‹ Romanciers d'hier et d'avant-hierChapitre 12 sur 32 · Dciitu · texte numérisé non relu

Dciitu

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de mal, à eux, nous fait du bien, à nous, nous donne une sensation nouvelle et charmante, par ce temps d'un ennui qui n'est pas seulement à l'Académie, mais qui est partout, et contre lequel nous nous révoltons, dans lequel nous nous abhorrons et ne voulons pas nous confire ! Je ne dirai donc jamais assez le plaisir que ce livre m'a fait, la jouissance très piquante qu'il vient de me donner. Je me suis, en le lisant, retrouvé vivant et français, et français de Y ancien régime! Je me suis dit que tout n'était peut-être pas perdu en France, puisqu il y avait encore des filons de cette gaîté-là. Le rieur de ce livre, qui rit, n'est pas l'affreux Homme qui rit de l'académicien Victor Hugo, ce monstre (c'est de Y Homme qui rit que je veux parler), mais c'est un rieur de cette nation qui avait, en riant, le plus de grâce, et qui faisait faire le tour du monde à son rire, — ce qui valait mieux que le drapeau de Mirabeau !

Cette joyeuse nation n'est plus. Qui fera l'histoire de son rire?... Qui fera l'histoire des transformations de

sa gaîté?

Que son rire avait de charmes!

J'en pleurais épanoui.

Le rire est évanoui,

Il n'est resté que des larmes !

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Hélas! oui! les larmes sont venues, et ce n'a plus été à force de rire. Mais qui donc les a fait verser ? Un jour, un de ces larmoyeurs, le plus brillant de tous, qui écrivait ce jour-là avec une plume prise à l'aigle noir de Bossuet <* qu'on put s'étonner de la quantité « de larmes que contenait l'œil des femmes des rois », n'écrivait ainsi que parce que la Révolution, celte horrible Sérieuse, était venue! Quoi qu'il fit et qu'il se crût le génie du christianisme, Chateaubriand ne fut jamais assez chrétien pour être gai. Il ne connaissait pas, pour se les appliquer, les paroles de celui qui a dit : « Mon poids est doux et mon joug est léger », aux craintifs et aux mélancoliques de son temps. 11 ne rit ni ne sourit jamais. Il fut triste, au fond, comme un protestant, ce catholique qui avait fait -ses études dans Rousseau, et qui, quand il ne l'aima plus, n'en gardapas moins toutes les mélancolies sur sa pensée... Chateaubriand, de race de chevaliers français qui teignaient de leur sang les armes de France (sa devise), n'avait point la gaité de la vieille et gaie France, la ^;iilé du roi saint Loys et du sénéchal Joinville, qui étaient des hommes gais, quoique héros et saints ! Quand la Philosophie déchristianisa la vieille France, elle la rendit sérieuse et pédante ; pédante ! le comble • lu sérieux, sa grimace accomplie. Puis la Révolution acheva ce chef d'œuvre. Après le sang coulèrent les larmes. Ce fut le temps de René et d'Obermann. On commença par le vague et on finit par le triste. Les

Méditations de Lamartine conduisirent aux Poésies de Joseph Delorme. A l'exception de quelques pages savoureuses et fortes de Balzac, le grand pantagruélisto, le plus étoffé des enfants de ce géant qu'on appelle Rabelais, et des adorables chansons de Désaugiers, — car Béranger est triste à porter en terre le diable auquel il ne croit pas, — tout fut empesté de mélancolie.

Mais après le scepticisme et la religiosité qui nous avaient encrassés de leurs vapeurs et de leurs humeurs peccantes, tout devint pire, comme dit l'Homère errant d'André Chénier (un triste encore), et le matérialisme finit par nous arracher du cœur tout sentiment bète, — comme il disait, — pour n'y laisser que des sensations positives, et il fit le vlîe, — le vide de la désespérance, — etlevide engendra l'ennui, et nous eûmes la littérature des Vidés, des Ennuyés et des Ennuyeux!

La voilà, toute cette pauvre histoire. Et voilà où nous en sommes pour l'heure. A la littérature, qui n'est même plus triste, à la littérature du vide et de l'ennui ! Naturellement, des hommes qui n'ont rien dans le ventre ne mettent rien dans ce qu'ils écrivent. Ils prennent seulement les mots et les tordent comme du fer, et avec l'effort qu'on met à tordre du fer, mais leur fer reste creux. Ils sont ingénieux quelquefois, ils font de jolies papillotes : mais il n'y a pas de cheveux dedans. Ah! la littérature française peut bien chanter que sa gaîté s'en est allée, ou encore, cette littérature impassible: « Plus d'amour, partant plus

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de joie! », de ce vieux joyeux au rire divin. Même les Ballades joyeuses de Banville, le lyrique éclatant, ne sont pas joyeuses, et il n'en a fait que trente-six ! Enfin, la comédie elle-même, dont le métier est d'être gaie, mais qui ne sait plus son métier, fait des dénouaient s avec des coups de pistolet et incruste, dans des dialogues sans chaleur et sans verve, des mots cherchés et travaillés pendant trois mois... Aussi, lorsque Ton en est là, il faut bien convenir que c'est un événement heureux que l'arrivée d'un livre gai, d'un éclat de frais et bon rire, d'une mani/'-re (risque, pétulante et légère, qui fait l'effet d'un tlacon de sels anglais au cerveau, et, dans le néant littéraire où tout tombe, nous ragaillardit et nous ravigote l'esprit et le cœur!

