‹ Romania (volume 4)Chapitre 102 sur 283 · JEAN DES POIS VERTS · texte numérisé non relu

JEAN DES POIS VERTS

Une femme n'avait pas d'enfants. Elle entendit un jour une de ses voisines raconter qu'on en pouvait avoir en plantant des pois dans une terre préparée d'une certaine façon.

« Si j'essayais, se dit-elle, je pourrais peut-être réussir à en avoir un! Je vais en planter un boisseau. »

Elle bêcha un carré de son jardin et y planta ses pois. Elle les arrosa tous les jours jusqu'au moment où elle vit paraître des milliers de petites têtes d'enfants qui s'élevaient au-dessus du sol. Le lendemain, les petits garçons, hauts tout au plus d'un demi-pouce, couraient de tous côtés. La paysanne en fut embarrassée. Elle prit le parti d'aller voir une fée, sa marraine, pour lui demander conseil.

La fée prit tous lés enfants, à l'exception d'un seul, et les changea en lutins qui s'envolèrent de tous. côtés. Voilà pourquoi il y a tant de gobelins, d'houppeurs, d'herminettes, de fioles », qui, jaloux de n'être point des hommes, n'ont point de plus grand plaisir que d'égarer les voyageurs et de leur jouer toutes sortes de tours.

Le petit conservé fut appelé Jean des Pois Verts. Il resta toujours tout petit. La fée lui fit présent d'une voiture et d'un habit magnifiques. Celle-là était faite d'une aile de dor-midi (coccinelle); les chevaux étaient deux bibaches (demoiselles) ; le cocher, une petite guêpe, et les laquais, deux fourmis noires. Son habit était une toile d'araignée, ses jarretières deux filés-madame (fils de la Vierge).

Il vivait heureux avec sa mère, lorsque des voleurs attaquèrent la maison. Ceux-ci voulaient le tuer et allaient mettre leur projet à exécution, lorsque le chef les en détourna en leur disant qu'il leur serait utile dans une entreprise qu'il méditait. On laissa la vie à Jean, mais il fut emmené prisonnier. Les brigands allèrent aussitôt piller une église. La porte était close. Jean fut obligé d'entrer par le trou de la serrure et de tirer les verrous. Les bandits s'emparèrent de l'or et des objets précieux et se sauvèrent dans la campagne. Jean des Pois Verts fut placé dans la poche du chef qui ne s'en inquiéta pas davantage. L'enfant sortit doucement, se cacha dans les broussailles et guetta les voleurs. Il vit ceux-ci déposer leur butin dans une caverne et repartir bientôt pour une nouvelle expédition. Jean des Pois Verts entra dans la grotte et en emporta toutes les richesses. Il ne tarda pas à arriver à sa maison. Sa mère

i . Lutins familiers picards.

ouvrit et reçut son fils avec joie. Us vécurent désormais riches et heureux

A la mort de Jean des Pois Verts, la fée l'enleva au ciel sur une aigrette de chardon.

Conté en janvier 1878 par A. Haboury, d'Acheux (Somme).

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