SOMBRER
To founder or sink in the open sea. Usually explained firom sombre, as if signifying to go down into the dark, « une figure où Ton représente le navire comme entrant dans l'ombre ». — Littré. But this appears to me a very cold metaphor, from a point of view in which the disaster would be most unlikely to occur to a sailor's mind. One would expect the action of the waters to take a much more prominent place in the représentation. And in this point of view we are broughttoON. sumbla, to overwhelm, to swallow down; N. sumla, to splash. « Sumlaiisk konungrinn ok sopaiisk meir ôllum sinum kerrum, riddarum ok hestum i siôvarins bylgium. » — The king was overwhelmed and swept away with ail his cars, horsemen and horses, in the billows of the sea. The word is closely allied to E. swamp, to sink a boat by the dashing in of the water. Sw. dialect sumppa, to drown.
Hensleigh Wedgwood.
ÊTYMOLOGIES NORMANDES.
ÉGAILLER, norm. DÊGA1LLER, pr. E1GAR, 'EIGALHAR, DEGALHAR.
M. Littré a admis dans le supplément de son dictionnaire le mot égailler, mais sans en donner Pétymologie; cette étymologie n'est rien moins que difficile, je crois, à découvrir, et il me semble qu'il faut la chercher dans un dérivé du radical aequare. On trouve, en effet, dans le proven-
i . [Le mot sentinelle n'est pas ancien en français (le premier en date des exemples cités par Littré est celui de Desportes ou de la Satin Minippie) ; il vient de l'italien, et c'est en italien qu'il faut en chercher l'étymolocie, comme celle de beaucoup de termes militaires. Cela rend moins vraisemblable l'explication qu'on vient de lire ; elle est en tout cas fort ingénieuse et bien supérieure à celles qu'on a proposées jusqu'ici. — G. P.]
çal : eiga(r), t arranger, préparer, » lequel vient évidemment de exaequare ou ex(e)quare = eisgar, d'où eigar, après la chute de s (Cf. eibrancait) , eiflouraÇf), eifraya[r), etc.). De «gara dû se former le diminutif *eigalhar = *ex(e)quaculare (cf. it. aggualiare = *ad(e)quaculare). Je ne connais pas ce verbe, il est vrai, mais, s'il n'existe pas, il est du moins représenté par le substantif *eigaUier (Hon. eigaié, Avril 1 eigahié) ; or ce substantif, qu'Avril traduit par « éparpilleur », désigne d'après lui « l'homme qui dans une airée a soin de tourner la gerbe pour qu'elle passe tour à tour sous les pieds des chevaux, » c'est-à-dire celui qui c étend, éparpille ; » mais c'est précisément le sens du français et normand s'égailler : « s'éparpiller, s'étendre, » comme le traduit E. du Méril. C'est encore ce sens ou un sens analogue que présente le verbe normand (du Bessin) se dégailler (dégïïyé =■ d + égailler) , lequel signifie « s'étendre sur le dos, se rouler, prendre ses ébats ». On voit d'après cela comment exaequare ou aequare, qui convient à merveille pour la forme, convient aussi pour le sens comme étymologie de égailler. Comme dans les dialectes français à égailler correspond dégailler, de même en provençal à eiga[r) correspond degaia (degalhar), avec le sens de « déranger, gâter, dissiper. » Ainsi degaiha l'argent (Avril), « prodiguer l'argent; » — et degailher Bartsch, Chrcst. 285 , 12, degaié Hon., dégahié Av. : « prodigue, gaspilleur. »
G A DE, GADELLE, GADELLÎER.
Le français n'a qu'un mot pour désigner les fruits du ribes rubrum et du ribes uva-crispa, c'est le vocable groseille, auquel il ajoute dans le premier cas l'adjectif c petite, » dans le second l'adjectif « grosse » ou « verte » ou encore la périphrase « à maquereau ; » la plupart des patois sont plus riches et ont un substantif différent pour désigner ces fruits eux-mêmes si différents. En Normandie, par exemple, le mot groseiller, sous sa forme dialectale grouèséyé, ne sert à désigner que le ribes uva-crispa; le ribes rubrum, au contraire, porte le nom de gadellier (ou, dans le Bessin, gradélié), et ses fruits s'appellent suivant les localités des gades ou des grades, des gadelles ou des gradelles. M. Littré donne ces différentes formes, — moins celles avec r toutefois, — mais sans en indiquer l'origine. Cette origine, il la faut chercher, je crois, dans les langues germaniques où se trouve déjà, on le sait, celle de groseille, a. krausel (beere) : baie hispide. L'r des formes grade, gradelle, gradellier est évidemment épenthétique et a peut-être été ajouté par analogie avec les mots groseille, grappe; gadelle, d'un autre côté, étant un diminutif, nous sommes ramenés à la forme gade; or on trouve en norois le mot gaddr
1. Dictionnaire provençal-français, parJ.-T. Avril. In-8\ Apt, 1840.
CREVETTE, CREVUCHE (CREVICHE) 44 1
(aiguillon), got. gazds (id.); c'est de cette racine que me parait venir notre mot gade, et dans cette hypothèse on voit que la gade ou gadelle est, comme la groseille, « le fruit à aiguillon. » Il est vrai que les gades sont glabres, mais elles n'en portent pas moins en français un nom qui semble indiquer qu'elles sont hispides; cette circonstance ne peut donc faire rejeter l'étymologie que je propose et à laquelle on ne peut faire aucune objection au point de vue phonétique.
Charles Joret.
CREVETTE, CREVUCHE (CREVICHE).