Tel est ce roman de Paul Féval. Au fond, ce n'est qu'un roman d'aventures, enté sur une idée superstitieuse que la haute raison des temps modernes a pu fouler de son pied superbe, mais n'a pas arrachée encore de l'esprit humain, qui impe-rtinemment lui résiste. Le chevalier «le itôramour nomme le livre, qui a un -mu— titre : la Bague de chanvre. L'auteur a reculé devant le litre, qui n'aurait pas diï l'aire peur à sa hardiesse, et qui aurait du être : la Bague de corde de pendu. Le chevalier de Kéramour. un Breton du temps

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de Louis XV, ruiné de mère en fdle par la plus singulière des combinaisons, s'en va chercher fortune loin de son pays, et, après des complications diverses et des péripéties de toute espèce, il finit par épouser sa petite femme d'enfance, — sa cousine Vivette, — avec laquelle il est heureux et à qui il fait deux enfants, garçon et fille : le souhait du Roi! Jamais Conte — voire de fées ! — ne futd'une construction plus simple, dans sa donnée et dans ses éléments ; jamais bulle de savon ne fut mieux, d'un souffle, tirée d'un plus humble fuseau ; mais ce souffle est d'une délicieuse pureté, et jamais détails, d'une si simple donnée, ne furent plus inattendus et plus charmants. Mis rondement à la porte, avec neuf livres dans sa poche, par son oncle, monsieur Polduc Le Bihan, sur lequel je reviendrai, le chevalier de Kéramour, qui n'a que sa beauté et sa bravoure, — un vrai chevalier des Contes de fées, — trouve sur la route devers Paris un pauvre diable de pendu dans une forêt, et il a l'idée de faire une bague avec quelques fils de sa corde, entrelacés aux cheveux de sa cousine Vivette ; et c'est alors que commence de se dérouler le ruban bariolé de ses aventures, qui vont, jusqu'àla fin du livre, de surprises en surprises, comme on les entend et comme on les pratique au théâtre, où l'on marche d'ordinaire, comme sur un tapis, sur toutes les invraisemblances et toutes les impossibilités.

Un tel livre, tout en détails, ne se raconte point,

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mais ce sont les détails qui font la fortune des livres, et les détails de celui-ci sont ravissants. Malheureusement, le roman du Chevalier de Kéramour est rompu par la moitié, et tient dans l'atmosphère de deux mondes, — de la Bretagne et de Paris. Le Paris de la fin du règne de Louis XV y est peint d'une couleur très vive. Paris, la cour, les personnages de cette fin du xvme siècle, qu'on a peints tant de fois, ont été rechampis par Paul Féval une centième fois de plus avec un pinceau infatigablement spirituel, audacieux et léger comme cette époque où les jolies manières avaient remplacé les bonnes mœurs. Seulement, quoique très enlevée, cette seconde partie du roman est assurément inférieure à la première, qui se passe en Bretagne. L'auteur, qui est Breton et qui a déjà bretonne dans tant de livres, n'a jamais mieux bretonne que dans celui-ci. Il faut bien le rappeler, quoique tout le monde et lui-môme le sachent, le vrai talent de Paul Féval, sa profondeur, son essence, son originalité, la saveur embaumante de son talent, lui viennent de cette terre de Bretagne dont il est le fils. Aussi, dans son roman, voit-on avec chagrin son Kéramour quitter sa terre natale et entrer à Paris avec son valet Joson Menou, un bâton, pour la force, du temps de Bertrand du Guesclin, parce que là ils vont évidemment perdre tous deux de leur provincialité. Le roman diminue d'intérêt parce qu'il diminue d'accent. L'auteur, comme Anlée, a toute sa force sur le sein de sa

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mère, mais quand il n'y est plus, c'est un Antée en l'air dans les mains d'Hercule ; et Hercule, ici, cet Hercule que tous les romanciers connaissent, c'est la difficulté !

