‹ Romania (volume 3)Chapitre 1 sur 78 · JA · texte numérisé non relu

JA

A NOS LECTEURS

La Romania entre aujourd’hui dans sa vingt et unième année. C'est en 1872, en effet, que parut nôtre premier numéro.

Les deux directeurs y tenaient beaucôup. de place. Pendant les vingt années qui se sont écoulées depuis lors, ils ont consacré à leur œuvre de prédilection le meilleur de leur temps. A eux deux ils ont rédigé plus du quart de ces vingt volumes. Puissent les lecteurs n’avairpas été trop fatigués par la répétition constante de leurs noms! à

Il y a vingt ans, la France occupait dans le monde une position bien modeste, pour la science comme pour le reste, et elle en avait le sentiment peut-être exagéré. Les études romanes notamment, prises dans leur généralité, y intéressaient peu de personnes. L'étude plus spéciale de notre langue ct de notre littérature était poursuivie par un petit nombre d’érudits dont les travaux avaient peu d’action sur le grand public et n’en avaient aucune sur l’enseignement officiel. Trois chaires seulement, réparties entre le Collège de France, l'École des Chartes etl’École des Hautes Études, toutes trois, par conséquent, placées à Paris et en dehors de l'Université, représentaient en France certaines branches de la philologie romane. Au mème temps Y'Allemagne était considérablement en avance sur nous, tant par {la place qu'elle accerdait à l’enseignement historique des langues et des littératures neo-latines que par le nombre et l'importance des travaux qu'elle leur consacrait. Nous avons voulu que notre

pays devint à son tour un centre d’étude et de production pour Romania, XXL 1

A NOS LECTEURS $ poésies offriraient un rapport bien établi avec la littérature du moyen-âge.

Notre domaine, restreint de plus en plus à la période ancienne de ka philologie romane et spécialement de la philologie française, s’est, par certains côtés, singulièrement agrandi depuis vingt ans. A mesure que les découvertes vont se multipliant, l'horizon s’élargit et l'on voit mieux combien il reste encore à trouver. Des rapports imprévus s’établissent entre des œuvres qui semblaient isolées. L'analyse linguistique est parvenue à un point de perfection que l’on entrevoyait à peine lorsque nous avons commencé la Romania. On arrive peu à peu à dater de temps et de lieu, au moins approximativement, les compositions anonymes qui abondent dans notre ancienne littérature. On a pu récemment tenter, avec chance de succès, de dresser le tableau chronologique de la littérature française jusqu'au xiv* siècle : on n'y eût pas songé il y a vingt ans. Bientôt, à mesure que la langue de chaque auteur ou de chaque ouvrage sera en quelque sorte condensée en des glossaires spéciaux, on parviendra à grouper ensemble les écrits anonymes d’un même auteur. Notre champ d’études reste donc, pour ainsi dire, illimité. Mais, à côté des recherches originales, nous devons réserver une place suffsante à l'examen des travaux d’autrui. Nous le disions dans notre programme de 1871 : « La critique des ouvrages qui paraïtront « dans le domaine de nos études sera une partie importante du « recueil. » Et cette partie devient de plus en plus considérable, à mesure que la philologie romane va se développant en tous les sens. Nous sommes inondés de livres, de périodiques, de dissertations pour le doctorat allemand (dont beaucoup pourraient sans dommage être présentées en manuscrit), de contributions à telle étude, de suppléments à telles recherches. C’est une marée montante qui menace de restreindre la part consacrée dans notre recueil aux études originales. On voudra bien nous excuser si trop souvent de bons livres n’ont pas le compte rendu qu'ils méritent, et si l'analyse de tel ou tel périodique est en

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retard. C’est que ce genre de travail ne peut être confié au premier venu. La critique exige une expérience et, s’il est permis de le dire, un tour de main, qui ne sont pas communs. Et puis les jeunes érudits de notre temps ne semblent pas avoir pour cet exercice salutaire le goût que nous manifestions, lorsqu'en 1865 nous fondions la Revwe critique, De sorte que la partie bibliographique de la Romania reste en une grande mesure à notre charge. Depuis 1877 (VI, 316) nous avons donné, à la fin de la chronique, les titres des publications récentes, avec quelques mots d'appréciation. Peu à peu ces courtes annonces ont pris l'extension de brefs comptes rendus, contenant en certains cas, non pas seulement une appréciation sommaire, mais des critiques et des rectifications. C’est tout ce que nous pouvons faire pour suivre et résumer un mouvement scientifique qui croît sans cesse. Les conditions matérielles dans lesquelles se publie la Romania et nos occupations ne nous permettent pas d'augmenter l'étendue de nos volumes annuels. Nos lecteurs voudront bien nous savoir gré de nos efforts et nous excuser de ne point faire davantage.

LA LOI DE DARMESTETER EN PROVENÇAL 17 « action de partager » (qui n’est pas attesté en latin), est representé par fartixo; 2° *cosetura, qui a donné, d’une part, costura, cosdura, couture ; de l’autre, cosedura, action de coudre.

Enfin, un mot particulièrement intéressant est debitorem, anquel nous nous arrèrerons quelques instants avant de terminer. Il a pour représentant phonétique, conformément à la loi de Darmesteter, deutor ou deptor. Le nominatif correspondant “deutre, “detre ne se trouve pas; ses fonctions sont remplies par deveire (qui suppose un accusatif non attesté drcudor) et par deuteire, combinaison singulière de deutr et de dzvire. Ce nominatif dexire demande à étre expliqué : il est le type d’une série relativement sombreuse, où l'on peut signaler kcvire, creseire, entendéire, fatcire, exc. Tous ces mots correspondent à des types en “it, 2 par suite soulèvent une difficulté phonétique : où le latin ne nous offre que débetor, le provençal réclame debétor. L'existence de cette forme s'explique non par un déplacement direct de l'accent, mais bien plutôt par une action règresse du c2s règime. J'ai montré comment -émentum, étorem, etc., faisaient compagnie à imentum, ämen:um, itorem, itorem, etc. Les nominatifs -itor, -ätor, correspondant aux accusatifs -itorem, -ätorem, appelaient forcé men: la créaticn d'En nominatif -étor pour correspondre à Taccusatif -étorem:.

A. Tnowas.

Bu ms

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