‹ România; chants de la RoumanieChapitre 19 sur 20 · XX VII · texte numérisé non relu

XX VII

PIERRE LE GRAND A IASSI, A LA MÉMOIRE DE CAROLINE GRAVIÈRE (M= RUELENS.)

Si cu cel Vrancean, mèri! se vorbira!

(Et, dame ! avec celui de Vrantcha, Us s'entendirent.) (VASILI ALECSANDRI.)

C'était un beau spectacle, un spectacle joyeux

Que la ville d’Iassi montrait à tous les yeux !

Un jour du mois de juin en l’an mil sept cent onze. Un esprit palpitait dans les cloches de bronze;

Elles n'avaient jamais sonné de meilleur cœur

Quand Étienne le Grand s’en revenait vainqueur ?.

Les églises ouvraient au large leurs portiques ;

On entendait le son nasillard des cantiques Éperdûment chantés par de vieux popes grecs.

Les cigognes, aux tours, faisaient claquer leurs becs. Seule, à l’écart dressant sa haute silhouette,

La cathédrale était solitaire et muette.

Son dôme paraissait un front plein de soucis... Triste, elle regardait par ses vitraux noircis.

Qui sait ! Elle songeait. Au fondateur peut-être,

A Basile le Loup, un grand prince, un bon maître Qui mourut de misère à Stamboul. En tout cas, Elle désapprouvait cet étrange fracas

Qu'on faisait autour d’elle. Énigmatique et sombre, Sur toute cette joie elle jetait une ombre.

Et pourtant Lippovans $, Cigains estropiés 4 Traînant encore un bout de chaîne autour des pieds; Moldaves qui, malgré le poids des servitudes, Gardent ce regard fier, ces nobles attitudes

Qui les font reconnaître entre tous ; Juifs affreux, Tout ce peuple dansait, buvait, semblait heureux. Mais l’allégresse était si rare en la province,

Que l’on se demandait si, par hasard, le prince

Avait ordonné d’être ou de paraître ainsi,

Et pourquoi tous ces chants et ces rires ? — Voici :

Brancovan Constantin et Cantimir Démètre 5

Sont tous deux las d’avoir le Padisha pour maître, Lequel devient de jour en jour plus exigeant.

Il lui faut de l'argent et toujours de l'argent.

Le tribut est payé comptant au fils des astres ; Vient le vizir qui veut pour lui cent mille piastres ! Et puis c’est le pacha, puis ce sera l’émir,

Le capidji-bachi... Que sais-je ! Et Cantimir

À pensé qu'on devait à cela mettre un terme.

Oui, mais il lui faudrait l'appui d’une main ferme, Une main d’empereur ou de roi frappant fort.

Or, Cantimir songeait au tzar Pierre d’abord,

Bon voisin qui serait ennemi redoutable.

Le Tzar est franc buveur, gai compagnon de table, De plus, il a vaincu Charles à Pultava.

Un beau matin d'été l’hospodar se leva,

Assembla ses boyards — qu'il refusa d’entendre, —

Puis écrivit au Tzar : « Venez sans plus attendre! »

Et, comme il n’aurait pu vouloir mieux que ceci, Pierre fait aujourd’hui son entrée à Jassi.

De là, fêtes et chants.

Ah ! vieille métropole, ‘ Savais-tu l’avenir sous ta vaste coupole, Et tremblais-tu là-haut, comme on dansait en bas, De voir le premier Tzar faire le premier pas Sur la terre moldave? — O mystère des choses ! Dans les pierres soudain des âmes sont écloses ; L'esprit se fait matière et la matière esprit, Et le monument pleure alors que l’homme rit 6. Le peuple est un enfant qu’on trompe et qu’on amuse ; Sa conscience honnête au soupçon se refuse ; Comme il ne ment jamais, il ne peut concevoir Qu'on mente, et, tout puissant, ighore son pouvoir. Le bruit et le clinquant font son bonheur suprême, Il est fou dans sa joie, il aime quand on l’aime ; Hors un peu de bien-être, il ne demande rien ; Il est plus patient, plus dévoué qu’un chien. Et moi, je dis qu’il faut, pour qu’un peuple se fâche, Que le prince ait été bien cruel et bien lâche !