Eh bien, cette difficulté, souvent plus forte que le talent des plus forts, n'existe plus pour Féval une fois qu'il est en Bretagne ! Il est là chez lui, comme Walter Scott en Ecosse. Il n'a point certainement la céleste bonhomie de Walter Scott, qui était un grand bonhomme épique, non dans Ivanhoé, comme on l'a cru quand on ne connaissait pas le Moyen Age et où il ne nous a donné qu'un templier de keepsake à l'usage des bégueules anglaises, mais en Ecosse, et en Ecosse la plus Ecosse, — celle de 1745. Paul Féval n'a point l'épique de Walter Scott, qui est épique jusque dans sa gaité ; mais il a, dans la sienne, des soudainetés, des jaillissements, des étincelles, du vif argent et du phosphore que n'a point le vieux Walter Scott, dont le comique est profond et rassis. Le rire de Paul Féval, ce bon rire exilé maintenant de la littérature française et que je retrouve à tant de places dans le Chevalier de Kéramour, y éclate comme un écho purifié des immenses écla/fements de notre père et mère Rabelais (comme le nommait Chateaubriand, ce qui, pour un Triste, n'était pas trop mal!). Le rire de Walter

Scotl n'a pas cet éclat et cet étincellement d'émail de dents blanches qu'aie rire de Paul Féval, ce rieur! C'est plutôt, chez Walter Scott, un sourire qu'un rire, — un large rire silencieux. Paul Féval a moins de naturel que Scott et plus de caricature ; mais la caricature, c'est du naturel dans l'outrance : c'est donc encore du naturel. Paul Féval ne nous donnerait pas des ligures comme celles du juge de paix Foxley, de Pierre Peables le plaideur, et du capitaine de Jenny-

-Sauteuse dans Redgauntlet), cette variété de trois ivrognes de génie. Mais il nous donne, dans son Chevalier de Kéramour, monsieur Polduc Le Bihan, le fort buveur de cidre, qui a inventé tout un ordre de jurons pour jurer tout son saoul sans offenser Dieu, et qui proteste, L'épéenueà la main, à la tin de chaque repas, en L'absence perpétuelle d'un chapelain qu il ne peut appointer et qu'il dit en vacances, contre l'usurpation de la duchesse Anne de Bretagne, laquelle lui a volé sa couronne ducale; et cette tète de monsieur Polduc Le Bihan est excellente, et d'une verve qu'aurait assurément goûtée avec délices le grand peintre en originaux et le grand connaisseur écossais.

Ainsi, comme Walter Scott, — et ce n'est pas un

médiocre honneur pour Féval que d'être comparé à

- oti, n'importe dans quelle proportion, —

ainsi, comme Walter Scott .Paul Féval est avant tout un

provincial, ce mol relevé h cent pieds de hauteur à

ut. et voilà >ou mérite le plus grand, comme ce

sera sa meilleure gloire, que d'être un provincial ! Quand il est parisien dans ses œuvres, car il vit à Paris depuis des années et il a été trop magnétisé par cette drôlesse de Paris pour qu'avec son esprit gai et narquois, et si bon enfant dans la narquoiserie, il ne soit pas devenu parisien jusqu'aux ongles, et il Test ; seulement alors, quand il l'est, il n'est plus que cela (un parisien) dans la littérature française, et nous en avons tant de parisiens ! ! ! tandis que breton il est vraiment lui-même, et souvent exquis, et un solitaire comme le diamant ; car je ne sache que lui qui sache comme lui la Bretagne. Plus nous irons, d'ailleurs, plus ce cancer de Paris qui ronge tout de la personnalité de la France ira s'agrandissant, plus ceuxlà qui se tiendront sains et àl'écart dans l'autochtonie de leur province garderont dans leur talent de personnalité et de caractère. A Paris, tout se polit et s'efface par le frottement de tous contre tous ; c'est la fusion et la détrempe universelles. Mais, s'il y a en France, dans cette nation sociable comme une câlin, quelque chose qui ressemble encore à la virginité d'esprit qu'on appelle l'originalité, c'est en province, et c'est là seul qu'il faut chercher cette escarboucle des littératures. Or, Paul Féval a le bonheur d'appartenir à la province qu'a le moins touchée cette influence de Paris, qui finira par égratigner et mettre en poussière jusqu'aux granits de ses dolmens! Si j'avais donc un -conseil à lui donner, ce serait de se cantonner et de se

calfeutrer dans sa Bretagne, dans l'esprit, les souvenirs et les coutumes du pays qu'il connaît si bien, de s'y ramasser et de s'y 'condenser tout à fait au lieu de B'éparpiller à tous les souffles de la rose des vents de Paris, et peut-être linirait-il sa vie par ce chef-d'œuvre absolu qui fixe enfin la gloire d'un homme et qui lui a toujours manqué.