Dans leurs dictionnaires étymologiques, MM. Scheler et Brachet considèrent le mot crevette9 nom du palaemon serratus, comme un diminutif de crabe (ags. crabba, a. krabbe)1, sans remarquer l'impossibilité qui, au double point de vue du sens et de la phonétique, rend cette étymologie inadmissible. Je ne vois guère quelle analogie on peut trouver entre un crabe et une crevette, qui appartiennent non-seulement à des genres très différents, mais offrent encore la plus grande différence de forme ; aussi aucun idiome roman, que je sache, n'a donné à ces crustacés de dénomination indiquant une ressemblance qui par le fait n'existe pas entre eux. Mais si pour le sens cette étymologie présente déjà une difficulté qu'on ne saurait guère résoudre, sous le rapport phonétique elle en offre une bien plus insoluble encore. Va de crabba, en effet, est en position et par suite il doit persister, qu'il soit accentué ou atone : cela a lieu dans crabe ; il ne saurait en être autrement pour son diminutif, qui dès lors serait, non crevette, mais cravette, ou mieux crabette2, puisque le b étant redoublé ne peut s'atténuer en v, mais doit rester sans modification, comme le prouve d'ailleurs le mot crabe lui-même. Aussi ce n'est pas crabba qui est l'étymologie de crevette, laquelle, on va le voir, n'est pas germanique, mais latine. On sait que le diminutif 'capretta de capra (chèvre) a donné le vocable chevrette, qui sert à désigner la crevette sur
1 . Sans dire que crevette est un diminutif de crabe, M. Littré n'en fait pas moins venir ce mot de krabbe ; c'est aussi de ce vocable, de préférence â carabus, que le tire Diez (Etym. Warterbuch, II c, s. v.). Carabus ne pourrait guère convenir phonétiquement et il ne convient pas pour le sens, aussi, comme il n'a pas passé dans les autres langues romanes, il y a toute raison, je crois, de le rejeter, ainsi d'ailleurs que Ta fait Diez, mais trop en hésitant.
2. M. Brachet, qui donne ces formes crabette et cravette, ne nous dit pas pourquoi le b de la première est devenu le v de la seconde, ni comment Va conservé dans crabe, crabette et cravette s'est changé en e dans crevette ; c'est pourtant ce qui est en question.
les côtes de l'Océan ; c'est sa transformation en *crapetta qui a formé le nom porté par ce crustacé sur les côtes de la Manche. Les deux mots "capretta et "crapetta ne diffèrent que par la transposition de r; or cette transposition est fréquente dans les langues romanes : on la trouve dans l'it. grancio, pr. cranc = cancrum, dans le pr. trtmpar, fr. tremper = temperare, etc.; mais sans aller chercher si loin, les idiomes de la région d'où le mot crevette parait être originaire nous en fournissent des exemples, et, ce qui est plus, dans des mots de la même famille. Ainsi au français chevron (*capronem) correspond dans le normand crevon ou crévon, comme à chevrette ("capretta) répond dans ce patois crevette ou crivette. On voit donc que phonétiquement l'étymologie *crapetta =*wpretta convient fort bien », et l'analogie de chevrette montre qu'elle n'est pas moins acceptable pour le sens ; aussi je n'hésite pas à la proposer à la place de celle qui a été donnée jusqu'ici.
Faut-il voir dans crevuche ou crévuche, — creviche dans Littré, — nom de la crevette grise (crangon vulgaris) en Normandie un dérivé, autre seulement), du même radical latin crap.. pour capr.J Je ne le pense pas, et il me semble que ce mot a, lui, une origine germanique et vient de l'a. h. a. krepaz ou chrepazo, a. m. krebs (écrevisse), v. fr. crevice (La Curne dans Littré), w. graviche (Scheler) 4. On admettra, je crois, d'autant plus facilement cette étymologie qu'il y a non-seulement analogie
1 . 11 n'est même pas nécessaire à la rigueur de supposer le changement de *capretta en "crapetta ; en normand et en picard "capretta donnerait qutvrette on kevrette ; il a très bien pu se faire que, — peut-être par analogie avec le mot crevuche, — kevrette se soit changé directement en crevette.
2. Cf. Mémoires de la Société de linguistique, III, 407, s. v. crevéte et crevuche, où j'ai admis à tort que ces deux noms étaient de la même famille. Quant à creviche, j'ignore au juste dans quelle région ce nom est usité et s'il sert a désigner le crangon, comme le mot crevuche, ou le palaemon, comme le vocable crevettt.
3. M. Littré dit que creviche est une • autre forme de crevette ». Dict., s. v. creviche.
4. Il peut paraître surprenant au premier abord que deux crustacés désignés par le même vocable en français portent des noms d'origine si différente en normand ; mais il ne faut pas oublier que les patois distinguent bien souvent et avec raison des choses ou des êtres confondus dans la langue littéraire. On en a un exemple pour les fruits du ribes uva-crispa et du r. rubrum que le français confond sous la dénomination de groseilles, tandis que le normand, comme on l'a vu plus haut, pour indiquer leur différence spécifique, donne aux premiers le nom de groulséles, aux seconds celui de gadcs, grades ou gradéles. La différence caractéristique qui existe entre le palaemon et le crangon, — en particulier le sabre ou éperon qui termine la tête du premier, — ne devait pas moins frapper les populations de nos côtes, aussi ont-elles éprouvé le besoin de la marquer en leur donnant des dénominations différentes, et si on peut se demander pourquoi les mots crevette et crevuche ne sont pas empruntés à des idiomes de la même famille, on ne doit pas s'étonner qu'ils soient autres, puisque les crustacés qu'ils désignent portent encore, dans notre province, les noms non moins divers de bouquet et de cardon. Cf. Mémoires de la Socuté de linguistique, III, 392 et 397, s. v.