres de cette guerre de Cent ans qui en dura cent vingt-cinq, alors que la France tout entière se croyait perdue. Je vais dire une chose bien frappante. Dans l'histoire de Féval, saint Michel est aussi visible que fut en France la personne physique de Jeanne d'Arc. La critique moderne n'en conviendra pas. La critique moderne, qui sourit de L'histoire uni verselle et providentielle de Bossuet, aura pour l'auteur des Merveille* du W>" Saint-Michel le

même sourire. Mais il n'a pas craint ce sourire-là. Ce quïl faut admirer, c'est son courage et la beauté de son livre. Ce courage a donné à son talent une immense palpitation et une force qu'on ne lui contestera pas, dût-on contester tout le reste. C'était difficile de faire accepter, même littérairement, l'immanence de saint Michel pendant sept siècles d'histoire. C'était difficile ! Mais il n'a pas hésité. Il a pris le taureau par les cornes, et les cornes du taureau lui sont restées dans les mains.

Lorsque tout éclate et crève de publicité autour de nous, c'esl comme une fatuité profonde de garder l'anonyme; et se le permettre, si on n'a pas le génie de Scott ou de Cooper, c'<'st courir le risque d'être puni 'fi Ton a péché. On a tiré sa couverture sur sa tête, et le public vous laisse mourir dessous. Tel sera-t-il le sort de l'auteur du Blessé de Novare (2)-? On dit que cet auteur n'est pas un débutant timide. Il passe pour expérimenté, connu déjà par des ouvrages dont la publicité o'a pas été, jusqu'à ce moment, ins sonore, ce qui esl presque une distinction dans un temps où les réputations les moins méritées font le bruit de ces innocents coups '1«- pistolet de papier que les enfants

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