Son Chevalier de Kéramour est comme une senteur anticipée de ce chef-d'œuvre qui est encore à venir. C'est Paris, la cour, Richelieu, Sartine, toutes les vieilles choses connues, qui ont fait échec au chefd'œuvre possible; et c'est surtout Paris, ce monstre de Paris! Les habitudes du feuilleton, qui sont une dépravation de Paris, ont atteint jusqu'au style de Ferai, dans son roman de Kéramour. C'est le style haché par trop menu de l'homme qui tire à I". ligne (joli style de Paris! .C'est ce style àl'Alexandre Dumas, qui menait quatre feuilletons de front dans quatre journaux différents; ce style rompu... mais non elaudicant, sautillant plutôt, avec des vivacités d'écureuil, qui fut mis à la mode par Dumas père dans la littérature, el dans la politique par Emile de Girardin, et que je voudrais voir remplacé chez Féval, dans sa maturité, par un style plus ample, à attaches fortes, avec

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des articulations léonines... Ah! que Paul Féval ne craigne pas d'étoffer sa manière ! Il lui restera bien toujours assez de mouvement, d'esprit, d'agilité, de souplesse, de gaîté étincelante, de qualités jadis françaises, et il vient de le prouver dans ce dernier roman du Chevalier de Kéramour. De toutes les facultés qui forment son talent très complexe, la première et la plus caractéristique, c'est l'observation etle sentiment de la comédie, et nous en avons été frappé il y a longtemps. Dans un des meilleurs livres qu'il ait produits (Aimée*), cette observation se montra ironique et presque cruelle. Mais dans ce Chevalier de Kér amour, joli comme le nom de son héros, il a désarmé sa gaîté et elle n'est plus que charmante. Malgré les défauts de ce nouveau roman d'aventures, on est tellement saisi par cette gai té, comme on n'en voit plus dans les livres de cette heure du siècle, qu'elle fait disparaître tout le reste dans son enchantement !

Voilà ce que l'auteur du Chevalier Des Touches avait à dire à l'auteur du Chevalier de Kéramour !

« Ceci nest pas un route, » écrivait un jour Diderot tout en flammes, l'inventeur Diderot, battu par un sujet qu'il n'avait pas inventé, et c'était son meilleur roman. « Ceci nest pas un conte non plus !» peut dire

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Paul Féval de ces Etapes d'une Conversion (1), qui seront peut-être aussi son meilleur roman: ear il n'est pas fini, ce livre... Nous ne sommes qu'au point de départ de ces Étapes.

Paul Féval, qui joue depuis plus de trente ans avec les haltères du feuilleton, a gardé les habitudes que ce diable de feuilleton nous donne. Comme Balzac lui-même, Paul Féval s'est courbé sous cette tyrannie littéraire d'un temps qui ne reconnaît plus en tout que Sa Majesté la Foule, et où tout le monde écrit pour elle. Sans contredit, il faut être fort pour se courber là-dessous sans se rompre I Mais on garde le pli pour sa peine de s'être courbé, et on continue de procéder comme on a procédé toute sa vie. On publie, en le scindant, un livre qui devait être fini dans la pensée de l'auteur quand il a commencé de L'écrire, et par là on embarrasse mortellement la Critique, qui, pour juçer une œuvre, doit l'étreindre toute dans la profondeur de son unité et la précision accomplie de son contour. Voilà ce qui fait hésiter à parler de ce livre, impatientant pour la Critique qui ne peut pas se scinder comme le livre el >e mettre en petits paquets. Mais une raison qui n'est pas Littéraire a toul emporté de mes velléités de silence, une raison qui vaut mieux que t.. ii 1rs Les littératures, et cette raison, c'est que : i n'est pas un conte/ » C'est qu'ici — dans ces

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Etapes d'une Conversion — il y a une vérité qui palpite plus fort que le talent n'a jamais palpité, et qu'enfin, pour ceux qui comprennent la beauté et la grandeur de la vie, il y a mieux même que le génie d'un homme dans un homme, — il y a son cœur I

Les Rois, quand on avait des Rois, faisaient mettre le leur dans des boîtes d'or et les envoyaient aux Églises auxquelles ils avaient le plus de foi et qu'ils avaient le plus aimées. Paul Féval, qui, par le talent et le succès, a eu sa manière d'être Roi, Paul Féval, dont la conversion a fait éclat en ces derniers temps, amis son cœur ici, — et je vous jure que c'est une boîte d'or, digne d'être offerte à Dieu, sur son autel !

Il s'est converti, en effet, non pas à l'idée, mais à la pratique chrétienne. L'idée, il l'avait. Il pensait comme nous. Il croyait comme nous. 11 avait l'imam table christianisme du Breton, dont rien n'avait pu entamer la solidité pure : ni la vie de Paris, ni le scepticisme de Paris, ni la dispersion de tous les sentiments dans ce funeste Paris, qui tient de la roue pour nous moudre le cœur et du vent pour nous l'éparpiller. Il avait cela, et il était assez chrétien comme cela, au regard des superficiels, qui le trouvaient charmant et léger et gai d'esprit comme pas un d'entre eux ; car

il avail le charme, la légèreté el la gaité de l'esprit qui n'empêcheraient pas d'être un saint si on avait envie de l'être, et qui s'ajoutent même à la sainteté pour la faire plus séduisante, quand on l'a. Seule, la pratique lui manquait. Presque rien! Mais ce presque rien, c'est là tout. G'estla dentelle qui est le mur d'airain, transparent mais impénétrable. Un jour, le mur d'airain fondit et laissa passer l'homme de foi jusqu'à l'homme d'action.

