‹ Romania (volume 2)Chapitre 177 sur 282 · LA CHANSON DES OREILLERS · texte numérisé non relu

LA CHANSON DES OREILLERS

i*' choeur. Nous sommes venus ici de Basse-Normandie,

Pour dire une chanson, s'il plaît à la compagnie.

2« chœur. Oui-dà, oui-dà, messieurs, s'il vous plaît nous la dire.

i««" Sur le pont d'Avignon j'ai ouï chanter la belle.

Qui dans son temps disait une chanson nouvelle 3.

2* J'ai perdu mes amours, je ne puis les requerre ;

Ils sont dessus la mer dans un bateau de verre : Le bateau a cassé, mes amours sont à terre 3.

1 ** Belle, que donneriez-vous à qui vous les irait querre ?

2* Je leur ferais un don le plus beau de la terre ;

Je leur donnerais Paris, Rouen et La Rochelle, Encor qui bien mieux vaut cent acres de ma terre.

1. Cette chanson, d'après M. Legrand, extrêmement populaire dans tout l'arrondissement de Caen, se chante à deux chœurs au moment où l'on met la mariée au lit (d'où le titre). Un chœur se tient dehors, et l'autre à l'intérieur de la maison. C'est celui du dehors qui commence. L'air est très solennel. — Cette chanson si intéressante est ici gravement altérée. Elle se retrouve avec des variantes dans plusieurs recueils ; voyez notamment Tarbé, Chants popu-

popula faut seulement lire : Qui en son chant disait.

}. Il semble que ces vers devraient être chantés par le premier chœur, mais on a l'habitude de les chanter ainsi. Au 3* vers, certains disent : sont en Angleterre.

l'f Bridez le cheval moreau et lui donnez la selle;

Guidez-le de l'éperon à la porte à la belle, Et, quand vous serez là, mettez le pied à terre ; Frappez trois petits coups à la porte i la belle. « Ouvrez votre porte, ouvrez, nouvelle mariée ! »

2« « Comment vous l'ouvriraije ? Suis dans mon lit couchée,

Auprès de mon mari la première nuitée ; Attendez à demain la fratche matinée, Quand mon mari sera parti à sa journée. »

i«r c Et comment attendrai* je ? J'ai la barbe gelée,

La barbe et le menton, la main qui tient l'épée, Et mon cheval moreau qu'est mort sur la gelée. Ouvrez votre porte, ouvrez, nouvelle mariée, Car, si vous ne l'ouvrez, vous serez accusée. »

2* t De quoi m'accuserait-on ? Ne suis-je pas mariée? >

!•«• • Ce sont trois petits faucons qui vous ont avisée

Dans le jardin du roi cueillant la giroflée, Giroflée, romarin, lavande cotonnée.

Ils ont volé si haut, la mer ils ont passée, La mer et les poissons et toute la marée ; Sur la maison du roi ont pris leur reposée, Ont pris cailles et perdrix et ne les ont pas mangées ; Sur la table du roi ils les ont présentées. Ouvrez votre porte, ouvrez, qu'on voie la mariée ! »

(M"» C. Legrand.

CHANSONS d'amour.

XXXVP.

Là-haut sur ces coteaux j'y entendis pleurer. Ah ! c'est la voix de ma jolie mattresse : Je m'en vais pour la reconsoler.

Ah 1 qu'avez-vous, la belle, Qu'avez-vous à pleurer?

Ah ! si je pleure, ah I si je soupire, Ingrat, c'est de t'avoir trop aimé.

Aimer n'est pas un crime,

Dieu ne le défend pas :

Ah ! il faudrait avoir le cœur bien tendre

D'aimer, ingrat, et vous, vous n'aimez pas.

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