‹ Romania (volume 2)Chapitre 208 sur 282 · i'ai corrigé les formes du texte. ^^^H · texte numérisé non relu

i'ai corrigé les formes du texte. ^^^H

^^B y J'aurai plus tard à étudier un épisode qui la traite assez différemment, mais ^^^^1

^^B qui est resté â peu près inconnu au grand courant des récits, et où Lancelot ne ^^^^|

^^Ë ngure pas. — Quant aux divers

enlèvements auxquels elle est en butte de la ^^^^H

raconte bien^ à la vérilé, que *< Guanhumara, » pendant l'absence de son mari, s'était livrée à Modred, neveu d*Arthur, l'avait même épousé, et que, Arthur étant revenu et ayant vaincu Modred, elle s'était faite nonne à Saint-Jules de Caerléon ; mais cette histoire, qui repose peut-être sur une tradition bretonne, n'a pas été accueillie dans nos romans en vers, qui ne doivent rien à Gaufrei de Monmouth. L'auteur du Perceval en prose publié par M. Hucher (qu'il suive ou non un poème de Robert de Boroni raconte les choses à peu près comme Gaufrei ; mais toute la fin de ce roman n'est qu'une imitation fidèle et presque une traduaion de VHisîoria Britonum '. Quant au roman en prose de la Mort lV Arthur y il a également Gaufrei pour source plus ou moins directe, mais il a beaucoup modifié le récit : d'ailleurs il appartient au groupe des romans consacrés aux amours de Lancelot avec la reine. Dans les romans de ia première époque, Guenièvre aime tendrement son mari, et elle n'inspire à tous les chevaliers qui l'entourent que les sentiments d'un dévouement respectueux-

L'idée d'en faire l'amie de Lancelot appartient donc à une période plus récente, et comme on n'en trouve pas trace dans les narrations qui ont pour sources directes les contes celtiques, il est fort probable qu'elle est née en France. M. de La Villemarqué, il est vrai, a cru pouvoir prouver que cette idée s'appuyait au contraire sur les traditions galloises, et que dès une époque reculée ces traditions connaissaient Lancelot comme amant de Guenièvre. Ses raisons, si elles n'ont pas convaincu tout le mondes n*ont cependant pas été réfutées, et elles ont généralement été regardées comme probantes', il est donc bon de les examiner de près: elles sont aussi ingénieuses que peu solides. Elles se laissent résumer en trois points, r' Le nom de Lancelot, à la vérité, n*est pas celtique, mais il doit réellement se lire Vancelot ; c'est un nom commun pris comme nom propre ; « les plus anciens manuscrits supposent l'apostrophe, car ils portent souvent Anceloi sans article. « — 2" Ancdot est le diminutif d'arrcf/, et ancel en ancien français signifie tt serviteur n. — j" Or « serviteur » en gallois se dît mac/, et nous trouvons dans les traditions galloises un Mael qui joue exactement le rôle de Lancelot et est l'amant de la femme de son oncle Arthur. —

pari de Falerin [LmidcDy de Méléagant {Ckârttc)^ de Gosozein [Oont)^ de Brun de Morois {DuFmart)^ ils se passent tous malgré elle et n'entachent pas sa vertu.

I , Hucher, L( Saint Graal^ t. I, p. 49^ s$.

:, Voy. P. Paris, Ixs Romans de (a Table Ronde, pass. Dans des annotations manuscrites que j'ai sous les yeux, mon père combat l'argumentation de M. de La Villemarqué.

j. Voy. notamment la Préface de M. Jonckbioet à son édition de la Chartte (La Haye, 18 jo, p. xrv ss.) ; Holland, Crcstien von Troics, p. 143 ss.

Aucun de ces trois points ne peut se soutenir devant un examen sérieux. 1** Si Lancelot était pour l^ancelot, on aurait quelquefois au sujet li ancdoz, qu'on ne trouve jamais, et ce chevalier aurait certainement, à c6té de son surnom, un nom à lui'. Les « plus anciens manuscrits /> qui M portent souvent Ancelot » se réduisent à un manuscrit du xV siècle » d'un renouvellement d'Og^r le Danois, où on lit dans le prologue : N'est mie de la flabe Ancelot ne Tristjnl.

Le vers permettrait aussi bien de lire Lancelot. et cette fantaisie d'un scribe du xv^ siècle ne peut assurément rien signifier î ; on ne trouve jamais que Lancelot dans tous les manuscrits oii il s'agit de ce personnage. — i'' Ancel n'est pas un mot français, ni ancien ni moderne. M. de La Villemarquéa emprunté l'unique citation qu1i en donne à Barbe de Verrue» c'est-à-dire au marquis de Surville, qui inventa cette « gente trouveresse »» du xni« siècle pour servir, dans l'histoire littéraire, d'aL\am-coureuse à sa Clotilde, ci mit sous son nom des vers qui ont eu du succès, mais qui font dresser les cheveux sur la tête des philologues. Ancel serait le masculin û'ancele^ mais ancele est le lat. ancilla^ et ancilLi ne saurait avoir de masculin. — 5" Étant admis (ce qui n'est pas bien sûr) que mael veuille dire serviteur en gallois, ce serait un assez singulier nom de héros. El en effet, il n'existe pas: le savant auteur dont j'examine le système s'est amusé à extraire ce prétendu Mael des noms de deux personnages fort différents, Mailcun et MaeU'as, noms dans lesquels mad ou mail entre comme élément composant et inséparable. Mais d'ailleurs le mael (ou maïf) qui figure dans ces noms ne signifie nullement « serviteur j» ; il n'est que la forme plus récente de l'ancien maglo-^ qui répond au grec \i='-(xko- et signifie « grano n : Mailcun est appelé par Gildas, son contemporain, Maglocunus, ce qui met l'identité de maglo et de mail hors de doute 4. Ce Maglocun, appelé Mailcun dans Nennius >, Maiigun et Maelguin dans les Annales Cambriac ^^

