Raa. sett.^ l. Vi, p
;. Je n*ai pu me procurer ce volume du Giorn. lÀg.\ la Naùonalt de Florence n'a que l'année 1S74.
accorde des indulgences à l'église de San Giacomo de Priano ', fondée par lui dans sa ville natale. Je ne saurais dire rien de bien précis sur celte église. Dans un acte de 1409, publié dans le Ciomale Li^astico^, elle est appelée capella seu ecdesia sancti Jacobi dt Sexto fundaîa per dominos de Gateluxus; les éditeurs de cet acte mettent en note qu'on la trouve déjà mentionnée ailleurs en 1 587, d'où je conclus qu'on ignorait jusqu'ici le fait et la date de sa fondation en 129$ par Luchetto Gattilusio. Parmi les 352 églises ou chapelles de Gênes que mentionne Casalisî, je irouve, outre l'église paroissiale de San Giacomo a Carignano qui est sûrement à écarter, trois oratoires, dont deux détruits aujourd'hui, entre lesquels je ne saurais choisir : San Giacomo, San Giacomo délia Marina et San Giacomo délie Fucine.
Anagni, 19 auûi 129^.
Universis présentes lUteras insputaris.
Vite perennis gioria, etc. usqiu collaudetur, ut in forma. Cupientes igitur ul ecdesia sancli Jacobi de Priano, quamdilectys fitius Luchetus Gatiluxius, civis Janucnsis^ de bonis propriis fundasse dicîtur et dotasse, congruis honoribus frequenlelur, omnibus vere penitentibus et confessis qui eandem ecclesiam in fcslo ejusdcm sancli Jacobi et per octo dies festivitalera ipsam immédiate sequcntes venerabiliter visita vennt annualim, de omnipotentis Dci misericordia et beatorura Pétri et Pault, apostoîorum ejus, aucloritale confisi, unum annum et quadraginta dies de injuncta sibi penitentia misericorditer relaxamus.
Datuni Anagnie .Xllll. katendas septembris, anno primo.
(Reg, de Boniface VIII, année 1, bujie n" 640.)
Guillaume de Machaut-
Si les documents d^archives peuvent fournir à l'histoire littéraire un précieux contingent de renseignements que l'on demanderait en vain aux manuscrits proprement dits, — les pièces diplomatiques ayant en effet l'avantage de porter avec elles des dates certaines et de donner ainsi, pour la vie des écrivains qu'elles mentionnent, des points de repère assurés, — il y a à Temploi des documents de ce genre un danger que l'on n'évite qu'avec beaucoup de circonspection, celui d'attribuer à un écrivain célèbre des pièces relatives à quelqu'un de ses homonymes, ou
I . Probablement Prè, quartier actuel de Cènes, a. Tome I, p. 218,
\. Dizionario geog,.. degl't stati di S. M. il rï di Sardegna (Torino 1839), tome VU.
quasi homonymes, tout à fait étranger à l'histoire littéraire. La réalité et la gravité de ce danger ne sauraient être mieux rappelées qu*à propos de Guillaume de Machaut, car ceux qui se sont occupés de cet écrivain n'ont pas tous su l'éviter. Avant donc de publier les quelques bulies qu'un heureux hasard m'a fait trouver dans les registres des papes, û faut dire un mot des différentes erreurs dont la personnalité de l'illustre poète du XIV* siècle a été victime.
