Du grosscn Sagcnkrcise dis Miltclalttrs, p
4. Histoire de la poèsu provcnçah^ t. II, p. 4^1 : parmi les romans dont • l'origine provençale est attestée par des témoignages historiques », Fauriel
(185a), OÙ se trouvent réunies et aggravées toutes les erreurs, toutes les confusions antérieures.
Après avoir traduit le vers de Danie sur Arnaut Daniel par n Dans les chants d'amour, dans les proses de romans, il surpassa tous les autres »; api^ avoir affirmé» en citant Diez qui dit le contraire, que prosas de roman a été usité en langue d'oc « jusqu'à l'extinction du provençal comme idiome littéraire «, pour signifier des « poèmes narratifs plus ou moins longs, rimes de diverses manières » ; après avoir aUégué Pulci et le prétendu n Renaud en Egypte » d'Arnaud ; Fauriel arrive au Lanzeict d'Ulrich, qu'il connaissait par le livre de Hofstaeter. il prétend que, au
dire d'Ulrich, « Hugues de Morville avait une copie du roman de
Daniel ; Ulrich la vit entre ses mains, et l'obtint en prêt pour en faire la traduction. » Il laisse ainsi entendre qu'Ulrich dit que son original était d^Arnaut Daniel ; il savait cependant fon bien qu'il n'y a rien de pareil dans Lanzeict. fl continue : (t Sans être célèbre entre les minnesingers, Ulrich de Zazichoven est pourtant connu, et désigné plus d'une fois, parmi eux, comme l'auteur de la version du Lancdet d'Arnaud, n Ici Fauriel se garde de citer une source ; il en eût été fort embarrassé. Le seul poète du xiii* siècle qui nomme Ulrich est Rudolf d'Ems, qui le mentionne deux fois ; au xv siècle Ulrich Fùrterer et Jacob Putterich parlent encore de son Laniekt; aucun d'eux ne fait, naturellement, la moindre mention d'Arnaul '. Fauriel pensait sans doute simplement à la prétendue assertion de Wolfram d'Eschenbacb, alléguée par Hofsiaeler, et dont je n'ai pas retrouvé l'origine. Ces arguments, aussi peu sincères que peu solides, lui suffisent pour donner une analyse du Lanzdet comme représentant u le Lancelot provençal, n Tout cela doit aujourd'hui être définitivement écarté*: les Provençaux ont peu connu Lancelot; Arnaut Daniel n'a fait que des chansons ; Dante ne lui attribue pas de romans, et c'est le Tasse qui a eu l'idée de lui faire honneur du Lancelot français en prose ; Wolfram ni aucun autre minnesinger ne souffle mot d'Arnaui Daniel plus qu'Ulrich loi-même j le roman prêté par Hugues de Morville
range t un Lancelot du Lac d'Amsut Daniel traduit v^rs r 184 (jîV), en allemand, par un nomm^ Ulrich de Zachichoven. t
j. Voyez les passages dans Bacchtold, 1. 1., p. 27.
2, Il est assv piquant de suivre le développement et raccroissement successif des erreurs. Dante cite le Lancelot français et dit ailleurs qu'Arnaut Daniel a dépassé tous les auteurs de vers d'amour et de romans in prose : — on en conclut qu'il a fait des romans : — !e Tasse lui attribue te Làncdot français ; — Adelung dit que ce Lamcht français d'Arnaut est l'original du Lanuht allemand dlJlrich ; — un auteur que je ne retrouve pas prétend que Wolfram d'Escbenbach dit en effet qu'Ulrich a traduit le Lancelot d'Arnaut; — Raynouard alfirme qu'Ulrich lui-même le déclare ; — enfin Fauriel attribue cette assertion à Ulrich et à plusieurs minnesinger.
était un roman français en vers, et le Lancelot que lisaient Paolo et Francesca était le roman français en prose dont nous parlerons plus tard.