Or, Cantimir ayant aux boyards déclaré

Qu'ils eussent à montrer au Tzar, bon gré, mal gré, Une mine riante et toute gracieuse ;

Que l’amitié du Tzar étant fort précieuse,

Les grands airs n’étaient pas de saison ; qu’il faudrait Approuver en tout point ce que le Tzar dirait. Les boyards furieux avaient fait la grimace, Sentant qu’on rabaissait en eux toute leur race. Cantimir n’en vit rien : il leur tournait le dos. Marchant vers la fenêtre, il tira les rideaux, |

Et, s'adressant au peuple assemblé sur la place, Dit ces mots d’un ton bref :

— « Manants et populace,

ni

« Le pays, dès ce jour, change de suzerain :

J'ai daigné vous choisir le Tzar pour souverain.

Sachez, dorénavant, que je n’en veux pas d’autre.

Telle est ma volonté — qui doit être la vôtre —

« Sur ce, vivez en paix, et qu’on soit tous contents ! »

C'est ainsi qu’on parlait au peuple dans ce temps.

IT

Le Tzar avait passé la nuit dans une grange,

A Beltz. Il amenaïit, par un caprice étrange,

Une suite innombrable à l'aspect imprévu.

La chaleur était grande. On n'avait jamais vu Défiler par la ville un semblable cortège.

Les Cosaques du Don et ceux de Voronéje,

Libres encore hier, esclaves aujourd’hui, Arrivaient les premiers : leur tristesse avait fui,

Ils ne paraissaient pas regretter trop l'Ukraine.

Des Russes d’Arkhangel chaussés de peau de renne, A la face idiote, aux yeux à peine ouverts,

Les uns marchant tout droit, les autres de travers; Des Hetmans, brandissant une arme singulière, Farouches et pressant les trainards par derrière; Des Tatars qui s’étaient gravement affublés

De bonnets suédois à Pultava volés ;

Des seigneurs, imposants bien moins que ridicules,

Plongés dans la fourrure au temps des canicules,

Se succédaient. Un peu moins laids, on les eût pris Pour des Cigaïins montés sur des chevaux de prix. Races du Sud, du Nord, l’une à l’autre mêlée, Géants, nains, jeunes, vieux, foule bariolée

De hauts seigneurs titrés et d’inconnus sans noms,

C'était toute une armée, enfin, — moins les canons. —

& Ensuite on remarquait les boyards indigènes Ayant dolmans de soie ornés de point de Gènes, Et bottes de cuir mou recouvertes d’or fin.

Les plus jeunes avaient des airs de spadassin, Et les plus vieux portaient barbe de patriarche. Puis, avec Cantimir, le Tzar fermait la marche. Le renard avec l'ours, la ruse et le pouvoir. Ils marchaïient sur la loi, piétinaient le devoir ; L'un agissait par fougue et l'autre par tactique ; L'un était grand soldat, l’autre grand politique ; Pierre avait les dehors d’un Tartare assez laid ; Cantimir était prince et savant : il parlait Le turc comme un émir, le latin comme un prètre.

Le premier fut un monstre et le second un traître.

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Le Tzar a, sans tarder, reçu chaque seigneur, Et, prodiguant 4 tous force marques d’honneur, Il a dit: — Je vous tiens en estime fort haute. — Les boyards stupéfaits ont pensé que leur hôte Était bien le meilleur des maîtres. Aussitôt, Charmés, ils ont quitté leur morgue de tantôt. — C'est un ami, dit l'un. — C’est un Roumain, dit l’autre 7. — Cantimir a raison. — Messieurs, sa cause est nôtre. — Mais il n'a point parlé d’affaires jusqu'ici. — Ce sera pour demain. —

Et l’unique souci Qui les tourmente encore à cette heure terrible Est de prendre une part, — la plus large possible, — Et de goûter les vins un peu mieux qu’à demi,

Au festin que le prince offre au Tzar, son ami.

La lumière, le bruit, l’or emplissent la salle.

Avides, entourant la table colossale,

Cosaques et Roumains apaisent tour à tour

Et leur soif de soudard et leur faim de vautour.

Toute leur âme est 1, dans leurs yeux, dans leur bouche. Les Russes, se livrant à leur gaîté farouche,

Disent que les palais valent bien les isbas 8,

Et s’étonnent tout haut que l’on puisse ici-bas

Boire de si bon rack et dans de si beau cuivre!

On doute : est-ce le vin ou l’or qui les enivre ?

Ils voudraient toucher tout, — peut-être emporter tout. — Les boyards, surmontant bravement leur dégoût, Fraternisent avec ces gens abominables.

Et ce sont des éclats de rire interminables,

Des chants vociférés en l’honneur du repas;

Et tout ce monde vit, sent et ne pense pas.

