I. SAINT JOHN'S COLLEGE
Les bibliothèques de Cambridge n'ont fourni jusqu'à ce jour que bien peu de matériaux à l'histoire de notre langue et de notre littérature. Elles sont riches pourtant en manuscrits français de tous genres et de toutes les époques, à partir du XII* siècle. On y trouve des chansons de geste, des poèmes d'aventure, des poèmes didactiques, des vies de saints, des chroniques, etc., et les recherches y sont, comme partout en Angleterre, rendues faciles par l'inépuisable obligeance des bibliothécaires. Mais encore faut-il savoir chercher, et le nombre des érudits qui savent explorer une bibliothèque autrement qu'en jetant les yeux sur la table d'un catalogue est fort limité, surtout parmi les romanistes. Or, à Cambridge, les catalogues des collections manuscrites ne sont pas toujours satisfaisants. Pour la plupart des collèges on en est encore réduit à l'ancien catalogue des mss. d'Angleterre et d'Irlande de Bernard4, qui est une simple liste, et les catalogues qui ont été rédigés plus récemment pour la bibliothèque de l'Université et pour celles de divers collèges (Corpus, Caius, Saint John's), sont insuffisants, surtout en ce qui concerne les mss. français. Tel est probablement le motif pour lequel les romanistes ont jusqu'ici négligé Cambridge pour Oxford, où les catalogues de M. Coxe mettent les découvertes à la portée des plus novices.
1. Catalogi librorum manuscriptorum Anglia ctHiberniœ. Oxoniae, 1697, in- fol. La préface est datée du 13 sept. 1698. — Les collèges de Cambridge dont l'inventaire se trouve dans ce recueil sont: Emmanuel, H, 89-92; Trinity, 93- 102 et 185-95; Sidney Sussex, 103-6; Caius, 107-30; Corpus, 151-46; Peterhouse, 147-55; Pembroke^ 156-61; Jésus, 162; King's, 162; Trinity Hall, 16}. Les mêmes catalogues, moins ceux de Trinity et de Sidney Sussex, avaient déjà été publiés par le premier bibliothécaire de la Bodleienne, Thomas James, dans la première partie de son Ecloga Oxonio-Cantabrigiensis (Londini, 1600): Corpus (p. 70), Caius (98), Peterhouse (m), Pembroke (126), Emmanuel (136), Jésus (137), King*s (137), Trinity Hall (138).
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Il y a huit ans, publiant dans le premier numéro de la Romania une pièce tirée d'un ms. de Corpus, j'annonçais l'intention de réserver pour les Archives des Missions les résultats, dès cette époque assez considérables, des recherches que j'avais faites à Cambridge en mai et juin 1871. Mais depuis lors je suis allé bien souvent à Cambridge, et le nombre de mes extraits et de mes notices s'est accru au point de réclamer un espace que les Archives des Missions pourraient difficilement leur accorder. J'ai donc résolu de les publier dans la Romania, en une série d'articles dont chacun aura pour objet l'exploration, au point de vue des études romanes, de l'une des bibliothèques de Cambridge. Je commence par Saint John's.
Le collège de Saint-Jean l'Évangéliste n'est pas, à beaucoup près, l'un des plus anciens de Cambridge. II ne fut fondé qu'en 1511, deux siècles et demi après Peterhouse, et dans la série chronologique des Collèges et Halls il n'occupe que le douzième rang. C'est néanmoins l'un des plus riches en livres imprimés et manuscrits. Les bibliothèques les plus importantes ne sont pas toujours les plus anciennes. Celles des collèges notamment se sont constituées par voie de dons et de legs, et les donations de ce genre les plus considérables ont eu lieu au XVI° siècle et aii XVII* . C'est surtout au XVIe siècle, en Angleterre plus peut-être qu'ailleurs, qu'ont été formées ces admirables collections de livres entre lesquelles beaucoup, heureusement pour nous, sont parvenues intactes aux établissements d'instruction. Ainsi les collèges fondés à cette époque commencèrent leur existence au moment le plus favorable pour l'acquisition des richesses littéraires.
Les mss. de Saint John's n'ont pas été compris dans la série des catalogues publiés en 1697 par Bernard. C'est pour suppléer à cette lacune que le Rev. Morgan Cowie rédige^, de la partie la plus ancienne de la collection, un catalogue qui fut publié en deux fascicules par la Cambridge Antiquarian Society 4. Le premier fascicule fut publié en 1842 et le second en 1843. C'est un travail exécuté avec soin, mais aussi avec une absence de préparation que l'on appréciera par ce simple fait que l'auteur n'a pas cru pouvoir se hasarder à déterminer l'âge des mss. qu'il essayait de faire connaître a.
La meilleure partie des mss. de Saint John's a été recueillie par William Crashawe, élu fellow de ce collège le 19 janvier 1 593 3. II paraît que l'Université
St John's Collège, Cambridge. N" VI et VIII des publications de la Cambridge Antiquarian Society, in-4% vu- 162 pages.* La pagination se continue d'un fascicule à l'autre.
2. c The âge of the mss. I have not attempted to assign, being very far from c satisfied of the criteria usually given ; at any rate of my own ability to make t use of them. Where any ms. has an undoubtedly ancient form and appea-
• rance, it has been put clown, but the majority of those for which no date is c assigned I consider generally to belong to the in ter val between A. D. 1000
• and 1 500 : a range wide enough to reaeem me from any charge of dogmatism c on the subject 1 (p. vij).
3. History of the Collège of St-John the Evangelist, by Thomas Baker, B. D., ejected Fellow, edited by Jonn E. B. Mayor; p. 187.