1. Il est vrai que d'après le Lancelot en prose, il s'appelait Galaad, et Lancelot, nom de son grand-père, était son « seurnon » ; mais c'est là une invention récente ; les anciens textes ne la connaissent nullement, et ce nom biblique de GohujJ suffit à la caractériser

2. Michel, R,ipporti au mmàfr^ {i8j9), p. 94. Le ms. de l'Arsenal 190, cité par Barrois dans la préface de son édition aOgur, donne Lancelot.

j. Ce scribe a sans doute été influencé par les noms Anul, Anctlcl (nom d'un des héros du Partonopeus), Ancelot, Ancelin, qui ne sont pas rares.

4. L'explication de maglo et des noms composés avec cet élément a été l'objet d'une lecture de M. d'Arbois de Jubainville à l'Académie des Inscriptions,

\. « Mailcunus rcx apud Britones regnabat (^ 62, éd. de San Marte), • L'époque de Mailcun n'est pas déterminée. J'étudierai la valeur, la date et les sources de Nennius dans un article spécial. Notons ici que la mention de Mailcun se trouve dans une partie ajoutée à l'ouvrage primitit. Les textes du My\yian Arcfuohgy cités par M. de La Villemarqué où ce personnage est mentionné rappellent Maelgun, Maelguii, Fadgwn, et jamais, naturellement, MaeL

6. Les Annah$ Cambriac placent sa mort en 547, et ajoutent : • Unde dicitur

Malgitn dans les Jois d'Howel et Ma(go par Gaufrei de Monmouth', est parfaitement distinct de Maelwas. Gildas lui adresse de violentes invectives» et lui reproche entre autres d'avoir dans sa jeunesse « opprimé son oncle par la lance, l'épée et le feu » ; il dit qu'il s'est fait ensuite moine, mais qu'ayant rompu son voeu, it a épousé d'abord une première femme qu'il a mise à mort, puis la femme de son neveu, après avoir fait périr ce neveu. Il faut beaucoup de bonne volonté pour reconnaître, même en supprimant « par la lance, l'épée et le feu », que cela signifie qu'il avait séduit la femme de son oncle ; d'ailleurs cet oncle n'est pas Arthur, inconnu à Gildas ; enfin Lancelot n'est pas le neveu d'Arthur dans les romans où il est Pâmant de sa femme '. Dans Nenntus, Mailcun est seulement nommé comme roi de Guenedotie 1= Gwyned ou Galles du nord) , Gaufrei a priSj suivant sa manière, le nom dans Nennius en l'altérant un peu, a donné son Malgo pour quatrième successeur à Arthur, et lui a fabriqué une petite biographie en employant à tort et à travers quelques-uns des renseignements qu'il trouvait dans Gildas 4. Il fait du roi de Gwyned un roi de toute l'ile, et ajoute, avec sa sotte exagération, qu'il conquit l'Irlande, l'Islande, le Gothiand, les Orcades, la Norvège et le Danemark. — Quant à Maelwas, il est plus intéressant pour nous. Il est mentionné dans un texte fort suspect au point de vue historique, la Viia Gihiiii, mise sous le nom de Caradoc de Lancarvan (vers 1 1 50), mais certainement postérieure : on y raconte que le roi de Somerset Melvas enleva la reine Guennuvar, femme d'Arthur, et l'emmena à Glastonbury; Arthur vint l'y assiéger; mais, grâce à intervention de saint Gildas et de î'abbé de Glastonbury, la reine fut rendue à son époux et la paix fiit

Hir hun Waihun et btis Ros^ quod interpretatur : longa est quus Maelguin m ref,id Ras. » Comme l'a 1res ingénieusemenl con]ecliirc Hoitzmann \Gtrm. XII, 277), c'est sans doute ce Maeîguin dont on découvrit te tombeau près de la mer, dans le comté de Ros, sous le régne de Guillaunie le Conquérant. La forme Waihan, duc A une loi phonétique du gallois sur taauetle faurai lieu de revenir, fit confondre ce nom avec celui de Walwan, en français Gauguain ou Gauvain, 1c neveu d'Arthur, et ce fut lui dont, d'après Guillaume de Malmesbury (IIl, 287), on crut avoir retrouvé la tombe. Le dicton sur Mailgun cité plus haut, ainsi que la conservation de son tombeau, atteste que ce roi du VI' siècle avait eu un régne glorieux et avait laissé un long souvenir.

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