Comme son incomparable homonyme, Paul Féval n'a pas été frappé de la foudre solaire sur le chemin de Damas. Le chemin de Damas ne se trouve guères sur les boulevards de Paris ! 11 n'a point entendu la voix puissamment tendre qui dit l'irrésistible : Pourquoi donc me persécutes-tu ? car il n'avait jamais persécuté Celui-là qu'ilaurait dû suivre, et que pour son malheur et son péché il ne suivait pas. Mais Dieu, qui a, quand il le veut, tous les moyens de nous atteindre, Dieu, qui donne à sa Grâce divine toutes les formes humaines qu'il lui plaît, donna pour Féval à sa Grâce le visage d'un ami et d'un homme fait par l'esprit pour tout renverser comme la foudre, et qui se contenta de lui planter et de lui enfoncer doucement dans le cœur, pendant des années dont je ne sais pas le nombre, les racines de cette conversion que voilà maintenant tleurie et épanouie sur sa tombe '■

Cet ami, Paul Féval l'appelle tout simplement Jean dans son livre, mai.--, en réalité, il s'appelait d'un nom

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qui deux jours fut célèbre. Il s'appelait Raymond Brucker.

Je l'ai connu, et j'en ai déjà parlé ailleurs 1 . Raymond Brucker, qui fut la Grâce pour Paul Ferai, et pour tant d'âmes qui ne Font pas dit comme Féval, fut l'Inspiration pour une foule d'esprits qui ne l'ont pas dit davantage. Dans ce monde constipé de cœur et bourrelé de vanité discrète, n'attendez pas que le moindre quinquet littéraire allumé par Brucker reconnaisse lui devoir l'étincelle tombée sur sa mècbe! Mais je nommerais, s'il le fallait, tous les hommes issus de la brillante éclosion de 1830 à 1848, et je montrerais qu'il n'en est peut-être pas quatre qui n'aient porté sur leur front le souffle enflammé de Brucker, de cet homme qui eut les deux souffles : qui eut d'abord l'influence naturelle du talent, et, plus tard, l'influence surnaturelle de la foi... Aucun parmi nous ne lui a ressemblé. Ceux qui l'ont connu, et qu'il savait fasciner par l'extraordinaire d'une éloquence à laquelle rien ne ressemblait, l'admirèrent :-ouvent comme un homme fait de toutes pièces, et de prodigieuses pièces. On trouvait en lui du Thomas d'Aquin

t. V. Les Œuvres et les Hommes : Les Romanciers '1" - IV volume).

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et du Shakespeare, du Diderot et de l'O'Connell. Mais la puissance réelle de l'homme dans lequel on trouvait des morceaux de tels hommes, n'était pas là. Elle était ailleurs. Selon moi, Raymond Brucker fut, de nature, ce que je me permettrai d'appeler un homme-cause (chose rare !), qui donnait à tousles esprits la chiquenaude de Dieu pour les faire mouvoir et vibrer. Là était sa vocation, son génie, son destin dans la vie Quand il n'était plus cause, il n'était plus rien. Il s'écroulait. Avant d'être devenu chrétien, il a fait des livres, comme nous tous; il en a fait des tas, témoignant de facultés et de connaissances encyclopédiques qui s'emmêlaient et s'enchevelaient, mais pour n'aboutir qu'à des œuvres puissamment manquées. Les livres, ces édifices difficiles el lents à construire, impatientaient ses mains rapides et brûlantes et ne lurent jamais, sous les siennes, que d'éblouissantes imperfections. On ne bâtit point avec de la flamme , La sienne allumait les esprits. Quand c'était fait, son œuvre était faite... Né pestiféré dans un siècle pestiféré, et malade de toutes les maladies de son temps, sentées par tous le- systèmes, il guérit de toutes parle miracle de cette Grâce, qui opéra en Lui par des voies sei-rètes : car il ne fut le Féval de personne. Nul homme ne devait être pour lui ce qu'il fut pour les autres hommes, et Dieu seul dut agir sur lui comme, lui, il agissait sur ou\. Telle fut, vue par en haut, et - - <omme un arbre en pleine forêt abattue, de