À la foule parfois souriant par mégarde,

Démètre Cantimir songe et Pierre regarde.

Calmes, dans ce tumulte, ils sentent tous les deux Qu'ils sont maîtres de tous, étant seuls maîtres d’eux. Et leur rêve est profond et noir comme leur âme.

Oh! qui, dans leur cerveau, pourrait lire le drame Qu'ils méditent, vengeur, se lèverait soudain !.…

Mais qu'importe aux boyards ce qui n’est pas le vin;

Que leur font maintenant devoir, honneur, patrie ! Et cette conscience importune qui crie,

Qu'elle se taise ‘ Hier, ils croyaient à cela,

Mais, cette nuit, leur but et leur dieu, le voilà! C'est le plaisir infâme À l’allure sinistre ;

Le crime est son parent, la honte est son ministre ; Et, portant de la cendre et des fleurs dans ses bras, a Ris aujourd’hui, dit-il, demain tu pleureras! » Déjà sous l'être humain se révèle la brute,

Car les sens ont vaincu la raison dans la lutte;

Les instincts les plus vils, réveillés à la fois,

Font le palais semblable à ces antres des bois

D'où l’on entend sortir le cri des bêtes fauves.

Ce tas de jeunes gens, de vieux à têtes chauves, Terrassés par l'ivresse et perdant le respect D’eux-même, offrent à l'œil un repoussant aspect. Leur abjecte folie atteint son paroxysme ;

Ils semblent des démons hurlant sous l’exorcisme. Sur les dalles, les ‘uns gisent morts à moitié;

Les autres, enjambant les mourants, sans pitié Précipitent encor l’horrible bacchanale…

Lorsque soudain, brisant cette ronde infernale,

L'immobile Stupeur entre et dit : C’est assez ! Pose sa main de plomb sur tous ces fronts lassés, Et, faisant un linceul de la nappe rougie,

Les endort du sommeil bestial de l’orgie.

Et, leur couronne au front, sur les débris de tout, Le prince et l’empereur sont seuls restés debout. — O spectres des aïeux, couchés dans votre gloire, Héros, si, devant vous, rouvrant la tombe noire, La volonté de Dieu vous ramenait ici,

En face de ceux-là qui dorment, de ceux-ci

Qui veillent, sûrement, vous.ne pourriez pas dire

Lesquels, étant plus vils, il faut le plus maudire!

A l'œuvre, criminels! Le silence profond

Est seulement troublé du murmure que font

Les respirations bruyantes de ces êtres

Que vous avez faits tels qu’ils sont; à l’œuvre, maîtres! Forgez le crime ! allez, vous êtes seuls. — Non pas.

Vingt Cosaques encor sont là qui parlent bas,

Et, du doigt désignant par terre quelque chose, Ils se consultent : l’un voudrait et l’autre n'ose. Que faire ? — S'ils allaient se réveiller ? dit l’un. — Le rack est fort, dit l’autre.— Et c’est profit commun : Cela doit les gêner ! — Et, glissant sous la table, Ils tâtent. Qu'est-ce donc qu'ils font d’épouvantable ? Ils tirent. Eh quoi donc ?... Les bottes des boyards Qui depuis le matin fascinaient leurs regards! Elles étaient vraiment dignes d’être admirées, Ces bottes : cuir doré sur semelles dorées !

Les Cosaques, joyeux comme de vrais enfants, Emportant leur larcin, s’éloignaïent triomphants, Quand Pierre, se tordant de rire en sa cuirasse, Dit : — C'est bien, mes amis : je reconnais ma race! —9 — Tes sujets sont adroits, Tzar, siffla Cantimir; Aussi bien mes boyards ont-ils tort de dormir. Passe encor s’ils n’avaient à perdre que les bottes! Mais, laissons tes filous, laissons mes patriotes : Causons.

k Voici comment un vieil in-folio

Du temps a rapporté leur terrible duo.

— Que penses-tu d’Iassi ?

— C'est une belle ville ;

On y reçoit les Tzars de façon fort civile.

— Tu savais mon dessein quand je t'y fis venir ? q JEty

& — Certes, dit l’empereur, si j’ai bon souvenir, Il faut briser Achmet comme on 2 brisé Charles. C’est dit! Moi, qui combats, je viens à toi, qui parles, (Tu parles bien) et nous fondons sur Mahomet, Et l’on ne saura plus ce que c'était qu’Achmet. Moi, je suis Protecteur ; toi, prince héréditaire 10. Et si ceux qui sont là ne veulent pas se taire!

