XAVIER AUBRYET ET ALIÎERIC SECOND
La Vengeance de Madame Maubrel! Ce n'est pas même une vengeance du tout que cette prétendu e vengeance, qui m'avait fait tout d'abord me pourlécher les lèvres comme un vampire mis en appétit . Mais, mon Dieu! que j'ai été pris! et comment ne l'aurais-je pas été? J'étais avec Aubryet, le délicat des Patriciennes de Vamour, un homme qui n'est jamais vulgaire, et qui, pour échapper à cette ornière qu*on appelle la vulgarité, se jetterait dans tous les sauts de loups du cùté opposé, la tète la première. Assurément, l'aristocrate de sentiment et de sensation à qui j'avais affaire ne nous donnerait pas quelque crime grossier accompli sur une femme commune, et auquel elle répondrait par quelque vengeance physiquement féroce ou bassement perfide, comme on nous en donne tant dans les livres sensuels et matériels dont, à cette heure, nous nous repaissons. Voilà, tout d'abord, ce que je croyais. Le roman, dans son action même, commençait très bien. Il s'agit d'une femme restée vierge, quoique mariée; par une convention conjugale assez incompréhensible; car de toutes ces conventions-là on ne comprend, sans rire, que celle des Saints (comme, par exemple, celle de sainte Edith el de saint Edouard le Confesseur, qui, elle, est auguste et tou-
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chante!). Mais, enfin, j'en acceptais l'incompréhensibilité, tant j'étais bon enfant d'espérance ! Cette femme vierge et mariée au plus singulier des savants, M. Maubrel, un savant pour les besoins de la situation, Aubryet en fait un portrait qui a l'idéalité d'un être impossible et pourtant la réalité d'une copie. Tout cela est charmant... Or, cette femme, une nuit, en chemin de fer, à moitié endormie (je ne discute aucune des circonstances qui s'entrelacent autour d'elle, cherchez-les dans le livre!), cette femme si pure est profanée par le baiser d'un inconnu, — le baiser d'iblis, comme diraient les Contes Orientaux. Et c'est de cet outrage qui la brûle de honte, c'est de ce pli de feuille de rose qui a blessé le sybaritisme d'une pudeur divine, qu'elle veut se venger avec l'énergie surhumaine d'un ange violé... Certes ! cela est hardi et nouveau, et d'une promesse qui m'a fait rêver ; mais que l'auteur n'a pas tenue... le malheureux '.
J'ai cru pourtant qu'il la tiendrait, quand j'ai vu sa madame Maubrel, après la mort de son mari, tué, comme il avait vécu, pour les besoins de la situation, chercher partout, avec l'acharnement d'une âme profonde qui n'oublie pas, et pour lui faire expier son crime, l'insolent farfadet qui l'a outragée ; — car il s'en est allé, il a disparu comme un farfadet ! Elle finit par le trouver, et c'est bien : j'espérais encore... Elle s'en fait aimer et l'épouse. Et moi, je Faisais mieux que d'espérer, je voyais poindre la vengeance