‹ RomaniaChapitre 58 sur 98 · EN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

EN FRANÇAIS

L'existence d’un pronom personnel neutre de la 3° personne en français n’est pas restée, comme on le verra, absolument inconnue jusqu’à présent ; toutefois elle n’a pas été suffisamment mise en lumière, et on n’en 4 pas tiré toutes les conséquences qu’elle comporte. Ni M. Suchier, dans sa belle et si originale esquisse de l’évolution du français et du provençal, ni Schwan dans sa Grammaire de l’ancien français, ni M. Meyer-Lübke dans le t. II de sa Grammaire des langues romanes, n’en ont fait mention. Il ne semble donc pas inutile d'appeler l’attention sur un fait qui a été À peine signalé et qui mérite d’avoir sa place dans une histoire de la langue française.

On sait que le français il, qui sert aujourd'hui de nominatit au pronom personnel de la 3° personne aussi bien pour le neutre que pour le masculin (i/ y a, il arrive, il fait beau, etc.), n’est en réalité comme forme que le nominatif du masculin et répond à un nomin. ïlli du latin vulgaire (quelle que soit d’ailleurs lexplication de ce nominatif") : c’est li final d’illi qui explique

1. Les anciennes explications de il par 1lic ou 1llhic ne peuvent se soutenir. Quant à 111, on y a vu simplement (Storm, Rom., III, 289; Schwan, Gramm. des Alfr., $ 398, 1) la forme du nom. masc. plur. appliquée au nom. masc. sing.; mais rien n'est moins vraisemblable que de supposer que la langue ‘aurait fait exprès une confusion aussi fâcheuse pour la clarté. La seule explication satisfaisante est celle de Darmesteter (Mél. Renier, 145; Re. scient., Il, 170), qui, s'appuyant sur l'équation incontestable eui > illui pour le dat. illi, admet une équation semblable qui(ki) > illi pour le nom. ille. Il est vrai que H. Schuchardt (Zeitschr. X, 483) a fait à cette explication des objections graves; mais elles ne sont pas rédbibitoires, comme j'essayerai peut-être de le démontrer prochal- Romania, XXUI LL

170 G. PARIS Ludus Sancti Nicolai d'Hilaire (composé sans doute en Anjou dans la première moitié du xn° siècle) :

Ha! Nicholax, Si ne me rent ma chose, tu ol comparras *.

Enfin nous trouvons 04 dans la Bible du Berrichon Macé, au . commencement du xiv° siècle :

Qui autre fois dire ou voudroit ms. B. N. fr. 4or, (f 108 d).

Tous ces passages ont toutefois cela de commun que le mot e/ ou ol se trouve toujours placé dans le vers de telle façon que le ou lo ne compte pas pour la mesure, et qu’on peut aussi bien lire faire! partout où les mss. portent faire el ; quand à tu ol, la mesure exige qu’on le lise en une seule syllabe *. Nous ne trouvons pas un seul cas où «/ compte pour une syllabe. Il est donc plus que probable que nous n’avons affaire ici qu’à une graphie imparfaite : les scribes, connaissant l'existence d’un e/ (ou of) neutre, et trouvant les graphies fairel, tu], inusitées et singulières, ont introduit ici la forme du nom. neutre, tandis qu'il s'agissait réellement de la forme enclitique de Jo, acc. neutre atone. Ce qui le confirme encore, c’est que dans d’autres passages ils ont écrit de même e/ pour / représentant l’acc. masc. b, bien que el comme acc. masc. soit, nous l’avons vu, inconnu au français ?. D'autres fois ils ont écrit e en toutes lettres, bien que le vers reçût par là une syllabe de trop.

Rien ne nous autorise donc à admettre l'existence d’un acc. neutre tonique el (ol)4. Il est vrai que M. Gürlich a relevé dans les Sermons poitevins et dans quelques chartes de la Saintonge et de l’Aunis de nombreux exemples d’un accusatif neutre ou qu'il regarde comme identique au nom. neutre ou, souvent attesté dans les Sermons poitevins; mais pour le nom. ces Sermons pré-

1; Refrain répété deux fois, aux pp. 34 et 35 des Hiluriï Versus et Ludi publiés par Champollion-Figeac; E. du Méril, Orig. lat. du 1tre moderne, p.273

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