Jusqu'à présent, ni dans les allusions de Chrétien et des troubadours, ni dans le roman traduit par Ulrich, nous n'avons trouvé aucune trace de liaison coupable entre Lancelot et Guenièvre^ Dans les récits de la première époque, celle-ci est toujours donnée pour le modèle des épouses et des reines, comme Arthur est le modèle des rois et des cheviliers. Il est vrai que, dans les diverses versions du Manteau mal taillé ou de la Corne enchantée, elle est présentée comme ne réussissant pas très bien dans celte terrible épreuve \ mais c'est qu'elle doit être sacrifiée â l'hérome du récit : c'est ainsi que le héros de chaque roman désarçonne tous les chevaliers d'Arthur idont chacun est toujours vainqueur dans le roman qui lui est consacré) et lutte contre Gauvain sans que la victoire se décide. Il en est à peu près de même de Tépreuve où l'hérome des divers récits humilie toutes tes dames : Guenièvre est la seule qui soit ménagée par les conteurs ; sa culpabilité est présentée de la façon la plus atténuée. Dans le Lanzeid^ elle n'a eu que des pensées contraires à son devoir, et encore des pensées d'un caractère tout général (v. 5869 ss.). Dans le Mantel elle est celle à qui le manteau est le plus près d'aller bien fv. 271}. Dans la Cronc de Henri du Turlin, elle vide la coupe sans accident, et en la rendant seulement en verse si peu qu^on le voit à peine (v. 1 271 ss,). Dans le même poème, elle est soumise à l'épreuve, assez mal inventée, du gant féé : quand on le met, on devient invisible de la moitié du corps, sauf de la partie par laquelle on a péché : de Guenièvre on ne voit qu'un coin de la bouche (v. 2^62^ ss.). Dans Percevaî (v. 15720) l'époux de Guenièvre [ce sont ici les maris qui éprouvent en buvant la vertu de leurs femmes) ne se mouille aussi que légèrement ; il est vrai qu'elle se tire d^embarras par un trait d'esprit qui inspire des doutes sur sa parfaite innocence ; mais le continuateur de Chrétien connaissait naturellement l'histoire de ses amours avec Lancelot, racontée en partie dans le Chevalier à la Charrette, Enfin je
I. L'histoire de cette liaison a plus tard, comme on peut s'y attendre, passé aussi chez les Provençaux. M. Birch-HirschfeW rapporte avec vraisemblance i Lancelot un passage d'une chanson anonyme ok il est parlé de la reine Genivre, qui faisait mourir et revivre cent fois le jour un des chevaliers de sa cour {I. I.» p. 4^. Dans FLimcncj [v. 66ol il est parlé de « la piucella breta, Con lenc Lancelot en preiso Gant de s'amor li dis de no t. P. Meyer (p. 284, n. j) reconnaît dans celle pucelîe Viviane ; mais c'est une erreur. Il s'agit sans doute soit de la dame de Malchaul, soit de Morgue^ qui toutes deux, dans IcLiincelol en prose, retiennent Lancelot en prison à cause de son refus de les aimer. Il est vrai que le nom de piucdla brcta ne convient bien ni â l'une ni à l'autre : c'est peut-être une allusion à quelque aventure dont le récit ne nous est pas parvenu.
1 citerai en entier les jolis vers du Lai du Corn de Robert Bilcet, où, ^^^|
1 s'âdressant à Ivain, elle se justifie quand elle voit qu'Arthur a répandu ^^^B
1 le vin contenu dans la corne enchantée : ^^^|
^^L < Iwein, > dit la reine,
Quel cuidai ^^^^|
^^m I Or face un fu d'espine
Por la cort aemplir ^^^H
^^M Mes sires enbraser^
Mais il fust remés ^^^^|
^^1 Enz me face geter :
De mei ne fust amez. ^^^^|
^^1 Se cfaevel i ai ars
Certes, > dist la ^^^^|
^^H Ou neient de mes dras,
« Puis ke io fui meschîne ^^^^|
^^M Face me tramer,
Et jo te fui donée ^^^H
^^M A cheval délirer ;
Fui jo beneurée, ^^^H
^^H Que onc home n'amai
N'onc plus de vilenie ^^^^|
^^H Ne |a mais n'amerai
Ne fis jor de ma ^^^^|
^^H Fors seulement son cors.
Soz ciel n'a si riche home, ^^^^|
^^H Moût est verais ciz cors :
Neis le rei de Rome, ^^^H
^^H Por petit d'achaison
Cui ]0 amasse mie ^^^^|
^^H M'a sorprise a ban don.
Por l'or de Pavie^ ^^^H
^^M Jo donai un anel,
Ne amiral ne conte ^^^^|
^^M L'autre an^ a un danzel,
^^H Un jovencel enfant
Moût par fait grant oitrage ^^^^|
^^H Qui ocist un géant,
Dame de haut parage, ^^^^|
^^1 On encrime félon
Quant ele a bon mari^ ^^^H
^^H Qui de grant traison
Qui d'autre fait ami. ^^^^H
^^H Reta çaenz Gauwain,
Cil qui quiert meillor vin ^^^^|
^^M Un sueo costn germain.
Nutui que de raisin ^^^^f
^^M L'enfes le défend i,
Ou pain a escient ^^^^|
^^H A lui se combati :
Meillor que de forment, ^^^^|
^^m Al trenchant de l'espée
Celui devreit om pendre ^^^H
^^H Ot la teste coupée.
Et puis venter la cendre. ^^^^|
^^H Dès lors qu'il fu ocis
Le meillor al des treJs ^^^^|
^^M A çaenz congié pris :
Qui onc sans Deu fust reis * ^^^H
^^1 M'amor lui présentai,
Qu'ireie donc querant ^^^|
^^1 Un anel (ui donai,
Plus bel ne plus vaillant >? > ^^^H
^^P Nous ne savons quel était ce <( danzel » à qui la reîne avait fait des ^^^|
^^ avances, à l'en croire, toutes
politiques; mais il est clair qu'il ne s'agit ^^^H
I pas de Lancelot, auquel aucun texte n'attribue l'exploit rappelé par Gue- ^^^H
1 nièvre ; et tous ces passages, on le voit (sauf peut-être celui de Peruvat]^ ^^^|
1 laissent au fond intact l'honneur de la reine '. Gaufrei de Monmouth ^^^|
^^V 1. David, Alexandre, Arthur.
Plus tard Charlemagne remplaça David dans ^^^^| ». Peut-être, malgré l'anachronisme, le poète ^^^^|
^^V cette trilogie des < meilleurs rois
^^B ]'avail-il dans la pensée (cf. Chcv.
^^K 2, Wolf, Vebcr du Lais, p. î>^ ^^^^^