toutes les facultés qui jetaient leur épaisseur sur elle, la supériorité absolue de Raymond Brucker, de ce porte-flamme, qui, comme la flamme ne laisse rien après elle, n'a rien laissé après lui, et, tout entier, s'est évaporé. Il n'a laissé ni œuvre devant les hommes, ni gloire faite par eux, les ingrats ! et sans la tendre admiration de Paul Féval, et peut-être sa reconnaissance d'âme sauvée, Brucker courait probablement la chance d'être aujourd'hui tout à fait oublié. Mais, romancier jusqu'à sa dernière heure, Paul Féval, qui fut son ami, a voulu tailler un roman de plus dans l'étoffe de cette personnalité qui prête à tout, tant elle est vaste et contrastée! et c'est ainsi que l'homme qui a le plus fécoadé les têtes de son temps, comme Socrate accouchait celles du sien, l'inspirateur de tant d'esprits pendant sa vie, va, après sa mort, par une singulière opiniâtreté de la destinée, en inspirer encore un.

Et si celui-là continue son livre comme il l'a commencé, il fera un délicieux roman, et probablement le plus délicieux qui soit jamais sorti de sa plume. Brucker aura donc porté bonheur autant au talent de Paul Féval qu'à son âme. C'est Brucker, en effet, qui est le roman même ; il n'en est pas seulement un personnage, il en est le centre, le cadre et le sujet. Ce roman (qui n'est pas un conte) serait-il son histoire ? Seul, l'auteur pourrait répondre à cette question, et révéler le mystère d'une composition qui, comme

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toute composition, a son mystère, et où deux histoires vraies peuvent s'entrelacer et se fondre, comme dans beaucoup de romans et de poèmes, pour n'en faire qu'une, sans que l'on sache bien où l'une de ces histoires finit et où l'autre commence. Quoi qu'il en soit, et d'ailleurs cela importe peu! la conversion racontée ici est un fait réel, soit de la vie de Brucker, qui s'est converti à un certain moment d'une vie longtemps profane, ou de la vie de Paul Féval, certainement moins profane, et qui vient aussi de se convertir. Dans tous les cas, ce qui reste acquis au débat, c'est que cette conversion n'est pas inventée, et qu'on le sent à la manière émue et pénétrante dont elle est racontée. Brucker ou Paul Féval, il y a ici le plus touchant, le plus attendrissant, le plus exquis des convertis et des conteurs. Dans la forme du roman, et sous le masque de verre de ce nom de « Jean », qui ne trompe personne, c'est Raymond Brucker qui raconte en son propre nom; et il y est d'une vérité frappante d'accent et de physionomie, animés l'un et l'autre par des détails charmants, et qui, évidemment, ne peuvent appartenir qu'à cette nature de Raymond Brucker, presque ininventable d'originalité. J'ai parlé plus haut de lui, et je n'ai montré que le Brucker intellectuel et la note la plus élevée et la plus grave de sa prodigieuse intellectualité. Mais, dans le livre de Féval, Brucker est intégral et embrassé par tous les côtés de son esprit et de sa vie. C'est Brucker, tombé

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des athénées du monde dans les cryptes des églises chrétiennes. C'est Brucker, le prédicateur, avec ses impétuosités de converti, ses beaux mépris du monde, ses brusqueries tendres, sa bonhomie sublime ou plaisante, sa poignante sensibilité, sa mordante gaîté qui caressait encore lorsqu'elle mordait, son faste d'humilité, car parfois, Diogène chrétien, il affectait l'orgueil de l'humilité contre l'orgueil philosophique, et son inattendu dans le paradoxe qui terrassait l'idée connue et commune et vous rasait si près de terre un sot! et cette éloquence à l'O'Connell, où le grandiose et le trivial se battaient comme la pluie et le vent dans Shakespeare, — cette éloquence, entendue et ressouvenue, dont l'auteur des Étapes d'une Conversion a pu être l'écho, et, plus intime que l'écho : la harpe éolienne! Le vent passe dans les cordes de la harpe éolienne et s'imprègne de leur harmonie. Paul Féval passe à travers Brucker et devient Brucker en y passant. On se dit : « Le voilà ! c'est bien lui ! » Paul Féval est un thaumaturge. Les Busses ont une adorable coutume. Le jour de Pâques, ils s'embrassent quand ils se rencontrent et se disent joyeusement : Le Christ est ressuscité ! Moi qui ai longtemps aimé Brucker, j'ai dit aussi avec une joie attendrie, après avoir lu les Etapes dune Conversion : « Baymond Brucker est ressuscité ! » et j'aurais bien demandé à Paul Féval la permission de l'embrasser pour m'avoir fait ce bonheur-là.