Mugit Pierre en heurtant un des dormeurs au front.

— Laisse ! fit Cantimir, demain ils se vendront.

— S'ils n’obéissent point, hurla le Tzar féroce, Ils recevront chacun quarante coups de crosse, Puis je les enverrai rejoindre les Strélitz!

Aussitôt formulés, je les veux accomplis, Les ordres que je donne! Eh! Cantimir Démètre, Bien qu'il soit ton ami, l’empereur est ton maître; Il tient serfs et boyards sous ses pieds, et, tu sais, Il est grand l’empereur!

— ]l ne l'est pas assez !

Certe, il est beau de vaincre et de ne pas comprendre Que l’on puisse faillir ; certe, il est beau de prendre Des peuples, des pays, et de marcher dessus, Et de réaliser tous les rêves conçus.

Mais tu posséderais la Suède et l’Épire,

O tzar, que tu n'aurais pas encore un empire: &

Pierre sur l’hospodar fixa ses yeux de Iynx.

— Mon beau savant, dit-il, tu parles comme un sphinx. Je sais que tu te plais aux subtiles tirades,

Mais je n'ai jamaïs pu deviner les charades :

C'est un défaut. — Démiètre eut un sourire amer.

On eût dit qu’il allait mentir ; il avait l'air De linsecte hideux qui va tendre ses toiles.

— Neraille pas, dit-il. Des pierres et des voiles, Des forts et des vaisseaux, des canons et du bruit, Des soldats; ce qui tue avec ce qui détruit : Voilà tout Romanoff! Il est fort dans la guerre Et faible dans la paix. Il ne s’occupe guère De l’ordre intérieur, du commerce, des arts; 11 gouverne un troupeau, s’entoure de hussards, Mébprise la science, et, parce qu’on le nomme Pierre le Grand, voilà qu'il se croit un grand homme! * S'il trompe un allié, c'est presque par erreur ; Il n’est que général et se dit empereur; Et toutes ses grandeurs s’en iront en fumée, Parce qu’il n’a souci que de sa renommée, Parce qu'il ne sait pas faire une bonne loi, Et qu’il lui manque un homme.

— Et.cet homme?

— C’est moi |

Moi! Tu n’as que la force, et j’ai l'intelligence. Toi, tu sers ton orgueil; moi, je sers ma vengeance ; Et nous nous appelons, dans la création, Toi, Barbarie, et moi, Civilisation.

Nous inspirons l’horreur, à défaut de l'estime ; Nous portons fièrement la majesté du crime.

L’Orient, l’Occident appelle notre joug.

Comme tu ne fais pas un sceptre d’un tchibouk, Que mon âme et mon cœur sont des puits insondables, L'un sur l’autre appuyés, nous serions formidables. Sans toi, je suis toujours le sombre historien !!, Je reste Cantimir; mais, sans moi, tu n’es rien Que le premier soldat d’une armée en déroute. Qui donc détournera les pierres de ta route ? | Quand tu seras en guerre avec les potentats, Quel est celui qui doit veiller sur tes États ? Est-ce Alexis, ton fils? Tu sais combien il t'aime !

& A ce nom détesté, redevenant lui-même, Le Tzar, d’un coup de poing, brisa deux coupes d’or, Se leva, se rassit et se tut.

— Mon trésor

Court grand risque, et tu vas détruire la vaisselle Qui me vint de Stamboul, parcelle par parcelle. Nos sujets pourraient bien se réveiller trop tôt Si tu fais tant de bruit. Que disais-je tantôt ? Poursuivit Cantimir qui savourait la joie D'’enfoncer largement ses ongles dans sa proie. — Je disais qu’un seul homme est plus grand qu’Attila, C'est un moine-soldat appelé Loyola ; Je disais que le maître actuel de l’empire Est mauvais et cruel — et qu'il le faudrait pire ! — Écoute, Romanoff, je n’ai pas’oublié Qu’enfant, dans mon orgueil je fus humilié, Et qu'homme, j'ai servi de jouet à la Porte !'. Je me suis tu longtemps. Maintenant je t’apporte Ma colère qui veut se tremper dans le sang.

