‹ Romania (volume 4)Chapitre 78 sur 283 · Edition Bartsch, n · texte numérisé non relu

Edition Bartsch, n

l6o P. MEYER

subjonctif. Ce point commun, c'est que les uns et les autres ont le prétérit en et — et ouvert comme l'atteste le Donat (édit. Stengel, p. 23) et comme on pourrait le démontrer par des rimes innombrables. En effet, les verbes non en -ar qui ont is à l'imparfait du subjonctif, sont, d'après les listes dressées ci-dessus, que je ne donne pas comme complètes : atendes, entendes, estendes, bâtes, crêtes, défendes, nasques, pendes, perdes, rescondes, respondes, segues, tondes, visques, qui font au prétérit atendet, batet, crezet, defendet, nasquet, pendet, perdet, rescondet, respondet, seguet, tondet, visquet. Ainsi on peut ériger en règle que les verbes, de quelque conjugaison qu'ils soient, qui font et au prétérit, 3e personne du singulier, font es à l'imparfait du subjonctif. Au contraire, dans les verbes qui ne font pas et au prétérit, la force de la terminaison latine -issem reste entière, et donne és.

On sait que plusieurs verbes de la 2e et de la 3 e conjugaison ont deux parfaits : respondre fait respondet et respos. De là deux imparfaits, l'un en es, l'autre en és. Ainsi, dans Flamenca, v. 5665, respondis (en rime avec sonis), et au v. 2947 resposés (en rime avec vengués). Il fout probablement corriger en resposes le respondes du v. 4458 qui rime avec tengues.

Ici, comme en toute règle, on rencontre des exceptions : il y a eu de tout temps des rimeurs négligents, dans le pays des troubadours comme ailleurs. Ainsi, l'auteur de la seconde partie du poème de la croisade contre les Albigeois (où ne se rencontre aucune tirade en is) fait entrer nasques dans une tirade en és aux vers 3543 et 8040; mais c'est la seule erreur de ce genre que j'aie relevée dans ses cinq tirades en és qui renferment un total de près de 400 vers.

J'ai à mentionner d'autres exceptions mieux caractérisées, mais dont il est possible de se rendre compte.

Entre tous les troubadours, je n'en ai rencontré qu'un seul qui mêle dans ses rimes les finales (y compris les imparfaits) en is et celles en és. C'est le vénitien Bartolomeo Zorzi.

Aisi col fuocx (Arehiv, XXXIV, 182, Bartsch, Chrest. prov. p. 273) coupl. 3 : restaures, plaguis, deignts ; coupl. 4 : deguis, confis, vol gués ; coupl. 5 : mis, acordïs, agradïs; coupl. 7 : pis, sobrepris, ades.

Mal aia ccl (Mahn, Gcd., n° 574) ; coupl. 7 : promis, restaurh.

SU monz fondes (Mahn, Gcd., n* 571); coupl. 2 : auciis, sobrandïs,conogiàs; coupl. 4 : mcspris, remembres, tris; coupl. 6 : adès.

Sitôt m'estauc en cadena (Arehiv. XXXIV, 181); coupl. 4 : poguis, grèves, bis, ris.

Il n'est pas surprenant qu'un troubadour italien ait commis ces fautes; il y aurait plutôt lieu d'être étonné de ne les point rencontrer chez

l'imparfait du subjonctif en « 161 d'autres parmi ceux de ses compatriotes qui ont composé en provençal.

C'est en Italie, bien certainement, qu'a été transcrit, et sans doute aussi composé, le recueil de poésies religieuses qu'Immanuel Bekker a publié d'après un ms. de Wolfenbûttel, sous le titre de Provenzalische Geistliche Lieder des dreizehnten Jahrhunderts 1 . On y remarque notamment un emploi de ç, pour z et tz, qui se rencontre dans plusieurs mss. provençaux exécutés en Italie, notamment dans le ms. 2909 de la bibliothèque du palais Riccardi, à Florence 2. Ce qui me fait croire que les poésies du ms. de Wolfenbùttel sont, comme le ms. lui-même, d'origine italienne, c'est que les rimes en is et celles en is y sont confondues. Ainsi, pièce 2, v. 11-2, pisi-is; v. 17-8, béns-après ; pièce 3, v. 3-4, és-près; pièce 4, v. 35-4, adès-defés; pièce 5, v. 7-8, més-cofis; pièce 1 3, v. 1 1-2, venguis-nasquis; pièce 18, v. 1-4, cofis-mespris*.

Je ne vois pas que les troubadours d'outre-Pyrénées qui ont écrit en provençal aient mélangé is et is. Mais en catalan ce mélange était autorisé par la prononciation, ce qui équivaut à dire que les deux finales se prononçaient de même, c'est-à-dire, si je ne me trompe, ouvertes. Ramon Lull fait rimer confes, ouvert en provençal, avec res qui est fermé dans la même langue (édit. Rossellô, p. 453), odes avec nwrques et es (ibid., p. 600), estes (imp. du subj. d'estar) avec près (de prehensus), son fermé (ibid., p. 583). Les auteurs des Leys d'amors, se plaçant au point de vue exclusif de leur prononciation et considérant comme fautif tout ce qui s'en éloignait, avaient déjà signalé la tendance des Catalans à faire plenissonans, c'est-à-dire ouverts, les mots semissonans, ou fermés 5.

Les seuls exemples de la confusion entre is et ès que j'ai rencontrés dans des textes originaires des pays de langue d'oc sont fournis par des ouvrages postérieurs au xme siècle et composés avec négligence. La Vie de sainte Marguerite publiée par M. Noulet 6 offre les rimes tramis (prétérit de trametre) et sobrès (imp. de sobrar) v. 326-7. Dans le mystère de la Passion dont le ms., écrit en 1342 ou un peu avant, appartient à M. Didot, je retrouve nasquis7-ris} rés-adès, is-près, fezis-liurès,fezis-

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