En effet, peindre ainsi, c'est ressusciter. Écoutez le peintre : « Mais c'est lui surtout, — nous dit-il, — créa- « ture brillante et incomplète, poème auquel il man- « quaitdes feuillets, c'est Jean lui-même qui vit en moi « avec tout ce que Dieu lui avait donné, défaillances « et vigueur, lumières et ombres. Quand je détourne « mes regards du présent pour les reporter en arrière, « je vois, comme si elle était là devant moi, cette tète « tourmentée, mais si calme ! de l'esclave de la foi qui « s'émerveillait d'avoir douté ; cette figure du libre

penseur prisonnier de Dieu ; ce masque imprévu. a si absolument divers, frivole et profond, travaillé « par la fièvre du savoir, mais tout pénétré de séréni-

■ tes naïves, qui m'a fait si souvent, si souvent, penser « et pleurer...

« Il est là, le vieil homme que j'aimais, — véritable- « ment homme, pétri d'humilité et de dédains, de « charité et de cruautés ; amalgame de douceur, d'a- « mertumes, d'obéissance, de murmures, d'impru- « dence et de sagesse, et bon, loyal et généreux ! Le

■ voilà, avec ses Lraits hardis, bizarrement fouillés, sa « joue longue, creuse et blême, hachée de rides dont a chacune trahit un Barcasme guéri, une colère « apaisée, une plainte réduite au silence. Va-t-il

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« parler, lui qui était l'éloquence même? Sa bouche « s'ouvre dans le sourire de ceux qui ont béni la doute leur ardemment. Son grand front pense et prie. Son « regard, qui semble éteint, couve sa puissance <- comme un foyer, endormi sous la cendre, disperse « en gerbes, dès qu'on le remue, le soudain réveil de « ses éclairs...

« Il avait été très beau. Madeleine disait cela. Moi, « je ne le connus que longtemps après sa jeunesse « passée... Parfois, sa haute taille abandonnée se re- « dressait tout à coup comme celle d'un soldat qui « oublie sa blessure, et parfois aussi, du fond de lui, « une corrosive odeur d'orgueil s'exhalait, malgré « l'humiliation volontaire et sévère de sa vie. Rien ne « restait de la fortune si cavalièrement conquise à la « pointe de sa plume, et sa plume, qui avait été dor, « ne valait pas même à présent l'outil du plus vulgaire « ouvrier, puisqu'il avait peur d'elle au point de la « condamner à l'immobilité. » — Peur d'elle! c'est le seul mot que j'aurais voulu changer à ce portrait superbe. Peur d'elle? Brucker? Il en avait le mépris!

Et quelques lignes plus bas : « Il apportait dans « l'expiation la fougue et la force de sa nature. « Comme il avait vécu d'orgueil, il était avide de race baissement et ambitieux de décadence. Pour lui, en « fait de chute, rien n'était assez profond. Comment « dire? L'orgueil se glisse partout, jusque dans la « sainte passion d'expier l'orgueil. »

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Que vous savez bien dire, au contraire, et que j'aime cette manière de peindre ! Je ne crois pas que l'on puisse faire plus simplement, plus profondément et plus magnifiquement vivant. Et ce n'est là que quelques traits que je détache de ce portrait, qui est moins un portrait que la vie, la voix, le geste et l'âme d'un homme, gravés ineftaçablement sur la toile palpitante et vivante du cœur d'un autre homme. Si je n'étais pas saisi par la puissance de cette image réapparue devant moi, par l'aspect troublant de ce revenant que j'aime à voir revenir sous la plume évocatrice de Féval, je vous aurais fait remarquer toutes les beautés de celte peinture, dont chaque coup de pinceau est une pensée, dans un temps où ceux qui passent pour des peintres n'ont que de la couleur physique à mettre par-dessus leur néant, comme des maçons mettent du mortier dans des trous.

Du reste, c'est presque une conversion aussi que cette manière de peindre. La Grâce, quand son rayon tombe dans un homme, va jusqu'à L'écrivain. Paul Féval, en ses Étapes d'une Conversion, nous s révélé, par des qualités neuves, une manière pensive, intime, recueillie et profonde, que je ne lui counais~,ii> pas,

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du moins au même degré où je la lui vois maintenant. Ce n'est plus ici l'homme de ces grandes fresques qu'il a peintes toute sa vie, avec ce pinceau infatigable et ailé qui allait quelquefois trop vite et qui semblait capable défaire quatre-vingts lieues àl'heure, comme les ailes du martin-pêcheur. L'auteur à fond de train et ventre-à-terre des romaus les plus lus et les plus aimés de ce siècle, qui a la fringale des romans, s'est rassis dans cepetitvolume. lia mis sa tète dans sa main, comme la Mélancolie d'Albert Durer. En ce livre d'un christianisme qui ne l'est pas, comme tant de livres, de superficie, il ne travaille plus pour les appétits de ce gros boa de public qu'il a pu rassasier, mais sans le faire jamais dormir. Il y a travaillé pour les délicats, pour les esprits choisis, pour les âmes religieuses, pour le petit nombre des Élus, aussi petit, ce nombre-là, en littérature que dans le ciel! Autrefois et naguère même, il versait son talent à Ilots dans toutes ces têtes qui sont le plus souvent des cruches ; et, fébrile de verve, pour le répandre plus vite et plus abondamment, il aurait volontiers cassé le goulot de la bouteille. Maintenant, c'est de l'extrait de talent qu'il va nous donner dans de petits livres qui rappelleront ces fines aiguilles de cristal dans lesquelles on enferme l'essence des roses... Les Etapes d'une Conversion auront trois volumes comme celui-ci, et seront publiés en trois fois. Mais je n'avais pas à examiner littérairement ce premier volume, dans le-

