XAVIER AUBRYET ET ALBÉRIC SECOND
leurs deux ouvrages. Ils ne sont pas de la même École. Ce sont des esprits trop personnels et trop libres pour faire partie de ce qu'on appelle une École, — ce manège de cheval auquel les gens d'esprit, ces audacieux casse-cous, répugnent. Mais, ce qui n'est pas la même chose, ils sont victimes du même milieu; et moi qui ne suis pas Taine, qui ne crois pas à l'influence irrésistible, fatale et nécessaire, des milieux sur l'esprit humain, j'aime assez les deux écrivains que voici pour désirer qu'ils sortent du leur. Je les aime assez pour vouloir les en arracher, afin d'avoir un jour leur talent dans toute la plénitude de sa force et la vérité de sa saveur.
S'il y avait, au lieu de victimes, des coupables, c'est Xavier Aubryet qui serait certainement le plus coupable des deux. Xavier Aubryet (que je sache) n'a jamais pratiqué La chronique, ce genre à part dans le journalisme contemporain] destructif, dans un temps donné, de toute littérature. 11 est même, au contraire, de naturel, d'étude et d'ambition, ce que nos pères appelaient autrefois un homme de lettres. Par ses fa- Cultés Comme par se- préoccupations, il devait donc
mieux échapper à L'influence tyrannique de Paris qu'Albéric Second, bien plus homme d'esprit
qu'homme de lettres, en sa facilité charmante, chroniqueur émérite et chevronné, un des plus excellents dans cette spécialité, que j'ai la rigueur de trouver mauvaise. Et cependant Aubryet Ta tout autant subie, cette asservissante influence de Paris, dans son livre, qu'Albéric Second dans le sien... Grand étonnement pour moi , je l'avoue, qu'un homme qui a, comme Xavier Aubryet, toutes les bravoures de l'esprit, que ce crâne pimpant du paradoxe à qui j'ai vu, dans l'ordre intellectuel, casser tant d'assiettes, ne se soit pas soustrait, a vec le bond de la contradiction, à cette domination de Paris qu'en politique il sait éloquemment maudire ! En morale, la maudirait il moins? Lui, le misanthrope à la Chamfort, qui rejette si bien au nez de la société les crapauds qu'elle veut nous faire avaler à tous, ferait-il exception pour ce crapaud-là, qui s'appelle Paris?... Toujours est-il que cette fulminante sensitive qui se rétracte en lui, avec la furie du dégoût, au moindre contact des mains canailles qui à cette heure s'allongent partout et manient tout avec de si indignantes familiarités, se montre aussi parisienne épanouie, dans la Vengeance de Madame Maubrel{i . qu'on l'est dans la Vie "parisienne, par exemple, où l'on eût pu très bien publier ce livre si complètement parisien de langage, et qui n'aurait troublé en rien les habitudes de la maison.