Cest l'abbé Lp Beuf qui semble le premier, au xvm« siècle, avoir rappelé l'attention du public sur Guillaume de Machaut, oublié depuis longtemps ; c'est à lui aussi que remonte la première erreur. N'ayant aucune donnée sur l'époque de sa naissance, il s'est laissé aller à Tidenlifier avec un GuilUlmus de Macholio^y mktus camert, qui figure en i joi sur les tablettes de cire de Florence, et qui, sous le nom de GmUelmus de Mdchello, reçut en i jo8 de Philippe le Bel la terre de Bouilli en Beauce^ Cette identification a été acceptée sans examen par l'abbé Rive', et, ce qui est plus surprenant, par M. L. de Mas-Lairie, qui a publié trois diplômes royaux relatifs au valet de chambre de Philippe le Bel comme des documents très importants pour la vie de l'auteur du Voir Dit^. M . Gaston Paris n'a pas eu de peine à montrer que celle identification ne soutenait pas l'examen et était en contradiction avec ce que Guillaume de Machaut nous apprend sur son propre compte h Dès 1849 d'ailleurs — et c'est ce qui rend Terreur de M. de Mas-Latrie plus inexplicable — Tarbé avait réfuté solidement et par des raisons analogues l'opinion de l'abbé Le Beuf et de l'abbé Rive".
A cette identification impossible, Tarbé en a substitué une autre, qui semblait avoir pour elle toutes les vraisemblances. Le grand obstacle qui s'oppose à ce que Guillaume de Machaut, le poète, soit le même que le valet de Philippe le Bel, c'est qu'étant mort seulement en I ^77, il ne pouvait dès 1 508 avoir rendu de longs services au roi de France, comme le dit la pièce publiée sous le n* i par M. de Mas-Latrie. Or on trouve mention, de 151c à i ? 19, d'un procès pen-
1 . Il est probable que cette forme insolite vient de la lecture Machot., au lieu de Machd.^ i laquelle on aura donné une terminaison en conséquence.
2. Mim. de i'Acadiimc dis inscriptions^ i" série, XX, p. 598. (Mémoire lu en décembre 1746).
j. Notice dun ms. de Guillaume de Machaut, â la fin du tome IV de VEssai sur la manque ancienne et moderne^ par B. de Laborde el l'abbé Roussier, Paris, 1780.
4. La Prise d'Alexandrie... par Guillaume de Machaut (publ. de la Société de rOrtent latin), Genève, 1877. La préface a été aussi publiée dans la Bibl. de I Ecole des chartes, 1876, 6* livr.
\. Revue historiau^, IV, 21^.
6. Les œuvres de Guillaume de Machaut (Collection des poètes champenois), p. IX.
dam entre « monseigneur Jehan de Machau, Pierre et Guillaume de Machau, enfans et hers de noble homme monseigneur Pierre de Machau, jadis chevalier ei chambellan le roy », et Jeanne de Chambli, leur sœur, au sujet de l'héritage paternel '. Pierre de Machau, le père, était mort avant i joy; le troisième de ses fils, Guillaume, devait être encore jeune en I î 19, puisqu'on ne lui donne dans les actes aucune qualité, et pouvait être né vers t îoo> ce ^^^ convient précisément à l'auteur de la Prise d^ Alexandrie. Û paraissait donc bien légitime de voir dans ce dernier le fils de Pierre de Machau, et, comme on savait qu'il avait été chanoine de Reims, cette circonstance n'en convenait que mieux à un cadet de bonne maison, pour qui la carrière ecclésiastique était une voie tout indiquée. On savait également d'une façon certaine que Guillaume de Machaut avait eu un frère, du nom de Jean^ qui fut enterré avec lui dans la cathédrale de Reims, et c'était une nouvelle raison en faveur de Tidentification précitée. M. Paulin Paris pouvait donc se croire très fondé à accepter l'opinion de M. Tarbé'.
Mais si le vrai n'est pas toujours vraisemblable, ici le vraisemblable n'est pas vrai. M. Gaston Paris a été le premier à voir et à indiquer !e côté faible de toutes ces suppositions, en demandant sur quoi on se fondait pour identifier les deux familles de htachaul [de Machaudo ou Machaadio) et de Machau \de Machello], dont le nom était très distinct <« à une époque où les consonnes finales n'étaient pas encore devenues muettes? ». En efTet, ces deux noms de famille tirent leur origine de deux localités tout à fait différentes, ce qu'on semble n'avoir pas bien vu jusqu'ici. Machelhm est le nom latin de Machau, ou mieux Macheau en Brie, sur les limites de l'Orléanais, à proximité de Melun, Sens et Montargis. villes dont la mention revient souvent dans les documents relatifs à la famille de Machello^. Machaudiam ou Mjchaudum, au contraire, désigne le cheflieu de canton des Ardennes que l'on juge bon aujourd'hui d'écrire Machault, ancien diocèse de Reims, et c'est incontestablement de ce dernier, et non de Macheau en Brie, comme Va cru M. Tarbé, que Guillaume de Machaut tire son nom.