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quel la personnalité de Brucker tient toute la place et où il n'y a pas d'étapes encore.

Ce n'en est pas une, puisqu'on n'a pas marché, que le récit, qui commence le roman à venir et finit le volume actuel, de cette mort d'un père pénétrant des premières impressions chrétiennes l'âme d'un enfant qui les retrouvera un jour dans son âme et qui redeviendra chrétien. Les sentiments que ce pathétique récit remue dans les âmes, on les saura, en le lisant, mais il n'y a que les connaisseurs littéraires qui apprécieront le tour de force dans le chef-d'œuvre de ce récit. Dans quels livres, et chez quels romanciers, n'a-t-on pas vu des morts chrétiennes? Elles sont si belles qu'elles tentent même ceux qui ne croient pas. Elles sont une espèce de sublime facile, à la portée de tous les talents. Mais dans quel roman a-t-on abordé, avec une pareille précision, tout ce qui constitue la mort chrétienne dans les plus petits détails des cérémonies dernières de l'Église, et sans oublier une seule de ses maternelles attentions pour le Fidèle qui meurt dans bod sein '. L'artiste, doublé nouvellement du chrétien dans Paul Féval, a élevé le tout à un idéal de beauté qui prouve que le talent est déjà chez lui transfiguré par la Foi.

Il y a bien encore ça et là. à quelques touches (dans la Madeleine, la gouvernante de Jean, par exemple . du Paul Féval d'autrefois, de cet esprit charmanl que j'ai tant loué dans le Chevalier de Kéramour; mais la

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Grâce l'a pris et a trempé le rieur aux sources de ces larmes qui rendent si heureux ceux qui les répandent que, dit-on, à cette marque on reconnaît les Saints. Le chrétien que voici en deviendra-t-il un?... Je le souhaiterais pour lui, son talent dût-il en périr. Seulement, je suis bien sûr qu'il n'en périrait pas ! Je ne suis pas de ceux qui lui diraient, comme un critique chrétien le lui disait l'autre jour (drôle de christianisme !) : qu'il ne fallait pas trop se convertir, pour rester plus utile. L'utilitarisme, en religion, est aussi bas qu'en autre chose... Il n'y a de beau et même d'utile, puisqu'on aime ce mot et cette idée-là, mais d'utile dans le sens infini, que ce qui est beau, toujours plus beau, que ce qui se rapproche le plus de la Beauté Éternelle! Goethe, — qui, malgré ses airs d'Olympien, fut quelquefois grotesque, s'est plaint toute sa vie de la longueur du nez des chandelles qui éclairaient (mal) les veillées de son génie; — Gœthe. mourant comme il avait vécu, criait, en mourant : « Toujours plus de lumière ! toujours jAus de lumù Nous disons, nous, à Féval, comme à tous les chrétiens : « Toujours plus de christianisme ! toujours plus de christianisme ! » parce que c'est plus de lumière. Mais ce n'est pas (heureusement!) la lumière de Gœthe.

tjuand on annonça, presque immédiatement après les Étapes d'uni' Conversion, un livre du nouveau converti Paul Féval, j'étais loin de m'attendre, je l'avoue, à celui-ci. On avait parlé d'un livre sur les Jésuites, et je croyais que le célèbre romancier, resté romancier quoique ardemment devenu chrétien dans sa vie comme dans sa pensée, allait nous donner un roman dont les Jésuites seraient le sujet et les héros. S'il y a, en elTet, des hommes historiques qui, à force de génie et d'héroïsme, de science religieuse et de science mondaine, semblent allumer le roman dans l'histoire, ce sont les Jésuites, à coup sûr. Pourquoi donc pas un roman dans lequel ils auraient figuré? Le grand romancier protestant, Walter Scott, a bien écrit les Puritains. Pourquoi un grand romancier catholique n'écrirait-il pas les Jésuites 1 ? Pourquoi ne taillerait-il pas quelque superbe roman dans celte histoire immense : l'histoire des Jésuites, — trop vaste certainement pour être embrassée et tenir dans une Beule composition, fùt-elle épique; car elle contient plusieurs épopées... D'ailleurs, il y avait une revanche à prendre. La haine voit plus clair pour faire le mal

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