Entre les plus puissants fais-moi le plus puissant ; Oh! donne-moi ma part de ce qui t’environne; Mets ton sceptre en mes mains, mon front sous ta couronne Et ton peuple à mes pieds, et place-moi si haut Qu'il faille, pour me voir, monter sur l’échafaud ; Et fais-moi proclamer grand-duc de Moscovie, Afin qu'on me haïsse, afin que l’on m’envie.

Moi, je te montrerai comme on fait les traités;

Nous entendrons crouler les vieilles royautés,

Et tu verras des rois pris dans leurs propres pièges,

Et nous serons si grands entrepreneurs de sièges,

Si terribles avec ma plume et ton canon,

Qu'on n’osera dire « oui! » quand nous aurons dit «non!» Nous ferons de l’Europe, esclave et tributaire,

Une vaste Russie, et de toute la terre

Tu seras le premier, je serai le second.

Acceptes-tu ?

Le jour bleuissait le plafond.

Pierre dit : Ce n’est pas une mauvaise affaire.

. Tu feras. Entre nous, donner vaut mieux que faire. Si je te reconnais mon unique héritier ;

Si je te lègue, avec mon pouvoir tout entier,

Aux dépens d’Alexis, la pourpre souveraine ;

Si, moi vivant encor, je te cède l'Ukraine,

Avec le droit de vie et de mort sur tes gens;

Si je t'offre, pour prix d’avis intelligents,

Ea croix de Saint-André, plus l’écu de sinople,

Que me donneras-tu? Parle.

Là

— Constantinople !13

3/15 mars 1878.

1 On écrit indifféremment Jassi ou Iassi, cette dernière forme est la meilleure, elle se rapproche davantage du nom roumain qu'on prononce Iachi. |

2 Étienne le Grand, prince de Moldavie, combattit pendant quarante ans les Tartares, les Russes, les Polonais, les Turcs et les Hongrois; il remporta quarante victoires en commémoration desquelles il fit bâtir quarante églises.

3 Secte religieuse russe. Les Lippovans, ou Philippovans, habitent surtout Iassi, où ils exercent le métier de cocher; ils tirent leur nom de leur profession.

4 Les Cigains ou Tziganes sont les Bohémiens de la Roumanie; ils formaient, avec les juifs polonais, les deux tiers de la population d'Iassi. © 58 L'historien Démétrius Cantimir régnait alors en Moldavie. Brancovano occupait le trône de Valachie; ses ennemis fabriquèrent de fausses preuves à l'aide desquelles ils convainquirent le malheureux hospodar de trahison envers la Porte; ses biens furent confisqués, il fut lui-même destitué Imazil), amené à Constantinople et assassiné avec ses trois fils. Ce triste événement forme le sujet d'une ballade populaire en Roumanie.

.6 Lors de l'entrée de Pierre le Grand dans la capitale moldave, les cloches de toutes les églises furent mises en branle; seules, celles de l'église des Trois-Saints (la cathédrale) ne se firent pas entendre. La légende dit que les sonneurs eurent beau se pendre à la corde : les cloches

ne prétendirent rendre aucun son. Cela fut considéré comme de trèsmauvais augure.

7 Quand un Moldo-Valaque veut exprimer son admiration pour un homme : « Quel Roumain! dit-il, quel fils de Roumain ! »

8 Les isbas sont les qabanes des paysans russes.

. 9 Ce fait, si invraisemblable, est rigoureusement historique.

10 L'article 4 du traité intervenu entre Pierre le Grand et Cantimir dit ceci : Le prince et ses successeurs jouiront à perpétuité de l'hérédité de la Moldavie sous'les auspices du Tzar. L'article s dit, en outre : Nulle autre maison ne sera admise à la jouissance de la principauté de Moldavie jusqu'à ce que celle des Cantimir soit éteinte. ‘

11 Cantimir a laissé des ouvrages très-estimés. Les plus remarquables sont : Une Histoire de l'empire ottoman, en latin : et des Chroniques moldaves, en roumain ; ces dernières sont restées manuscrites jusqu'en 1830.

12 Démètre Cantimir se flattait de succéder à son père Constantin, selon la promesse faite à ce dernier far le grand vizir ; mais il se vit supplanté par Constantin Ducas, qui prodigua l'argent à Constantinople ; et, même après qu'elle eut été réparée, il consacra tous ses instants à venger cette insulte, |

13 Tous ces détails sont empruntés à l’histoire. Du reste, Pierre n'obligea pas un ingrat. On peut dire, sans crainte d'exagérer, que Cantimir a créé l'empire de Russie et qu'il a ouvert aux tzars le chemin de Constantinople. |

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