Qu'il ait existé à la même époque deux personnes ayant presque le
1. M. de Mas-LatriCj loc. fil., pièce n" 7. C'est par une erreur de scribe que l'atnè des fils de Pierre de Machau est appelé Guillaume, comme le plus jeune, au lieu de Jean.
2. Dans son édition du Voir Dit (Paris, 187^), p. IV, XIV, etc. }, Revue ktst., IV, 218.
4. Canton du Châtelet (Seine-et-Marne). L'orthographe actuelle, Machault, c%x aussi récente qu'absurde. On trouve Machcl au XII1« s. {Hïstonms à< Fr.^ XXIII, 662d), Machiaa dans les O/im, en i^io {III, ^68, LX1II|. Je n'en vois pas très bien l'étymologie, car sa dérivation du latin classique macellum n'est pas soutenable.
même nom, mais tout à fait étrangères l'une à l'auire, c'est là une circonstance fâcheuse, sans doute, à cause des confusions qu'elle a engendrées, mais qui en soi n'a rien de bien étonnant. Par un heureux hasard, les registres du Vatican nous offrent des documents à la fois sur Guillaume de Machdlo et sur Guillaume de Machaudio, chanoines lous les deux, mais de cathédrales différentes, et ils nous permettent ainsi de dégager neuement et définitivemem « le vrai et populaire Guillaume de Machaut », comme dit M, de M as- Latrie, de la biographie postiche qu'on a voulu lui faire à l'aide de celle d'un autre personnage.
Le 12 janvier ij?!, le pape Jean XXII accorde à Guillaume de Machello, chanoine d'Orléans, une dispense pour percevoir pendant trois ans les revenus des bénéfices ecclésiastiques dont il était revêtu (bénéfices qui ne sont pas énumérési, à condition de résider dans Tun d'eux. Les exécuteurs de cette bulle sont les abbés de F le ury -sur- Loire et de Saint- Pierre-de-Ferrières^ et le doyen de Saint- Aignan d'Orléans ' . H est bien évident qu'il faut reconnaitre là le plus jeune des fils de Pierre de Macheau dont il a été question plus haut, et dont la famille avait de nombreuses possessions dans le diocèse d'Orléans. Il est plus évident encore que les quatre bulles publiées ci-dessous, et elles seules, se rapportent à Guillaume de Machaut le poète.
La première est du 50 juillet ï^^o : c'esl une provision de canonicat dans la cathédrale de Verdun en faveur de Guillaume de Machaut, à ta prière du roi de Bohême qui avait imploré les grâces du pape ' il pro clerico, elemosinario et familiari suo domestico n. On voit combien ces détails concordent avec ceux que Pauleur du Voir Du nous donne sur lui-même, quand il parle de son séjour auprès de Jean de Luxembourg :
Je fui ses clers ans plus de trente.
Si congnu ses meurs et s'entente,
Car j'estûie ses secrétaires
En ireslous ses plus gros affaires '.
La seconde bulle donne précisément à Guillaume de Machaut la qualité de « notarius » ou secrétaire du roi de Bohême, qu'il s'applique • dans ces derniers vers. Elle est du 17 avril 1 îp et confère au protégé de Jean de Luxembourg un second canonicat dans la cathédrale d'Arras. Ces deux concessions, en même temps que le titre de chanoine, lui assuraient la jouissance de la première prébende vacante; mais aucune
1, Rcg. de Jean XXll en papier (dits reg. d'Avignon), tome XXXIX, f» jjj, pièce 602.