‹ România; chants de la RoumanieChapitre 18 sur 20 · ITI · texte numérisé non relu

ITI

Danube bleu, les conquérants Ont fait de toi le tombeau sombre Où dorment, sous les flots errants, De tant de peuples différents Les générations sans nombre.

La masse de tes eaux ne pourrait égaler La masse du sang et des larmes Que les tyrans ont fait couler

Pour le triomphe de leurs armes.

__ Pour un rêve de vanité, Pour déccrer un nom d’un reflet de victoire

Qui le fit resplendir au livre de l’histoire,

Pour assouvir aussi la soif de liberté Qui dévore toujours les nations esclaves,

Daces, Latins, Osmanlis, Slaves

Durant des siècles ont lutté.

Les uns, dans le trépas, ont rencontré la gloire ; Les autres n’ont trouvé qu’un repos sans mémoire ; Ils ont vu s’engloutir, avec leurs cavaliers,

L'espoir d’une splendeur future.

Tous, dans tes flots hospitaliers,

Ont, vainqueurs ou vaincus, reçu la sépulture.

Et tant qu’un Gottorp cachera

Son front vil sous un diadème ; Tant que des monts Krapacks jusques au Sahara, Un stupide Sultan, qui se croit Dieu lui-même, Étendra son pouvoir ridicule et suprême ;

Tant que celui qui se soumet

Au dogme impur de Mahomet, N’aura point au chrétien ouvert ses bras sincères ;

Opposant aux Césars un obstacle puissant,

Tant qu'ils n'auront point dit, saintement téméraires : — La guerre est sacrilége et les hommes sont frères ! —

Danube, ton flot bleu sera rouge de sang !

Mais un jour surgira, grand entre tous les autres. Les yeux qui le verront ne seront point les nôtres, Et le siècle béni qui doit le contenir Est encore étendu dans le vague avenir.

La Concorde et la Paix régneront sur le monde; Les races, s’unissant d’une amitié profonde, Ne se prêteront plus aux lâches attentats De ces criminels potentats Sur qui déjà l'orage gronde.

Délivré de ses rois bannis, L’Orient lèvera son front mélancolique, Danube, et l’on verra, sur tes bords rajeunis, Des peuples libres réunis La gigantesque République !

13/25 décembre 1877.

° nn

y € V2 D se

Page 1